LES NERFS A VIF (Cape Fear) de Martin Scorsese (1991)

LES NERFS A VIF

Titre Original : Cape Fear
1991 – Etats Unis
Genre : Policier
Durée : 2h08
Réalisation : Martin Scorsese
Musique : Elmer Bernstein
Scénario : Wesley Strick

Avec Robert De Niro, Nick Nolte, Jessica Lange, Juliette Lewis, Joe Don Baker, Robert Mitchum, Gregory Peck, Martin Balsam, Illeana Douglas et Fred Thompson

Synopsis : Max Cady, condamné à quatorze années de prison pour viol et voie de fait sur une mineure, est à nouveau libre. Avec détermination et rigueur, il entreprend de se venger de l’avocat Sam Bowden, qu’il estime responsable de son incarcération.

Ce qu’il y a de passionnant à revoir certaines œuvres jugées mineures de certains grands réalisateurs, c’est qu’arrivé au bout du film, on peut aisément se dire qu’un film mineur d’un grand réalisateur pourrait rendre jaloux un réalisateur médiocre. Les Nerfs à Vif, Cape Fear en VO, c’est un remake, un remake du film de 1962 réalisé par J. Lee Thompson, et plaçant dans les deux rôles titres Gregory Peck et Robert Mitchum, qui vont tous les deux récolter un petit rôle dans ce remake. Mais surtout, Cape Fear aurait pu être un métrage au visage totalement différent, au début de sa production. Car ce remake était en effet un projet Amblin, Steven Spielberg devait réaliser, et Bill Murray devait tenir le rôle principal. Mais Spielberg eu des doutes. Scorsese lui, il était sur un autre projet. Finalement, se rendant compte que le projet serait probablement plus dans les cordes de son ami, Spielberg confia lui-même le projet à Scorsese. Alors, il a bien fait, tant le métrage déborde d’une intensité assez propre à Scorsese. Spielberg, en 1991, il réalisa Hook (un film mineur lui aussi, qu’il faudra que je retente un jour, car j’avais détesté au cinéma à l’époque). Quant à Scorsese, il sortait de deux échecs financiers qui ont fait du mal à sa carrière. La Dernière Tentation du Christ n’a en effet rapporté que 8 millions (pour un budget de 7) tandis que les Affranchis, aujourd’hui devenu culte et pièce maitresse de sa carrière, a rapporté 47 millions certes, mais en avait coûté 25. Alors au final tout est bien qui finit bien, car Les Nerfs à Vif sera un succès qui va faire du bien à la carrière de Scorsese. Et ce même si, souvent, il est aujourd’hui oublié, peu cité, et même parfois un peu moqué, car Scorsese se lâche totalement avec ce métrage, livrant un film violent, mais surtout outrancier. Max Cady sort de prison après y avoir passé 14 années, et va vouloir se venger de l’avocat qui devait le défendre mais qui a caché une pièce à conviction.

Se venger de lui mais aussi de sa famille, de son entourage. Dans les faits donc, Cape Fear est un remake qui reprend le concept du film original, l’étends, l’adapte, et le modernise. Ce qu’un remake devrait être donc. Max Cady est clairement un « produit » de son époque, vulgaire, outrancier, manipulateur, séducteur. Face à lui, l’avocat n’est plus celui qui l’a envoyé en prison comme dans l’original, mais l’avocat qui a fait le choix de cacher une preuve, contre son propre client. Mais dans les faits, oui, Les Nerfs à Vif reste un film assez similaire malgré tout dans ses mécaniques, juste plus violent, plus actuel. Et la première grande réussite du film, évidemment, c’est son casting, avec un Robert De Niro impérial en psychopathe, qui en fait souvent des tonnes, mais arrive à être flippant plutôt que risible. Face à lui, pour cette famille qu’il va martyriser deux heures durant, Nick Nolte, Jessica Lange et une jeune Juliette Lewis. Un casting plus que solide qui sous la direction de Scorsese vient faire des merveilles et nous livre plusieurs confrontations, physiques ou verbales, de haut niveau, comme la première rencontre entre Max et la fille de son ancien avocat, Danielle, rencontre de laquelle émane une tension sexuelle totalement malsaine et réussie. En vérité, rien de surprenant vu le casting, De Niro était à l’époque toujours au top de sa forme, Nick Nolte a toujours été bon, Juliette Lewis débutait et la suite des années 90 allait prouver son talent, car n’oublions pas qu’en quelques années, elle a enchainé Tueurs Nés, Strange Days et Une Nuit en Enfer. Et n’oublions pas Jessica Lange. Non, si Les Nerfs à Vif est à la fois considéré comme un Scorsese mineur et comme un film parfois fort et viscéral, c’est à cause d’une multitude de choix qui rendent presque le film parfois grossier, dans ses mécaniques, sa narration, sa violence. Scorsese a voulu non pas délivrer un polar réaliste et musclé, mais une vision fantasmée. Ce qui explique un tournage majoritairement en studio.

