DONNIE DARKO de Richard Kelly


DONNIE DARKO

Titre original : Donnie Darko
2001 – Etats Unis
Genre : Drame satirique de science fiction
Réalisation : Richard Kelly
Musique : Michael Andrews
Scénario : Richard Kelly
Avec Jake Gyllenhaal, Jena Malone, Mary McDonnell, Patrick Swayze, James Duval, Holmes Osborne, Maggie Gyllenhaal, Drew Barrymore, Beth Grant et Noah Wyle

Synopsis : Donnie Darko est un adolescent à problèmes qui a pour ami Frank, une créature imaginaire portant un costume de lapin. Il lui propose un étrange marché. La fin du monde approche dans 28 jours et ce dernier doit accomplir sa destinée.

Why are you wearing this stupid man suit ? Donnie Darko et moi, c’est une très longue histoire d’amour, un choc cinématographique qui remonte à sa sortie cinéma en France en ce doux mois de Janvier 2002. 2002 commençait bien (Dog Soldiers, La Prison de Verre, Astérix et Obélix 2, From Hell), mais je ne savais pas encore en rentrant dans la salle pour voir un obscur film nommé Donnie Darko, réalisé par un inconnu et avec un casting qui allait devenir 4 étoiles que j’allais me prendre une claque aussi monumentale. Donnie Darko, j’avais adoré, c’était un peu comme un film de Lynch, un film qui survit au visionnage, et qui continue de nous hanter après la vision, de nous questionner, tandis que le regarder réveille chez nous des émotions diverses et variées, comme du rire, de la peine, de l’appréhension, de l’interrogation, et bien plus encore. Autant vous le dire que du haut de 15 ans, j’avais été impressionné. Et qu’il n’aura pas fallut attendre bien longtemps pour que j’en parle à ma mère, que j’insiste bien lourdement pour avoir le dvd le jour de sa sortie, que j’en parle à tout le monde au lycée, que je prête même mon dvd et que l’on me le rende peu de temps après le regard plein d’incompréhension. Je me sentais seul, mais peu importe, j’aimais Donnie Darko, le voyant un nombre incalculable de fois jusqu’à connaître chaque dialogue par cœur, connaître chaque morceau musical. L’OST aussi a tournée en boucle. Puis les années ont passées.

J’ai tenté de multiples fois d’écrire sur Donnie Darko, en vain, comme si la coquille qui l’entourait devenait toujours plus complexe à analyser, tandis que le film m’offrait encore et toujours de nouveaux niveaux de lecture. Et un bon jour, j’ai mis Donnie Darko de côté. Pour le ressortir hier soir, après qu’itunes ai décidé de lancer l’ost alors que la playlist était en mode aléatoire. Oui, j’ai eu envie de revoir Donnie Darko immédiatement. Deux heures plus tard, et je découvre encore de nouvelles choses, je trouve à la fois tant de nouvelles choses à dire et pourtant les mots viennent difficilement, Donnie Darko parlant autant à ma tête qu’aux émotions, et il est si dur parfois de mettre des mots sur des émotions. Bon, j’aurais aussi remarqué que tant d’années après, je connais toujours tous les dialogues par cœur, et que je verse toujours une larme à la fin. Donnie Darko donc, pour commencer par le plus simple, c’est l’histoire de Donnie Darko (perspicace), joué par un tout jeune et alors inconnu Jake Gyllenhaal, un adolescent à problèmes, voyant un psy, prenant des médicaments. Il vit dans une famille tout à fait normale avec sa grande sœur (jouée par sa vraie sœur Maggie Gyllenhaal, bien avant que le grand public ne la découvre dans the Dark Knight, ou accessoirement dans La Secrétaire), sa petite soeur, son père qui veut voter Bush et sa mère un brin dépressive face à l’environnement qui l’entoure. Ah oui, ça se passe en 1988, on parle donc de Bush papa, pas le suivant venu des années plus tard. Dès les premiers instants et la découverte de cette famille, on comprend que Donnie Darko ne sera pas un film comme les autres, et qu’il va multiplier les sujets, les thèmes, et même les genres.

