CRIME A FROID (Thriller – En Grym Film) de Bo Arne Vibenius (1973)

CRIME A FROID

Titre Original : Thriller – En Grym Film
1973 – Suède
Genre : Rape & Revenge
Durée : entre 1h20 et 1h44
Réalisation : Bo Arne Vibenius
Musique : Ralph Lundsten
Scénario : Bo Arne Vibenius

Avec Christina Lindberg, Heinz Hopf, Despina Tomazani, Per-Axel Arosenius, Solveig Andersson, Björn Kristiansson et Marie-Louise Mannervall

Synopsis : Madeleine, a été agressée sexuellement pendant son enfance, ce qui l’a rendue muette. Plus tard, elle accepte d’être prise en voiture par un homme, Tony (Heinz Hopf), qui fait d’elle une accro à l’héroïne et la prostitue en devenant son souteneur. Pour cacher le fait qu’elle a été enlevée, il écrit des lettres pleines de hargne aux parents de la jeune femme, lesquels en viennent à se suicider. Alors qu’elle est rendue borgne pour avoir refusé un client, Madeleine commence à se donner les moyens de sa vengeance.

Crime à Froid, aussi appelé Thriller A Cruel Picture, ou bien They Call Her One Eye, suivant les versions plus ou moins censurées en fonction des pays, faisant que les copies du film allaient à l’époque entre 1h20 pour la version Anglaise la plus censurée à 1h44 pour la version complète, c’est un film culte, dont tout le monde a finit par entendre parler lorsque Quentin Tarantino s’inspira de l’héroïne du film, Madeleine (Christina Lindberg), pour créer son personnage de Elle Driver dans Kill Bill. Et les films cultes, je m’en méfie souvent. Culte ne veut pas forcément dire grand film, ou même bon film. Et surtout, découvert des années plus tard, l’impact n’est pas forcément le même, excepté pour la culture cinématographique. Heureusement, Crime à Froid demeure encore aujourd’hui un film intéressant à plus d’un titre, bien qu’imparfait, et trouve donc sa place aux côtés de I Spit on Your Grave réalisé quelques années après comme représentant du genre Rape & Revenge, plutôt que de La Dernière Maison sur la Gauche, film culte justement réalisé par Wes Craven, et qui pour le coup, n’a jamais fonctionné sur moi, le trouvant daté et kitch dès sa première vision. Car Crime à Froid, à l’image donc du film de Meir Zarchi en 1978, est un film froid, calculateur, frontal. L’histoire dans un cas comme dans l’autre est simple, même si Crime à Froid se permet un poil plus de fond avec cette organisation qui va kidnapper l’héroïne, Madeleine, pour la prostituer en la rendant totalement accro à la drogue. Et Crime à Froid affiche très rapidement son ambition, celle à la fois de faire du cinéma, mais d’un autre côté, de livrer un bon gros film d’exploitation. Il suffit de voir le grand écart effectué par le film entre sa scène d’ouverture, très jolie en passant, et se servant du médium cinéma pour suggérer l’impensable (le viol de Madeleine enfant, ce qui va la rendre muette), et le reste du métrage, frontal dans sa violence mais aussi dans sa sexualité.

