Titre Original : Воздух
2023 – Russie
Genre : Guerre
Durée : 2h31
Réalisation : Aleksei German Jr.
Musique : Andrei Surotdinov
Scénario : Aleksei German Jr. et Elena Kiseleva
Avec Anastasia Talyzina, Aglaya Tarasova, Kristina Lapshina, Sergey Bezrukov, Elena Lyadova, Oleg Grinchenko, Anton Shagin et Kristina Isaykina-Berger
Synopsis : Au printemps 1942, des batailles féroces se déroulent sur le front de Leningrad ; d’énormes ressources humaines et techniques sont consacrées à freiner l’avancée des troupes allemandes. Des recrues arrivent dans un régiment d’aviation mixte – des femmes volontaires qui piloteront des avions militaires. Les futures pilotes ne comprennent pas bien ce qui se passe, et le personnel masculin, majoritaire, se méfie des jeunes filles. Elles devront non seulement prouver qu’elles peuvent piloter des avions de chasse aussi bien que les hommes, mais aussi surmonter chaque jour leurs peurs et leurs doutes.
Si depuis quelques années, dès que quelqu’un parle de la Russie, c’est forcément pour parler de politique en négatif, c’est oublier d’une part que la guerre, en général, ça concerne plus souvent les politiciens et autres hommes de pouvoirs et non pas le peuple (majoritaire en nombre évidemment), mais aussi oublier qu’un pays ne se limite pas à ça. Sinon, personne ne regarderait de films Allemands car il y avait des nazis, personne ne regarderait de films Japonais car ils étaient alliés aux Allemands à l’époque, personne ne regarderait de cinéma Chinois car ils ont récupéré Hong Kong et qu’ils censurent. Où je voulais en venir moi ? Ah oui, j’aime le cinéma Russe, du moins pour ce que je connais, à savoir les grands classiques de l’époque de l’URSS, mais aussi leur cinéma plus récent, notamment lorsqu’il lorgne vers la science-fiction, prouvant souvent qu’ils livrent des films qui ont de la gueule, avec des budgets pourtant si ridicules, comme Coma, Attraction, Sputnik, Blackout et j’en passe. Et bien récemment, je suis tombé sur Air, sa pochette m’a attiré, sa durée de 2h31 ne m’a pas apeuré, et je me suis lancé pour voir ce que valait la Russie dans le film de guerre historique lorgnant vers le drame, en mettant en avant des femmes qui deviennent pilotes de chasse pendant la seconde guerre mondiale, alors que les Allemands se rapprochent de Leningrad. Toujours inédit en France (va-t-on bouder le cinéma Russe ?), sorti début 2024 en Russie mais aussi fin 2023 au Japon, Air a été une bonne surprise, pas forcément là où je l’attendais, mais pourtant, ce n’est pas le genre de film dont je sors emballé. Paradoxal ? Totalement oui. Car Air, c’est très bien dans le fond. Visuellement, ça a les moyens de ses ambitions déjà.
