CURE (キュア) de Kurosawa Kiyoshi (1997)

CURE

Titre original : キュア – Kyua
1997 – Japon
Genre : Policier
Durée : 1h51
Réalisation : Kurosawa Kiyoshi
Musique : Ashiya Gary
Scénario : Kurosawa Kiyoshi

Avec Yakusho Kôji, Hagiwara Masato, Ujiki Tsuyoshi, Nakagawa Anna, Dôguchi Yoriko, Hotaru Yokijirô et Denden

Synopsis : Un officier de police, Takabe, enquête sur une série de meurtres dont les victimes sont retrouvées avec une croix gravée dans le cou.

Si cela faisait bien 10 ans, voir en fait quasi 20 ans que Kurosawa Kiyoshi tournait déjà des films pour le marché de la vidéo au Japon, c’est clairement Cure qui l’aura révélé aux yeux du public, et notamment, aux yeux du public international. Pourtant, Cure est loin d’être une œuvre facilement accessible. Sa lenteur, sa vraie fausse enquête policière, ses mystères non résolus, ses personnages peu bavards, sa violence soudaine et radicale. Cure est un film étrange. Tour à tour ennuyeux, puis hypnotisant, banal puis lourd et étrange, simpliste puis abstrait et irrationnel. Sur le papier en tout cas, la base est simple. Des meurtres ont lieu. Plusieurs, ils se succèdent. Le mode opératoire est toujours le même. Le souci, c’est que les criminels ne sont jamais les mêmes. Mais à chaque fois, la victime a une croix gravée à même la peau, et le meurtrier est souvent trouvé aux côtés de la victime, apeuré. Une enquête qui s’annonce compliquée, les victimes n’ayant absolument aucun lien entre elles, et les meurtriers n’ayant que peu de souvenirs de leurs actes, et même du pourquoi. L’inspecteur Tabake travaille sur l’enquête, lui qui doit également faire face à ses difficultés personnelles, avec sa femme, grièvement malade. Un postulat on ne peut plus simple dans les faits, et les dix premières minutes viennent presque nous mettre en confiance, nous sommes là face à une enquête policière on ne peut plus classique. Mais ça, c’est ce que l’on veut nous faire croire, car dans les faits, absolument pas, Cure désamorçant alors l’instant d’après tout son côté classique pour ressembler beaucoup plus à une introspection mentale de ses personnages, mais également de la société Japonaise, rien que ça. Parfait non ? Un film cérébral !

Sauf que Cure n’est pas facile d’accès. Et je dois bien l’avouer, à titre personnel, qu’il m’est à chaque vision incroyablement difficile de rentrer pleinement dans l’aventure. Pourtant les qualités ne manquent pas. Dans la mise en scène, sublime et appliquée, dans l’ambiance sonore lourde signée Ashiya Gary (qui aura bossé sur les sagas Ju-On et les jeux Forbidden Siren, ça vous donne le niveau), ou même dans le jeu d’acteurs, Cure bénéficiant d’un grand casting, avec en tête d’affiche Yakusho Kôji, que le grand public connaît pour Babel de Inarritu, mais dont la filmographie contient bon nombre de grands films, du récent the Third Murder aux remakes de Hara-Kiri et 13 Assassins par Miike, en passant par Tokyo Sonata, Doppelganger, Séance, Charisma et Retribution (encore de Kurosawa) ou encore le bon drame Bounce Ko Gals. Un acteur avec une vraie présence et qui en impose. Mais voilà, avec Cure, on pense aisément avec son synopsis et sa scène d’ouverture que l’on va plonger dans une enquête sombre à la Seven. C’est mal connaître Kurosawa Kiyoshi, qui trouve là véritablement sa voie, et s’intéresse bien plus à l’humain, au mal qui sommeille en chacun de nous, et en un sens, Cure parle de ça, avec son tueur en série qui n’en est pas un, un esprit malade, amnésique, qui hypnotise ses victimes et fait ressortir leur part sombre, les transformant alors en tueurs au même mode opératoire. Mais durant sa première heure, Cure me semble toujours s’étirer en longueurs de manière inutile, jouant avec un rythme proche du sommeil (de l’hypnose). Un rythme lent et volontaire, qui trouve sa justification dans la seconde heure, et c’est ça qui est fort.

Car si la première heure me paraît toujours trop longue, voir a du mal à me passionner, tous les défauts que je trouve à Cure s’évaporent alors en l’espace de quelques secondes, comme s’il m’avait à son tour hypnotisé, et je n’arrive alors plus à décrocher mon regard des images, l’ambiance se fait alors beaucoup plus lourde, beaucoup plus sombre. La scène d’interrogatoire de Denden par exemple est un des plus grands moments du métrage, lourd, crispant même, qui me happe à chaque vision. Et si ça fonctionne autant, nul doute que la première partie avec laquelle j’ai du mal y est pourtant pour quelque chose, et que la simplicité apparente avec laquelle Kurosawa filme l’ensemble joue également. Dans le fond, Kurosawa joue sur l’épure dans son film. Il épure sa narration, son rythme, son concept, sa mise en image, et c’est très fort de parvenir à un tel résultat en faisant cela. Kurosawa y parvient, et c’est alors que ses thématiques explosent à l’écran, où chacun laisse sortir son démon intérieur. L’hypnose n’est donc pas ce qui fait des personnages des meurtriers, mais plutôt ce qui révèle au grand jour l’inconscient humain général, cette part sombre, destructrice. Et du coup, plus le récit avance (doucement certes), plus Cure révèle son côté nihiliste. Des scènes marquent durablement, la rétine mais également l’esprit, et Cure trouve alors sa plus grande force dans sa plus grande faiblesse. Croyez-moi, il faut s’accrocher au départ, Kurosawa ayant sans doute délibérément construit son métrage ainsi pour mieux nous happer par la suite, mais l’aventure vaut le détour.

Les plus

Des thématiques intéressantes
Une ambiance lourde
La seconde heure, magistrale
Yakusho Kôji, parfait

Les moins

Une première heure longuette
Il faut vraiment s’accrocher au départ

En bref : Cure est un film étrange, qui commence de manière faussement classique avant de ralentir son rythme, quitte à nous ennuyer pour parvenir à nous hypnotiser en révélant ensuite ses cartes et en se faisant autant passionnant que lourd dans sa seconde heure.

2 réflexions sur « CURE (キュア) de Kurosawa Kiyoshi (1997) »

    1. Donc je fais de CHARISMA, que je n’ai jamais vu, une priorité, vu que je l’ai depuis bien 15 ans en dvd (coffret avec KAIRO). De toute façon, il est grand temps que je fasse une séance de rattrapage sur les classiques du cinéma Japonais, en laissant de côté le cinéma de Koshizaka Yasushi haha.

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