NEVER GROW OLD de Ivan Kavanagh


NEVER GROW OLD

Titre original : Never Grow Old
2019 – Irlande / Belgique / France / Angleterre
Genre : Western
Réalisation : Ivan Kavanagh
Musique : Gast Waltzing
Scénario : Ivan Kavanagh
Avec Emile Hirsch, John Cusack, Déborah François, Molly McCann, Quinn Topper Marcus, Sam Louwyck et Danny Webb

Synopsis : Un charpentier et entrepreneur de pompes funèbres irlandais Patrick Tate vit avec sa jeune famille à la périphérie d’une petite ville sur la route de la Californie pendant la ruée vers l’or de 1849. La vie y est dure mais paisible jusqu’à l’arrivée de Dutch Albert et sa bande de Hors-la-loi qui va tout faire basculer et l’obliger à protéger sa famille…

Certains films passent totalement inaperçus, et c’est dommage. Dans le cas de Never Grow Old, je n’en avais même pas entendu parler, de près ou de loin, jusqu’à ce que l’on me le conseille, et pour cela, il faut remercier le grand Princecranoir et son blog Le Tour d’Écran, qui a souvent des avis très éclairés, et de bons goûts, même s’il aime Star Wars Épisode IX (calmons nous, ceci est une boutade !). Et du coup, quoi de mieux que de se plonger dans un petit western Irlandais, coproduit avec le Belgique, la France et l’Angleterre, et avec un casting plus qu’intéressant, et qui se veut un retour au western crépusculaire, sous-genre du western que l’on pourrait qualifier de très popularisé dans les années 80 et 90, notamment par Clint Eastwood, qui aura marqué à tout jamais le sous-genre avec Impitoyable en 1992, son dernier western d’ailleurs. Ici donc, nous sommes plongés à la frontière de la Californie à une période charnière de l’Amérique, à savoir la ruée vers l’or, en 1849. Emile Hirsch (Killer Joe, Into the Wild, Freaks) y joue un charpentier et entrepreneur de pompes funèbres qui essaye de survivre avec sa femme (Déborah François) et ses deux enfants dans une ville tout ce qu’il y a de plus tranquille, et donc, forcément, qui manque clairement de travail dans sa branche assez particulière. Peu de cercueil et d’enterrements forcément dans une ville où il ne se passe rien, et où la population semble accueillir à bras ouverts les discours religieux, ayant ainsi bannis les jeux, l’alcool et la prostitution. Mais ce « paradis » pour les uns (et univers difficile pour les autres) n’est pas fait pour durer, et l’apparition un soir de pluie de Dutch (John Cusack, acteur que j’apprécie particulièrement malgré le nombre de DTV fumants dernièrement) et de deux de ses amis, bien décidés à s’installer dans la ville.

Quelques tours de passe passe et voilà que Dutch rachète le saloon, le renomme, et y autorise jeux, alcool et prostitution, ce qui bien entendu, va diviser la ville, faire revenir la violence, et redonner du travail à Patrick, malgré le regard sombre de sa femme, et de l’ensemble de la ville, même du shérif, qui a pourtant les mains liées puisque techniquement, Dutch n’est pas (encore) un hors la loi. Alors oui, dis comme ça, Never Grow Old, surtout pour un film datant de 2019, ne rajoute rien à un genre qui ne date pas d’hier, le western étant un des plus vieux genres, mais le western crépusculaire n’étant pas non plus à ses premiers pas et ayant depuis belle lurette eu ces lettres de noblesses. Ce n’est en effet pas dans son histoire, en soit tout ce qu’il y a de plus classique, que Never Grow Old tire son épingle du jeu, mais par tout le reste. Son sous texte, sa description d’une Amérique déchirée entre deux extrêmes, et bien entendu, plus que ses personnages, ses acteurs même si à ce niveau là aussi, on aurait attendu plus, en tout cas venant du personnage principal joué par Emile Hirsch. Car il est vrai, dans son développement, classique mais logique, on aurait attendu plus d’émotions venant de Patrick, un plus grand changement, un plus grand déchainement dans ses émotions, alors que Emile Hirsch, excellent acteur en passant, semble contenir ses émotions, notamment dans le dernier acte, ce qui ne l’empêche pourtant pas de fonctionner, mais il aurait pu fonctionner encore plus avec plus d’identification pour lui de la part du spectateur. Heureusement, tout le reste, malgré un budget sans doute serré, est un sans faute. John Cusack, même si l’on pourra dire qu’il en fait parfois trop, semble parfait dans son rôle, et ça fait plaisir de le voir en forme, enfin. Mais la vraie révélation du film sera la Française Déborah François dans le rôle de la femme, prête à tout pour ses convictions et surtout pour protéger sa famille.