Ce n’est pas du niveau d’un Top Gun évidemment, mais autant le budget que les types d’avion et l’époque ne sont pas les mêmes de toute manière. Mais ça reste crédible. De même, le réalisateur, aussi coscénariste, Aleksey German Jr. (un Russe qui s’appelle German, quelle ironie, surtout pour un film pendant la seconde guerre mondiale), mise avant tout sur le réalisme, et ça aussi, c’est tout à son honneur. Il rend les phases de vol crispantes, essaye toujours de coller au plus proche des personnages, au sol comme dans les airs, ne parasite jamais rien avec des effets de styles inutiles, et il filme la guerre comme on pourrait l’imaginer. Parfois, les gens meurent, même s’ils sont bons dans leur domaine, car des accidents arrivent, car tomber dans une embuscade arrive, car la fatigue et le surmenage sont là et ne sont jamais bons lorsque l’on pilote un avion de chasse. Même les rares moments sur les champs de bataille, le film garde ce côté réaliste, les corps tombent, le sang gicle, les survivants pleurent et crient tandis que les bombes tombent et les balles fusent, les tripes s’étalent au sol et se mélangent à la boue. Ce n’est pas le cœur du film, loin de là, mais on sent que le réalisateur essaye de donner une vision réaliste de la guerre, et non pas une vision fantasmée et donc, trop cinématographique. Pareil dans le discours en réalité. Souvent dans les films de guerre, on a deux camps. On a les films de guerre où on glorifie le pays d’origine du film, son armée, ses soldats, on a des ralentis héroïques, ou bien à l’opposé, des films qui critiquent les guerres, en montre les ravages, ses travers (évidemment, on pensera à Platoon et Apocalypse Now). Air va dans cette direction, les personnages s’interrogent sur la raison de tout ça, pourquoi se battre, quand tout cela va s’arrêter, pourquoi prendre tel risque, faut-il obéir bêtement à la patrie quoi qu’il arrive ou privilégier l’individu. Et ça, j’avoue, je ne l’ai pas vu venir, et Zhenya (Anastasia Talyzina), le personnage principal, se pose à elle et aux autres souvent les bonnes questions, allant même jusqu’à hésiter à tuer un ennemi, car après tout, nous sommes tous humains.
Beaucoup de bonnes choses donc. Alors pourquoi néanmoins, je ne sors pas totalement emballé par Air ? Difficile à dire, un ressenti. Dans sa quête de réalisme et donc son refus du sensationnalisme par exemple, Air apparaît souvent comme un film gris, morne, et c’est un choix évident, qui va dans le sens de son message, mais un choix qui sur la durée, et ça dure 2h31 encore une fois, finit par épuiser et mettre même une distance entre nous, spectateurs, et ce régiment de pilotes féminines. Ce qui est dommage, vu que le casting est impeccable. On ne pourra pas reprocher au film de ne pas céder aux sirènes du grand spectacle, mais tout de même. Après, peut-être que son budget de 783 millions de roubles (soit en gros 8 millions d’euros) ne permettait pas plus, pas d’étendre ses batailles, surtout avec un tournage qui s’est étiré, fut compliqué, et commença en 2018, avant de se conclure en Avril 2020. Mais du coup, oui, cette durée bien longue, elle devient parfois un peu problématique, et malgré le sérieux de l’entreprise, ses prises de positions pertinentes, son casting impeccable, sur la fin, je commençais à trouver le temps long. Pas jusqu’à devenir dépressif face à la guerre et ces images mornes et grises, mais long tout de même. Peut-être, dans le fond, qu’en réduisant un poil la durée du métrage à deux heures, et en ouvrant le film par une scène impressionnante avant de vraiment présenter les personnages et d’épouser leur point de vue plus réaliste aurait pu aider le film, à mon opinion. Mais Air reste une découverte agréable et intéressante. Juste pas aussi marquante qu’espéré.

Les plus
Des scènes de vol réalistes
Le côté gris et moche de la guerre
Des questionnements pertinents
Un casting investi et crédible
Les moins
Un peu trop long
Vu la durée, sans doute trop morne pour passionner tout du long
En bref : Air est un film sur la guerre et les femmes pilotes Russes qui prend la voie du drame, du récit réaliste et non-sensationnel, quitte à décevoir. C’est souvent intéressant, bien mené, mais trop long tout de même.
| A FEW WORDS IN ENGLISH | |
| THE GOOD | THE BAD |
| ♥ The flight scenes look so real ♥ The war is grey, sad, bad ♥ Some interesting questions ♥ A credible and invested cast |
⊗ Probably a bit too long ⊗ With this length, maybe too gloomy to have us invested all the way |
| Air is a film about war and Russian female pilots, and it’s more dramatic, realistic and not action packed than predicted, not afraid to disappoint some audience. It’s interesting, well made, but still a bit too long. | |




















