UN HOMME EN COLÈRE (Wrath of Man) de Guy Ritchie (2021)

UN HOMME EN COLÈRE

Titre original : Wrath of Man
2021 – Etats Unis / Angleterre
Genre : Policier
Durée : 2h01
Réalisation : Guy Ritchie
Musique : Chris Benstead

Scénario : Guy Ritchie, Ivan Atkinson et Marn Davies d’après le film de Nicolas Boukhrief

Avec Jason Statham, Holt McCallany, Rocci Williams, Jeffrey Donovan, Josh Hartnett, Scott Eastwood, Andy Garcia, DeObia Oparei et Laz Alonso

Synopsis : À Los Angeles, le mystérieux Patrick, surnommé « H », est engagé par un dénommé Bullet, responsable d’une entreprise de transport de fonds en pleine crise après des braquages. Patrick va vite surprendre ses collègues par ses incroyables aptitudes, notamment au tir.

Le parcours de Guy Ritchie, à défaut de convaincre, reste intéressant. Dévoilé par ses deux premiers métrages anglais, à savoir Arnaques Crimes et Botaniques puis Snatch, il débute les années 2000 avec deux films forts décriés, à savoir À la Dérive, souvent considéré comme un des pires films existants, un des pires films des années 2000, et sans doute son film le plus mal noté un peu partout, et Revolver, un semi retour au polar mais en plus expérimental. Néanmoins, sur ses quatre métrages, il aura tourné trois fois avec Jason Statham, car il est bon de rappeler que Statham a finalement été dévoilé par Guy Ritchie. Bref, après ces échecs, Ritchie revient au style de ces origines avec RocknRolla, sympathique mais ayant l’odeur d’une petite redite, avant de trouver un large succès avec les films Sherlock Holmes. Sauf qu’en 2017, Ritchie retente des choses, avec Le Roi Arthur, film pas très bon et très décrié, puis avec Aladdin pour Disney. Et comme souvent du coup, voilà qu’il retourne à ses premiers amours, du polar, un ton décalé, avec The Gentleman. Un réalisateur qui tourne en rond donc, et revenant toujours à ses premiers amours dés qu’il tente des choses trop extravagantes, ou hors de ses capacités. L’annonce de son dernier film en date, Un Homme en Colère, Wrath of Man en VO, n’était pas pour me rassurer, puisqu’ici, Ritchie s’attaque à un remake, remake du film Français Le Convoyeur. Il allait forcément falloir pas mal réécrire le métrage, pour adapter son propos et le milieu décrit, puisque nous ne sommes plus en France mais à Los Angeles pour les besoins de l’intrigue. Pire, notre personnage principal, hanté par un douloureux souvenir et vivant pour la vengeance, joué par Albert Dupontel dans le film original, est ici joué par Jason Statham, les retrouvailles donc entre Ritchie et Statham. Bien bien, sauf que là aussi il va falloir adapter le personnage, puisque Statham nous faire de l’émotion pour justifier une vengeance expéditive, et bien… ce n’est pas son fort l’émotion dirons nous. Bref, tout ça pour dire que j’ai vu leur Wrath of Man, à reculons, plein de préjugés…