Mais comme je le disais, un des plus gros points forts du métrage, c’est dans un premier temps son message, ou plutôt sa manière de dépeindre l’Amérique de cette époque, avec un regard plutôt réaliste et malheureusement toujours actuel, une Amérique tiraillée entre deux extrêmes, avec d’un côté cet extrémiste religieux qui interdit tout ce qui n’est pas bon à ses yeux, tous les vices, quitte à avoir un discours aussi extrême que son opposé, qui lui semble plus libre, mais aussi beaucoup plus enclin à la violence gratuite. Sauf que quant les deux partis sont en désaccords, les deux savent faire parler la violence, comme le métrage le démontrera par la suite, notamment avec l’incendie criminel. Le propos est donc plutôt intéressant, et le tout sera aidé par la mise en scène de Ivan Kavanagh, également scénariste du film, qui soigne totalement son métrage. La mise en scène pure, le montage, la photographie, tout est parfaitement maîtrisé, et même par moment sublime, notamment dans les scènes nocturnes qui bénéficient d’une ambiance sombre et même parfois glauque, tout en étant parfaitement lisible et esthétique. La photographie est un gros atout du film, et le montage parfaitement acéré malgré son rythme lent qui convient à la lente montée en puissance du film, et de la violence, au départ contenue, puis qui explose littéralement. Elle fait mal. Et tant mieux, car dans ce cas, elle est réaliste et touche au but, d’autant qu’elle est rare et brève. Pour son second métrage, même si dans le fond, l’histoire reste simpliste, je dis chapeau.

Les plus

Techniquement très travaillé
La photographie, de jour comme de nuit
Un bon western crépusculaire
Le casting, bon
Une vision de l’Amérique réaliste

Les moins

Une histoire en soit toute simple
Un personnage principal qui montre peu ses émotions

 

En bref : On n’en attendait rien, on n’en avait même pas entendu parler, mais Never Grow Old est une excellente surprise. Un western sombre, atmosphérique, lent certes, mais maitrisé techniquement, porté par un bon casting et avec quelques excès de violence surprenants.

10 commentaires

  1. Je suis heureux, cher compagnon du crépuscule, de t’avoir mis sur les traces de ce très beau morceau de western d’exportation, à mon sens supérieur à l’Audiard (qui pourtant ne manque pas de qualités lui non plus). C’est rageant de voir que le pauvre Kavanagh n’a pu conquérir le cœur du public, peut-être un peu frileux face à la noirceur affichée par le script. C’est vrai qu’un western qui met aux premières loges un croque-mort, ce n’est pas le « phantasm » de tout le monde (inutile que je développe la référence je suppose 😉).
    Toujours est-il qu’il y a ici quelque chose de Friedkinien chez Cusack, d’autant plus évident lorsque tu mentionnes Killer Joe pour illustrer la filmo d’Emile Hirsch. Ton évocation parfaitement étayée remue la boue qui est accrochée dans un coin de ma mémoire, et me vient une folle envie de retourner dans ce trou.
    Je le ferai sans doute après un détour par Star Wars IV, aka « un nouvel espoir », film inaugural à l’origine du culte. J’imagine que la pique ciblait davantage mon penchant pour l’épisode IX, un coup de sabre fatal que je te renvoie au visage, laissant cette balafre indélébile en témoignage de ma reconnaissance.
    Sans rancune, frère Jedi. 😉

    1. Rah, j’étais tellement fier de ma petite pique que j’ai été trop vite et voilà, c’est le drame !!!
      Bref, encore merci pour la découverte. Bien qu’ayant revu nombre de westerns cultes (encore à l’instant, je viens de finir La Horde Sauvage), j’ai écris en priorité sur les petites pépites méconnues pour faire découvrir les quelques lecteurs silencieux ou de passage 😉

      Je dirais même qu’avec ce personnage principal, Kavanagh a fait comme Fulci sur les 4, cassé le mythe en ne plaçant pas aux premières loges un pistolero, mais quelqu’un de plus « banal », et donc, inhabituel pour le genre. (et bien évidemment, je suis un méga grand fan de Phantasm, surtout le premier et quatrième).

      Normal, je crois que c’est notamment avec Killer Joe que j’ai redécouvert Emile Hirsch, que j’avais oublié un peu malgré de très bons films entre celui-ci et Into the Wild.
      Si tu as d’ailleurs d’autres westerns méconnus à me conseiller, je suis preneur. J’ai The Kid de 2019 également, mais je sens que ce sera moins bon, même si on n’est jamais à l’abris d’une surprise.