Passant avec une aisance culottée du drame, à l’humour, puis à la science fiction, au suspense, à la critique autant familiale que sociale que du milieu éducatif, Donnie Darko est extrêmement dur à classer, voir impossible (pour moi, c’est un drame, bien que sa trame soit de la science fiction) baignant dans une ambiance étrange qui n’est pas sans rappeler David Lynch. Ça tombe bien, j’adore Lynch. Donnie Darko, c’est le film qui parle d’un nombre incalculable de sujets sans pour autant avoir l’air d’un fourre tout, il digère tous ces thèmes, parvient à tout raccorder à son histoire, à trouver sa propre cohérence, à rendre chaque personnage attachant (bon, sauf ceux qu’il veut que l’on déteste bien entendu) et utile pour, à la fois, l’avancée de l’intrigue et tout simplement le développement de son personnage principal. Et le plus fou dans tout ça, c’est que l’intrigue, un brin complexe, peut être expliquée de diverses manières, les théories fusent d’ailleurs dans un cercle de fans depuis la sortie du métrage, mais surtout que chaque explication peut tenir la route, à ses événements et éléments pouvant justifier tel argument, sans pour autant démentir les arguments d’une autre explication. Et ça, c’est fort.

En tant que drame, Donnie Darko fonctionne. Ses personnages sont attachants, Donnie bien entendu superbement joué par Jake Gyllenhaal, mais aussi sa famille, ou encore Gretchen, sa petite amie jouée par l’encore inconnue également Jena Malone. Même au niveau des professeurs du lycée, le métrage parvient à nous faire ressentir quelques choses pour certains d’entre eux, malgré un temps de présence à l’écran relativement rapide. Je pense notamment aux personnages joués par Drew Barrymore (également productrice qui a menée le projet à bout, je la salue) et Noah Wyle (que l’on connaissait pour la série Urgences). En tant que comédie, car comme le film suivant de Richard Kelly, le mal aimé Southland Tales, Donnie Darko contient pas mal d’humour, il fonctionne également, car il ne fait jamais forcé, il n’appuie jamais les situations, il se permet juste de rire de situations tout à fait crédibles, tout en mettant en avant l’absurdité de certaines situations, du système éducatif de l’époque, et bien plus. Et en tant que film de science fiction, puisqu’après tout, notre petit Donnie voit un homme en costume de lapin lui disant que la fin du monde est dans 28 jours et lui parle de voyage dans le temps, et bien c’est encore une fois un sans faute, pour qui voudra bien comprendre bien entendu. Et pour cela, je vais faire UNE GROSSE PARTIE SPOILERS, chose que je ne fais normalement JAMAIS dans mes chroniques.

Car Donnie Darko parle bel et bien, et ce dés le début, de voyage dans le temps, et le fait avec une dextérité à toute épreuve. De mon point de vue (et j’ai peut-être tort, mais ce n’est que mon interprétation), Donnie Darko se déroule, imaginons, sur une ligne temporelle, et pour une certaine raison, ou plutôt une série d’événements, un paradoxe se produit, forçant un élément (le réacteur d’avion), venant du futur sur une autre ligne temporelle, à s’écraser sur la maison de Donnie Darko, et plus particulièrement sa chambre. Donnie aurait du mourir, mais il est sauvé par la vision de Frank, le fameux lapin. Qui va le guider tout le long du film, et le forcer à faire de nombreuses choses, comme inonder son école, brûler la maison d’un pédophile, et même des choses beaucoup plus douloureuses pour Donnie, émotionnellement parlant. Des événements que l’on pourrait « presque » qualifier d’anodin, mais qui sont en fait les événements clés du paradoxe temporel. Ceci afin que le réacteur d’avion de cette ligne du temps se retrouve dans l’autre (celle d’où vient le réacteur du début du film), créant ainsi une boucle qui pourrait se refaire à l’infini. Sauf que Donnie, dans la seconde ligne temporelle, que l’on ne voit qu’à la toute fin du métrage, fait le choix de rester dans sa chambre, et de perdre la vie, afin d’éviter la série d’événements, de briser la boucle, et de sauver la vie des quelques « dommages collatéraux » qui auront amenés cette situation. Moralité ? Donnie meurt. Sa petite sœur, sa mère, sa petite amie, elles sont sauvées.

