ASAKO I&II (寝ても覚めても) de Hamaguchi Ryûsuke (2018)

ASAKO I&II

Titre original : Netemo Sametemo – 寝ても覚めても
2018 – Japon
Genre : Drame
Durée : 1h59
Réalisation : Hamaguchi Ryûsuke
Musique : Tofubeats

Scénario : Hamaguchi Ryûsuke et Tanaka Sachiko

Avec Higashide Masahiro, Karata Erika, Seto Kôji, Yamashita Rio, Ito Sairi, Watanabe Daichi, Nakamoto Kôji et Tanaka Misako

Synopsis : La jeune Asako, étudiante à Osaka, est éperdument éprise de Baku, un jeune homme très beau mais fantasque et imprévisible. Un jour, ce dernier disparaît, laissant Asako désespérée. Fuyant Osaka, la jeune femme part s’installer à Tokyo. Deux ans plus tard, Asako tombe par hasard sur un jeune homme qui ressemble trait pour trait à Baku…

Asako I&II, réalisé par Hamaguchi Ryûsuke, remarqué par Senses, gigantesque fresque de 5h (que je n’ai pas vu, honte à moi je sais), c’était le film Japonais envoyé à Cannes en 2018 pour représenter le Japon. À force, on peut limite le dire comme ça non, quand on voit, année après année, un film Japonais et un film Coréen à la croisette, qu’il soit en compétition officielle ou non. Bon, peu importe en réalité. Même si cette simple sélection, ici officielle, ainsi que la réputation de son auteur venaient me donner espoir pour Asako I&II. L’espoir, vu l’intrigue, de voir une romance qui allait éviter les nombreux pièges niais que le grand public et la ménagère adore, mais que le cinéphile un peu plus averti exècre. Oui, le métrage évite la facilité (la plupart du temps), les pièges, l’aspect drama, la niaiserie générale, et aura su d’ailleurs me captiver dés sa première scène, et ce grâce à des éléments très simples. La simplicité de sa mise en scène déjà, qui n’en fait jamais trop, sait se faire élégante alors qu’elle affiche clairement une photographie assez terne en adéquation avec le traitement de son sujet. Puis il y a le charisme de ses deux principaux acteurs, Higashide Masahiro, ici dans un double rôle, et Karata Erika, dans le rôle du titre, Asako. Qui dés la scène d’ouverture, aussi simple que douce et enivrante, rencontre Baku lors d’une exposition, et le suit. C’est le coup de foudre. Pas de dialogues, pas d’extravagances, juste deux âmes, qui avancent, des regards qui se croisent, l’échanger d’un baiser, le tout sur la douce mélodie du groupe Tofubeats, donnant un aspect presque hypnotique à la scène. Oui, dés la scène d’ouverture, j’étais séduis, je vous l’avais dit. Et la suite ne m’a pas déçu. Du moins la majeure partie du temps.

Car comme son titre Français l’indique, l’histoire est clairement découpée en deux. Asako et sa relation avec Baku à Osaka, puis Asako à Tokyo qui rencontre Ryôsuke et va avoir une relation avec lui, deux années et quelques plus tard, après la disparition soudaine de Baku. Mais le métrage est loin d’être une simple relation, une simple romance, puisque forcément, Ryôsuke est le portrait craché de Baku. On pourrait dire pour se moquer un peu que cela est normal, puisque le même acteur joue les deux rôles, mais cet aspect miroir amène beaucoup de choses subtiles et intéressantes dans l’histoire que le réalisateur choisit de nous raconter. À savoir, dans un premier temps, une Asako heureuse, qui s’épanouit doucement, pense avoir trouvé le grand amour, puis une Asako plus réservée, qui refait sa vie à Tokyo, se retrouve perturbée par la ressemblance entre les deux hommes, puis finit par craquer et va se mettre en couple avec lui. Immédiatement, on se pose des questions. Sort-elle avec Ryôsuke dans le seul but d’oublier définitivement Baku, de panser ses plaies, et donc l’utilise-t-elle pour aller mieux, aux dépends des sentiments du jeune homme ? Ou bien voit-elle là l’occasion parfaite d’aller enfin de l’avant au fur et à mesure que ses sentiments grandissent et sont sincères ? La proposition du réalisateur est intéressante, surtout qu’elle ne fait pas dans la facilité éhontée. Pas de longs discours explicatifs venant nous faire tout comprendre car on le sait, le spectateur est stupide (ironie), pas (ou peu) de moments surréalistes mais plutôt une évolution de son intrigue et de ses personnages via des scènes que l’on pourrait presque qualifier de scènes du quotidien, mais qui donnent justement ce côté plausible à l’action. Car l’amour, ce sentiment si compliqué et parfois si contradictoire, et parfois si différent d’une personne à l’autre, ne se cultive pas au fur et à mesure des événements, des interactions, voir parfois des banalités du quotidien ?

Le film réussi clairement pendant un bon 1h30 à nous dévoiler tout ça, sans jamais ennuyer, et en étant plutôt pertinent. Et puis je dois bien l’avouer, elle est toute mignonne et plutôt douée Karata Erika, ce cœur brisé qui ne demande qu’à aller mieux et à être heureuse. Qui ne demande qu’une chose, que son histoire amour fonctionne ce coup-ci, ne connaisse pas d’imprévu, surtout que si la psychologie et la façon d’être de Ryûsuke est totalement différente de Baku, qui a refait surface entre temps, et est même devenu célèbre, leur amour est sincère, et le jeune homme accepte énormément de choses, même l’existence de Baku et donc la raison de sa propre relation, Asako ne serait après tout jamais venu lui parler sans sa ressemblance avec son ex. Et c’est pour ça que je trouve la dernière demi-heure plutôt triste. C’est dommage de voir le réalisateur alors céder à quelques facilités (l’hésitation entre les deux hommes), qu’il laisse le cœur parler plutôt que la raison alors qu’il parvenait jusque là à maintenir à un équilibre entre les deux, et que j’ai du coup eu envie de baffer Asako une ou deux fois. Heureusement pourtant, le film se rattrape de justesse lors de sa scène finale, avec un plan aussi simple que beau et pertinent. Et puis, il était mignon non le chat de notre couple ? En tout cas, Asako I&II propose une histoire d’amour un brin fataliste, réaliste surtout, loin d’idéaliser le choix des personnages et leurs déboires amoureux, et qui en plus nous épargne tous les poncifs du genre. Oui, même pas de montage de moments joyeux sur une musique pop dans l’ère du temps comme on aurait pu le trouver dans un drama ou un film du même sujet en Amérique. Il est parfois bancal, imparfait, mais néanmoins beau, prenant, parfois émouvant. Et les quelques défauts qui m’énervent, ne prouvent-t-ils pas qu’entre le cœur et la raison, certains pensent avec leur cœur (Asako) et d’autres la raison (moi) ?

Les plus

Les deux acteurs principaux, excellents
Une mise en scène sobre
La musique de Tofubeats, enivrante
Des moments simples parfois magiques et accrocheurs

Les moins

Le propos plus maladroit de la dernière demi-heure
Asako, par moment, on veut la baffer, sur la dernière demi-heure

En bref : Asako I&II, c’était presque parfait, avant que le propos n’accepte quelques facilités dans son dernier acte. Et c’est dommage, car jusque là, autant le portrait du personnage féminin (Asako donc) que des deux personnages masculins étaient subtils, réussis, et le film avait ce petit côté à la fois réaliste, plausible et hypnotisant même par moment. Une très bonne pioche malgré tout malgré son dernier tiers plus fragile.

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