      1. Pas vu cette version du Kid. Je reste sur l’interprétation de Newman, et peut-être plus encore sur celle de Kristofferson dans la version de Peckinpah.
        The Wild Bunch, ah la v…. J’ai un souvenir gravé à jamais de ce film que j’ai vu pour la première fois quand je devais avoir quelque chose comme 10/12 ans. Dès la scène du braquage au début, je n’ai rien compris, je me suis dit « mais ils sont malades ils vont tuer tout le monde ! » le carnage absolu. J’avais jamais vu ça. Je crois que je ne l’ai vu en entier que plus tard, je devais être au lycée, toujours avec le souvenir de cette ouverture de malade, cette phrase culte de William Holden (« if they move, kill’em ! »), du coup je me suis pris une deuxième claque en arrivant à la fin.
        Depuis, ce film trône dans ma salle vidéo, affiche originale qui s’impose à moi quand je rentre dans la pièce. En ce moment même où je t’écris, je la regarde, j’égrène les noms inscrits sous les silhouettes qui s’avancent vers leur fin certaine : Ernest Borgnine, sourire ravageur, second couteau génial (né le même jour que moi), futur chauffeur de taxi de Plissken ! Et puis Robert Ryan (j’ai un pote qui a un adage assez vérifiable qui dit qu’un film avec Robert Ryan est forcément un bon film), Warren Oates, quelle erreur de l’avoir oublié, si génial aussi dans « Apportez moi la tête d’Alfredo Garcia » et dans les westerns de Monte Hellman, et Ben Johnson ! Ce mec avait tourné avec Ford quand même ! dans un autre de mes westerns favoris, « she wore a yellow ribbon ».
        Ça m’a fait du bien ce petit épanchement nostalgique. En tout cas tu vois un peu ce que ça m’évoque quand on me dit comme ça, un peu innocemment, « tiens, je viens de me revoir La Horde Sauvage »…
        🦂

      2. Peckinpah en même temps, tout est dit pour le Kid 😉
        Ah ça, c’est un de ses westerns, non, un de ces films marquants la rétine à tout jamais. J’avais été marqué aussi dans ma jeunesse, mais ne l’avais pas revu depuis bien 20 ans, donc les promos Amazon juste avant le confinement étaient l’ocaz pour moi d’enfin en faire l’acquisition et de le revoir. Et tu fais bien de mentionner Plissken, ayant revu le film juste avant le confinement avec un ami.
        Je ne pensais pas déclencher chez toi un tel élan nostalgique, mais que de jolies anecdotes, et une bien belle salle vidéo donc. Un peu jaloux pour le coup de ton affiche originale !

    2. Ah oui, THE WILD BUNCH ! Un western sur la fin d’une époque, les gens qui n’ont plus la force de lui survivre… Plus qu’un grand western, un grand film. Parmi mes longs métrages préférés, vu et revu un nombre incalculable de fois – il y a 5 ou 6 mois d’ailleurs, je l’ai fait découvrir à ma femme.
      Let’s go.
      Why not.

      NEVER GROW OLD je ne connaissais pas. Je tenterai bientôt !

      Un western récent que j’ai beaucoup apprécié, THE SALVATION. Pas vraiment original, mais ça fonctionne. Un peu à l’ancienne.

      1. Ce n’est pas un western tourné en Afrique du Sud avec Mads Mikkelsen ?

        Sinon, dans le genre excellent, influence Peckinpah/Walter Hill, voire dans la lignée de NEVER GROW OLD, je conseille sur Netflix la mini-série « GODLESS », créé par Scott Frank (scénariste de Logan) et produite par Soderbergh.

      2. Avec Mads oui. Qui est super comme d’hab. Après… je ne sais plus où ça a été tourné, mais c’est une co-prod entre plusieurs pays – dont le Danemark je crois. Y’a même Cantona au casting.^^

        GODLESS je l’ai vue à sa sortie. J’ai bien aimé, moi aussi.

      3. Rah, je ne regarde quasiment jamais de séries, mais j’admet que là, en western, par un bon scénariste et produit par le grand Soderbergh, ça me tenterait presque. Si ma mère n’a pas changé le mot de passe de Netflix (je lui en ai fait don, vu le peu de films qui me tentent dessus au final).

      4. Et bien je vous abandonne une matinée et je croule sous les commentaires passionnants sur ce genre que j’adore, que demander de plus ? (être moins crevé par le boulot, oui, certes).

        Tu vois Oli, faut voir le bon côté, Red Dead 2 m’aura donné une furieuse envie de revoir tous ces grands métrages. Je dois en être à une quinzaine de westerns depuis début Mars, va falloir que je me bouge pour écrire avant d’en confondre certains haha.

        Qu’en as pensé ta femme tiens ?

        THE SALVATION, je viens de le retrouver qui trainait, du coup je tente de me le faire très bientôt.

      5. Ce qu’a pensé ma femme de THE WILD BUNCH ? Oulah, tu t’aventures en terrain miné là, ahahah ! Elle a trouvé ça bien, sans plus. Mais je savais qu’elle aurait du mal à rentrer dans le cœur du récit, le nerf de la guerre. C’était sans doute un peu long pour elle. C’est pas son genre de film. De trip.

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