Et pourtant, j’ai apprécié le film pour ce qu’il était, avec ses gros défauts, ses grosses qualités, et en étant inférieur au métrage original. Car Le Convoyeur, c’était un film lent, étouffant, une étude de divers personnages au sein d’un entreprise de transport de fonds, c’était un film à la fois politique et social, violent et réaliste. Un Homme en Colère change des données, tout en étant, dans les grandes lignes, fidèle au film d’origine, et ce dés le plan d’ouverture, qui m’a d’ailleurs fait plaisir, tout en me rassurant. Bien entendu, Ritchie est à la mise en scène, et aussi co-auteur du scénario, mais Ritchie a conscience que l’histoire est importante, et qu’il doit rendre hommage au film original, et donc semble quelque peu plus calme dans sa mise en scène, et sa mise en place. Le plan d’ouverture, il est quelque peu similaire au film original, un plan fixe, dans un fourgon qui se fait braquer. Un seul plan fixe, sans artifices quelconque, posé, laissant l’action et les personnages donner le rythme dans le cadre. Puis lorsque le film commence vraiment, on remarque enfin que le métrage sera à la fois très proche et très différent du Convoyeur. Et ces changements, on les doit à Ritchie encore une fois, puisque réalisateur, coscénariste mais également coproducteur du métrage, et ces changements sont à la fois présents dans la construction scénaristique des personnages mais aussi dans la construction narrative du récit. Statham est surnommé H, et est embauché dans une société de transport de fonds. Il est froid avec tout le monde, il y a eu plusieurs braquages dans l’année, il semble cacher des choses. Oui, rien de nouveau. Mais là où le film surprend et parvient à s’éloigner de son simple statut de remake au final, c’est là. H, son personnage, n’est plus un sage père de famille qui veut venger la mort de son fils tué lors d’un braquage, mais un homme peu fréquentable, truand, riche, violent, qui va exploser lors de la mort de son fils dans des circonstances similaires. Le film ne joue plus sur l’attente, l’incertitude, mais bel et bien sur cette bombe à retardement qu’est Statham, qui ne demande qu’à exploser, et qui le fera dés que l’occasion se présente. Un personnage différent, bien que par moment, le film veut encore jouer sur l’émotion, et là, ça ne marche pas du tout, avec Statham dans le rôle, dommage.

Dupontel avait un côté réaliste, meurtri, dévasté. Avec Statham, c’est comme d’habitude le simple regard signifiant qu’il va vous exploser la gueule ! Mais l’intention est louable, surtout que Ritchie amène un second changement avec tout ça, celui qu’un découpage en plusieurs actes, sous plusieurs points de vu, ce qui permet de donner de la consistance à d’autres personnages, plutôt qu’avoir recourt simplement à des flashbacks pour expliquer l’ensemble. Ici, on a plus l’impression d’avoir un film en 3 parties d’une demi-heure chacune, à savoir, l’arrivée de H dans la boite et son boulot, puis son passé pour mieux le cerner lui et ses proches, et son but, puis carrément une troisième partie essayant d’humaniser les braqueurs. Tout ne marche pas, mais encore une fois, l’intention est louable. Avant bien entendu une dernière demi-heure où Ritchie fait parler la poudre, et où Statham peut péter des gueules. Même si son côté super héros invincible retire une partie de la tension lors du final. Mais le spectacle proposé reste solide, sérieux, plaisant même. Surtout que Ritchie semble calmer sa mise en scène, assez froide, lente même, avant de faire parler la violence. Et puis, si j’ai des réserves sur Statham pour le personnage qu’il doit jouer, même si par moment ça marche, on retrouve à ses côtés d’autres acteurs qui font plaisir. Scott Eastwood en braqueur fait bien le boulot d’ailleurs, et ça fait plaisir de le voir dans un rôle sérieux après le bien mauvais Overdrive. Pareil pour Josh Hartnett, cela fait plaisir de le revoir, bien plus âgé, mûr, et dans un rôle de peureux, ce que je n’attendais pas de lui dés qu’il est apparu à l’écran, sûr de lui, voulant se la raconter. Un Homme en Colère fait donc bien les choses. Il perd en substance comparé au film original, mais essaye de s’en détacher suffisamment dans sa structure et ses personnages pour être un film différent, plus musclé oui, mais sans totalement dénaturer le film original.

Les plus

Le casting est sympa
Mise en scène plus posée que d’habitude pour Ritchie
Fidèle, tout en apportant beaucoup de changements
Une structure en quatre actes
Musclé et violent

Les moins

Le fond est forcément plus simpliste
Statham, parfois crédible, parfois machine à tuer invincible

En bref : Un Homme en Colère est suffisamment différent du film original pour intéresser par pas mal d’aspects, tout en étant finalement bien plus classique, avec un Statham invincible. Mais l’ensemble est bien rodé et divertissant, et si le métrage ne laissera pas un grand souvenir, c’est du cinéma bien rodé.

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