EN EAUX TROUBLES de Jon Turteltaub


EN EAUX TROUBLES

Titre original : The Meg
2018 – Etats Unis/Chine
Genre : Presque nanar animalier
Réalisation : Jon Turteltaub
Musique : Harry Gregson-Williams
Scénario : Dean Georgaris, Jon Hoeber et Erich Hoeber
Avec Jason Statham, Li Bingbing, Rainn Wilson, Ruby Rose, Winston Chao, Shuya Sophia Cai, Page Kennedy et Cliff Curtis

Synopsis : Au cœur de l’océan Pacifique, le sous-marin d’une équipe de chercheurs a été attaqué par une créature gigantesque qu’on croyait disparue : le Megalodon, un requin préhistorique de 23 mètres de long. Le sauveteur-plongeur Jonas Taylor doit risquer sa vie pour sauver les hommes et les femmes prisonniers de l’embarcation… et affronter le prédateur le plus terrible de tous les temps.

Parfois, le monde du cinéma, du cinéma au sens du grand public, à savoir sorties en salle et gros budget, et campagne marketing coûtant quasiment la même chose que le budget du film, se laisse aller et se met à confondre ce qu’il doit être avec les innombrables produits vidéos surfant sur la vague lancée il y a tout de même plus de 40 ans par Steven Spielberg. Car En Eaux Troubles, qui ne sont d’ailleurs pas si troubles que ça et que comme je déteste les titres VF, nous allons nommer par son titre original, à savoir The Meg, c’est un produit dans le fond calibré pour les salles de cinéma, avec son budget pharaonique (entre 130 et 180 millions), sa campagne marketing robuste (certaines sources parlent tout de même de 140 millions de marketing), sa star au premier plan et surtout l’alliance entre des éléments purement Américains et d’autres Chinois (lieu de l’action, certains personnages), afin d’être sûr de faire un max d’entrée là-bas et de rentabiliser son lourd budget. Mais dans la forme, c’est un film allant plus vers l’absurde, le non risque, voir le nanar à tendance navet puisqu’il n’est pas si drôle que ça. The Meg, c’est surtout l’adaptation d’un bouquin que les studios s’arrachent et essayent de faire depuis 1996 tout de même. Oui, avant même la parution du bouquin, les droits étaient déjà acquis, par Disney. Des scénaristes se succèdent, mais rien ne bouge, jusqu’en 2005, où le film doit se faire chez New Line Cinema à présent pour un budget de 75 millions. Même que Jan de Bont doit réaliser… C’est peut-être mieux que le film ne se soit pas fait au final. C’est finalement en 2015 que le projet revient, avec Eli Roth réalisateur. Mais Eli Roth veut faire un film sanglant, R-Rated, et pour les studios, avec un budget qui monte jusqu’à au moins 130 millions, ce n’est pas envisageable. Eli Roth part et c’est donc Jon Turteltaub qui prend les rennes. Le réalisateur parfait pour les ambitions du film, puisque Jon Turteltaub avait déjà plagié Spielberg et Indiana Jones avec Benjamin Gates. En toute logique, il peut maintenant se faire plaisir pour plagier Spielberg et les Dents de la Mer.

Sauf que quelque chose s’est perdu en cours de route. Ou beaucoup de choses. Ou alors l’équipe a fait ce qu’elle voulait mais ça ne fonctionne juste pas. Jamais terrifiant, jamais drôle, toujours soft, toujours prude dans tout, The Meg est un produit à gros budget calibré pour ramener de l’argent dans la caisse, mais assurément pas calibré pour être un vrai bon film. Déjà, mettre Jason Statham face à un requin, seul dans son eau, alors que le requin en question dépasse les 20 mètres, on se pose des questions. Mettre Li Bingbing dans le rôle principal féminin pour amener le public Chinois et lui donner une relation ultra prude et sans un seul baiser avec le héros, ça ne fonctionne pas non plus. Pourtant pendant quelques minutes, j’ai voulu y croire. Puisque The Meg, dans sa première partie, joue sur la suggestion. Alors oui, l’écriture est grossière, les personnages clichés, mais on sent qu’il y a du budget sans pour autant avoir tout placé dans un requin en CGI. Les décors sont grands et ramènent clairement aux films sous marin de la fin des années 80 (The Abyss, Leviathan, MAL). Et quand on a connu tout ça, un petit cachet nostalgique mais pas encore trop appuyé est présent, et fait plaisir. Jason Statham montre que son jeu n’est pas devenu plus varié avec le temps, mais il nous épargne son fameux regard « je vais te casser les rotules », sans doute car les seuls moments où il pourrait le faire, il est dans l’eau avec un masque cachant ses expressions. Mais oui, durant la première partie, j’ai voulu y croire. D’ailleurs le point de départ, avec ce véhicule explorant une partie profonde et… inexplorée jusque là des profondeurs rappelle bel et bien MAL de Sean Cunningham. Puis petit à petit, alors que le film ne raconte pas grand-chose de vraiment passionnant, voilà que le film se met à enchaîner les hommages (ou pompages).