Continuons dans les spoilers avec la scène finale, sans doute la plus belle scène du film et pas seulement grâce à la reprise de Mad World par Gary Jules (même si je verse ma larme à partir de là). Une scène où tous les personnages semblent conscients des événements du film, et donc des événements de l’autre histoire, de l’autre ligne du temps. Ce qui, d’après certaines théories, serait totalement possible (ce n’est qu’une théorie, mais après tout, comme le voyage dans le temps de base), et expliquerait d’ailleurs le phénomène de déjà-vu que l’on ressent parfois au quotidien face à des événements que l’on n’explique pas, mais qui donc viendrait d’une autre histoire, d’une autre ligne du temps proche de la notre. Et même le fameux chapitre « Dreams » du livre La Philosophie du Voyage dans le Temps confirme que les personnages peuvent être hantés par ce qu’ils pensent avoir vu en rêve, et seront alors hantés par le remords, bien que tout le monde n’ai pas la capacité de se souvenir. Voilà, je crois que j’en ai terminé avec les SPOILERS. Donnie Darko parvient avec intelligence à porter un regard sur pas mal de choses, à mélanger les genres, et surtout à rester pertinent envers ce qu’il raconte, le tout sans se prendre à aucun moment les pieds dans le tapis. Et la réussite du film, autant formelle, que visuelle vu le budget (4,5 millions, peu vu les ambitions), que narrative, fonctionne grâce au travail d’une équipe motivée, et d’acteurs investis (on notera le premier rôle au cinéma de Seth Rogen dans un tout petit rôle secondaire d’ailleurs. Amusant de savoir que sa première réplique au cinéma sera « I like your boobs »). Une incontestable réussite pour moi, toujours l’un de mes 5 films préférés, toujours un film qui me fait rire, réfléchir, pleurer, et que je reverrais probablement encore et toujours avec le même plaisir, et la même tristesse arrivé à la fin. D’ailleurs, tout le monde s’en fou, mais je viens de ce pas d’acheter le nouveau collector Blu-Ray anglais contenant à la fois la version cinéma et Director’s Cut dans un nouveau transfert 4K. Après tout, je n’avais que deux éditions en DVD… Quand à la suite S. Darko de 2009… elle n’existe pas.

Les plus

Le film
Le mix de genres
Les personnages attachants
L’ambiance étrange
Les sujets abordés
C’est complexe, mais ça tient la route à tous les niveaux

Les moins

 

En bref : Donnie Darko est un de mes chocs cinématographiques, un de mes films favoris depuis sa première vision début 2002. Complexe, intriguant, intelligent, amusant, dramatique. Un film qui trouve un équilibre avec tout ça, et parvient à construire son intrigue sans se prendre les pieds dedans, alors qu’il avait toutes les raisons de le faire.

2 commentaires

  1. C’est vrai que ce film m’avait retourné le cerveau, et laissé une impression bien chelou (avec le lapin, et Donnie qui avait l’air de délirer une fois sur deux.). Je vais le revoir, tiens, ton article m’a donné envie =) !

    1. Content si ça te redonne envie. Peut-être que comme moi, tu y verras de nouvelles choses à présent, en sachant à quoi t’attendre dans l’ensemble et en pouvant donc faire plus attention aux petits détails 🙂 Tu me diras ce que tu en (re)penses.

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