Et ce choix, il se retrouve aussi avec sa collaboration avec Freddie Francis à la photographie, seule fois qu’ils travailleront ensemble d’ailleurs. Un choix pas forcément anodin, vu son passé comme directeur de la photo mais aussi comme réalisateur chez la Hammer. Avec Scorsese, ils livrent un travail formidable, sonnant faux, volontairement, avec ses éclairages travaillés autant en intérieur qu’en extérieur, iconisant Max Cady en lui faisant faire pas mal de choses pourtant improbables dans les faits, après tout il se cache sous une voiture pendant des plombes alors qu’elle roule, il parvient à rentrer dans une maison ni vu ni connu, se déguise en femme juste pour tuer, et malgré tout ça, malgré les preuves sans doute derrière lui (rien que pour une scène, empreinte de dents et paf, retour à la prison). Et il y a ce final, lorgnant vers le grotesque, avec même un Max Cady s’adressant on ne sait pas trop à qui, regard caméra inclus, qui donnent un côté donc grotesque, mais aussi ludique et violent à la fois. Si Les Nerfs à Vif n’a pas la puissance des meilleurs Scorsese, que ce soit ses longues fresques épiques (Casino, Le Loup de Wall Street et ses 3 heures épuisantes) ou ses films plus dépressifs (Taxi Driver, A Tombeau Ouvert), il demeure un thriller rondement mené, porté par un casting de choix, parfaitement rythmé, violent, mais aussi parfois jouissif.

Les plus

Robert De Niro habité
Un casting de choix en général
Une violence qui fait mal
Une tension qui fonctionne
Des scènes inoubliables
Un côté surréaliste qui fait mouche

Les moins

Oui, parfois grotesque
Et parfois peu crédible

En bref : Les Nerfs à Vif, c’est un Scorsese mineur, certes, mais un très bon film malgré tout, prenant, violent, surréaliste, marquant en fait.

A FEW WORDS IN ENGLISH
THE GOOD THE BAD
♥ Robert De Niro
♥ A great cast
♥ The violence matters
♥ The tension works
♥ Scenes you can’t forget
♥ It looks surreal, on purpose
⊗ Yes, it can be a bit grotesque
⊗ And a bit hard to believe
Cape Fear is, of course, a little film for Scorsese, but still an excellent film, violent, surreal.

2 réflexions sur « LES NERFS A VIF (Cape Fear) de Martin Scorsese (1991) »

  1. Oh 16/20 ! Carrément. Je ne l’ai pas vu depuis un moment, mais je m’en souviens comme d’un « Scorsese mineur », pour reprendre tes mots. J’adore l’original également (Robert Mitchum y est fantastique). Il faudrait que je le revoie pour m’en faire une idée neuve.

    1. Yep, vraiment beaucoup aimé lors de cette nouvelle vision, je ne l’avais pas vu depuis bien 20 ans, j’avais d’ailleurs un vieux dvd collector. C’est mineur, moins bon que ces fresques criminelles (ouais, LES AFFRANCHIS, CASINO), ou certains autres grandes fresques, mais ça reste un très bon polar avec un sens esthétique clairement voulu, et de sacrés acteurs. Excessif, too much, mais très bon.

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