Mais le pire, ce n’est pas qu’il pompe, mais qu’il pompe un peu partout, et pas forcément envers des bons films (oui, même Les Dents de la Mer 3), et qu’en plus, soit il n’en fait rien (ce passage justement dans les tunnels sous-marin façon Les Dents de la Mer 3), soit il effectue un 180 degré radical pour ne froisser personne. En résulte par exemple le dernier tiers du film, plein de promesses qui ne seront jamais respectées. Oui, on nous présente un chef d’entreprise qui se fou de la vie humaine et ne pense qu’à ses intérêt qui se fait forcément manger, on nous tease une scène de carnage à la plage façon Piranha 3D mais où quasiment personne ne se fera manger car il ne faut pas froisser le public Chinois qui est un des principaux clients du métrage, et on nous renvois à la face tous les clichés Américain, avec le héros seul face à la bête mais qui triomphera, le chien qui échappera in extremis à la mort et j’en passe. Alors oui par moment, c’est très con (Statham face au requin, seul, dans l’eau), mais c’est tellement plat, tellement calme. Forcément moins réaliste que les meilleurs du genres (Les Dents de la Mer), moins ambitieux que les dernières réussites (The Shallows, 47 Meters Down), moins nanar que le pas si bon Peur Bleue, mais également un peu moins navet qu’un produit Syfy ou Asylum, The Meg est juste un blockbuster de plus où Jason Statham va devoir sauver le monde, sauf que la menace est un requin.

Les plus

Quelques moments amusants
La première partie sobre

Les moins

Cliché et prévisible
Par moment ennuyeux
Le métrage ne tente jamais rien

 

En bref : Étrange film que ce The Meg, que les studios tentent de faire depuis la sortie du livre. On ne sait pas trop s’il ne veut être qu’un blockbuster et transposer la formule habituelle (du film catastrophe) dans le film animalier, s’il veut être drôle et nanar, s’il se veut sérieux et navet. Ou s’il veut être tout à la fois. Du coup dans les faits, il n’est pas grand-chose.

2 commentaires

  1. J’adore lire tes « reviews », oui critiques je sais, mais j’aime bien le mot en anglais, ça fait plus revue et moins critique. J’aime, parce qu’elles sont étoffées, nous donnent de l’information qu’on trouverait difficilement, du moins ramassée dans un seul texte. La lecture est fluide, jamais ennuyante et bien que je ne verrai pas la moitié des films commentés faute de temps, je sais que si j’ai la chance de les voir dans le futur, je me souviendrai de beaucoup de détails puisés dans cette lecture de ta chronique. Aie-je dit que j’aimais beaucoup te lire? Oui hein, et ce n’est pas la première fois que je le mentionne et probablement pas la dernière.

    1. Awww merci c’est super gentil ça ! C’est toujours compliqué de trouver un équilibre entre l’information/avis et le texte trop long et donc trop lourd et qui peut faire fuir.
      Et au moins, si tu ne vois pas tout (et je te le souhaite car je ne vois malheureusement pas que des bons films), tu sauras quels films fuir d’après ce que je dis, en fonction de tes propres goûts.
      J’espère juste qu’il n’y a pas trop de fautes, j’ai la mauvaise habitude d’écrire très tard et donc en étant moins attentif !
      En tout cas, merci encore, c’est toujours encourageant ces gentils petits mots.

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