Car Crime à Froid, dans sa version intégrale que l’on peut à présent découvrir dans les meilleures conditions possibles, ne recule pas devant grand-chose. La violence tout d’abord, elle est frontale notamment dans la seconde partie du métrage, la vengeance de Madeleine, avec un usage parfois surréaliste du ralenti, allant jusqu’à donner un côté statique, figé dans le temps à sa vengeance. Les corps se tordent de douleur après un bon coup de fusil de chasse, et la douleur semble donc ne jamais vouloir s’achever. Même si, par moment, on se dit que ce ralenti est un poil too much, comme lors de l’affrontement entre Madeleine et deux flics, entièrement au ralenti et durant donc de très longues minutes. Oui, c’est joli, oui c’est totalement surréaliste, oui certains moments de la scène font clairement mouche, mais cela reste malgré tout un poil trop long. Et puis il y a le sexe. Evidemment, on se doutait que l’on n’y couperait pas, avec ce réseau de prostitution qui manipule les femmes en les rendant totalement accro à la drogue. Et Bo Arne Vibenius, réalisateur et scénariste du film, ne fait pas semblant, puisqu’en plus de dénuder la magnifique Christina Lindberg assez souvent (et étonnement, la filmant magnifiquement bien, et donc pas forcément de manière putassière), il va plus loin en insérant des plans pornographiques dans son film, tournés avec d’autres acteurs évidemment, afin de montrer durant la première heure le quotidien du personnage, et donc son calvaire, fait uniquement de clients, de sexe et de drogues, de manière répétée. C’est à la fois dans ses inserts pornographiques et dans la répétitivité volontaire des événements que Crime à Froid plonge totalement dans l’exploitation pure et dure. Et si l’on pourrait débattre longtemps sur ses inserts et leur utilité, le calvaire de Madeleine étant déjà parfaitement compréhensible sans (je ne suis personnellement pas fan), cela montre une fois de plus la liberté et les intentions du métrage, chose qu’il sera sûrement impossible de refaire de nos jours.

Par contre, ce qui est plus pertinent et plus intéressant, c’est clairement à la fois le côté froid et répétitif de la majeure partie du film, puisque même la vengeance naissante chez Madeleine sera filmée comme un acte répétitif et mécanique, avec ses entrainements à la conduite, au tir et aux arts martiaux. Le réalisateur filme donc de la même manière le calvaire de la première partie, la préparation de la seconde, et la vengeance de la troisième partie, formant donc un tout plutôt cohérent. Surtout qu’en prime, la mise en scène en elle-même n’est pas mauvaise, loin de là, elle est froide et calculée, à l’image du film. Et puis il y a son final, qui renvoie alors à l’ouverture, en se faisant bien plus cinématographique et suggérée, et bouclant ainsi la boucle du film. Un final qui tend plus vers le western d’ailleurs, jouant plus sur l’attente, sur la composition du cadre, plutôt que d’être frontal comme le reste du métrage. Crime à Froid donc, c’est forcément imparfait, un peu gratuit, ça va parfois un peu loin sans pour autant paraitre comme pertinent, bien que les fameux inserts ne durent au final pas si longtemps que ça, mais reste un film intéressant, qui touche au but en y allant clairement à fond dans son message et son imagerie sans jamais reculer. Et au final, la plus grande réussite du film, c’est sans doute son héroïne muette, et son actrice, Christina Lindberg, tour à tour jeune innocente utilisée et manipulée, subissant les événements, puis femme froide n’ayant d’autre but que de renvoyer l’ascenseur à ses clients et surtout à Tony, l’homme responsable de sa condition, mais aussi du suicide de ses parents. Et puis, pour enfoncer le clou, entre ses vrais inserts pornographiques, la scène de l’œil ultra réaliste et dérangeante, on pourrait aussi noter l’utilisation de vraies munitions, continuant de rendre le métrage culte, et un peu fou dans sa conception chaotique. Et étonnement donc, bon et intéressant.

Les plus

Christina Lindberg, magnifique, hypnotisante
Une violence sèche et radicale
Beaucoup de petits éléments intéressants
Frontal dans tout ce qu’il veut raconter
Visuellement, pas dégueulasse du tout

Les moins

Malgré tout, les inserts porno étaient-ils utiles ?
De beaux ralentis, mais parfois, trop c’est trop

En bref : Bien que très loin d’être parfait, Crime à Froid est un représentant intéressant du genre Rape & Revenge, affichant des choix tranchés, une violence froide et bien plus. Un film froid, dépressif même, parfois fascinant, parfois plus discutable, mais culte.

A FEW WORDS IN ENGLISH
THE GOOD THE BAD
♥ Christina Lindberg, beautiful, mesmerizing
♥ The violence is radical
♥ A lot of interesting things
♥ It shows us what it wants
♥ Visually, it’s not bad actually
⊗ Still, the porn moments, was it useful?
⊗ Beautiful slow motion, but too many
Far from perfection, Thriller A Cruel Picture is an interesting take on the genre Rape & Revenge, with radical choices, a cold violence and more. A depressing movie, fascinating sometimes, sometimes not that tasteful, but cult.

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