LIVERLEAF de Naitô Eisuke


LIVERLEAF
Titre original : Misumisô – ミスミソウ
2018 – Japon
Genre : Sa vengeance sera sanglante
Réalisation : Naitô Eisuke
Musique : Arita Hisashi
Scénario : Tadano Miako

Avec Yamada Anna, Shimizu Hiroya, Otani Rinka, Morita Aki, Ohtsuka Rena, Nakata Seina, Konno Ayaka et Sakura Arisa

Synopsis : Tout juste arrivée dans un lycée de province, Haruka est victime de harcèlement de la part de ses camarades. Particulièrement cruels, ces derniers vont jusqu’à incendier sa maison, causant la mort de ses parents. Haruka décide alors de se venger…

Les films dans la neige, c’est tellement rare que dés que l’occasion se présente, j’y cours. Oui, la neige au cinéma, c’est cool, c’est joli. La neige dans la vraie vie, ça fait scroutch sous les pieds, mais ça m’emmerde, car après, ça fond ou pire, ça gèle. Le film du jour s’appelle donc Liverleaf dans sa version internationale, Misumisô dans son pays d’origine, le Japon. Adaptant comme toujours un manga, le film a déjà un bon point pour lui, à savoir un réalisateur qui ose, sait maitriser sa caméra, et n’a pas peur des débordements sanglants. Je vous avais parlé de lui il y a quelques temps via son opus de 2014, le film certes bancal mais intéressant Puzzle. Et en en 2018, le revoilà, encore une fois pour nous parler de harcèlement scolaire, mais ce coup-ci sous la forme d’un film de vengeance tout ce qu’il y a de plus classique. Pendant 1h30 en tout cas. Et Liverleaf, c’est l’exemple même qui prouve que classique ne veut pas dire mauvais, tant que l’on sait ce que l’on fait. Et Naitô Esuke sait ce qu’il fait. C’est lent mais prenant car bien filmé. Ça va un peu loin mais ça passe car les acteurs sont investis. Nous suivons donc le quotidien d’Haruka, fraichement débarquée de Tokyo dans une petite ville de campagne. Forcément, tous les clichés sont là, la jeune femme sera harcelée par ses camarades de classe, pour une raison que l’on ignore (au début). Un groupe en particulier aime la martyriser, groupe mené par Taeko et sa magnifique teinture rousse. Les choses vont bien entendu empirer alors que Haruka, se baladant dehors avec son seul ami du coin, Aiba, rentre chez elle et découvre sa maison en flammes. Le souci, c’est que dans la maison, il y a ses parents et sa petite sœur, qui, gravement brûlée, est l’unique survivante. L’autre souci, c’est que l’incendie est criminel, et qu’Haruka va se faire un plaisir sadique à se venger.

Dans le fond, on ne fait absolument pas plus simpliste et classique. Et puis le harcèlement scolaire, le réalisateur l’a déjà traité par le passé. Mais il soigne son ambiance, lente, prenante. La jeune Yamada Anna, qui tient là seulement son second rôle au cinéma, alors seulement âgée de 17 ans lors de la sortie du film, malgré son manque d’expérience, est totalement convaincante. Au départ victime de harcèlement, elle va alors tomber dans la dépression suite à ces événements, et même perdre la parole. Et lorsque ses camarades de classe ne la lâchent pas malgré ces gros événements destructeurs, la jeune femme, un peu par hasard au départ, va rendre les coups. Puissance 1000. Et à partir de ses premiers pas sur le chemin de la vengeance, le film, qui était déjà froid dans sa mise en scène et dans les interactions entre les différents personnages fait alors intervenir visuellement la neige, qui ne quittera plus le métrage. Et cette neige, si pure, ne va pas rester pure bien longtemps, se retrouvant tachée de rouge. Abondamment. Pas de demi-mesure ici, non, Haruka prend tout ce qui lui passe par la main et y va franco, jusqu’à crever des yeux, couper des nerfs, défoncer des têtes à coup de tuyau en métal. Liverleaf ne recule pas devant la violence visuelle, loin de là, il fonce en plein dedans, avec à la fois un côté jouissif tellement Haruka va loin et un côté qui fait très mal, face à certaines mises à mort. Elles sont pourtant souvent expéditives, et parfois un brin over the top, mais ça fonctionne du tonnerre. Sans jamais révolutionner le genre bien balisé dans lequel il s’engouffre, Liverleaf fait bien les choses. Alors où est-ce que ça coince ? Dans sa dernière demi-heure, lorsque le film révèle alors toutes ces cartes, et transforme son village en pseudo Twin Peaks mais où tous les habitants seraient Bob, tous seraient des psychopathes en puissance.

La seule réponse du métrage pour se démarquer est de faire dans la surenchère, et c’est ainsi que les personnages que l’on pensait au départ les plus purs, ou du moins les plus innocents ou les plus à plaindre se révèlent être les pires. Que ce soit les parents des victimes, la prof qui connaîtra un sort aussi triste qu’abusé (mais qui m’aura… amusé), le seul ami réconfortant d’Haruka ou l’autre fille martyrisée de la classe, il n’y en a pas un seul pour venir rattraper l’autre. Le film s’engouffre tête la première dans la surenchère, visuelle déjà en accumulant les passages à tabac, morts au choix grotesques ou très gore, mais aussi thématique, en démystifiant les seuls éléments neutres ou de réconfort de notre héroïne. Et du coup, ce sont finalement ceux que l’on pensait être les pires, comme Taeko, qui s’avèrent être les personnages les plus humains du métrage. Si c’était cela le but du métrage, son intention, celle de nous prouver qu’il ne faut pas se fier aux apparences, il le fait avec un gros manque de subtilité qui plombe un peu le message. Surtout que du coup, à l’exception véritablement de la famille d’Haruka, qui passe l’arme à gauche ou finit pour des raisons X ou Y la fin à l’hôpital, aucun personnage n’est innocent, rien ne vient contrebalancer ce retournement de situation. Ça retire de la crédibilité à l’ensemble, et vient amoindrir les quelques révélations du dernier quart du film, pourtant sympathiques et bien vues dans les faits. Est-ce un souci du film, de la fidélité envers le manga que je n’ai pas lu ? Difficile à dire. Peut-être juste l’envie d’en faire trop. Tellement trop que ça en devient prévisible. Et c’est dommage car dans le genre, Liverleaf se fait solide, sérieux dans son traitement et son visuel, mais sa ligne de conduite devient un faux pas. Le film reste malgré tout conseillé pour les amateurs du genre. Car voir finalement un film de vengeance aussi sanglant, et qui ne soit pas un petit budget fauché, et bien ça fait du bien.

Les plus

Bien filmé
Une violence jouissive, expéditive et qui fait mal
Des acteurs plutôt bons
Classique mais avec une bonne ambiance

Les moins

Le film veut en faire trop dans sa dernière partie
À force de jouer la surenchère, tout devient prévisible

En bref : Liverleaf, c’est dans le fond un film de vengeance ultra classique, mais radical dans son application. Ultra sanglant, ne reculant devant rien, il se mord la queue sur la fin à force de vouloir en faire trop. Dommage, mais tout de même recommandable.

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