BUGONIA de Yorgos Lanthimos (2025)

BUGONIA

Titre Original : Bugonia
2025 – Etats Unis
Genre : Thriller
Durée : 1h59
Réalisation : Yorgos Lanthimos
Musique : Jerskin Fendrix
Scénario : Will Tracy d’après Jang Joon-hwan

Avec Emma Stone, Jesse Plemons, Aidan Delbis, J. Carmen Galindez Barrera, Marc T. Lewis, Vanessa Eng et Cedric Dumornay

Synopsis : Deux jeunes hommes obsédés par les théories du complot kidnappent la PDG d’une grande entreprise, convaincus qu’elle est une extraterrestre déterminée à détruire la planète Terre.

Si je ne suis pas un fan du cinéma de Yorgos Lanthimos, il est néanmoins facile de dire qu’il est un cinéaste intéressant, et qui carbure récemment. Trois ans, trois films, les trois avec la grande Emma Stone. Bugonia, son dernier né donc, est un remake, du film Coréen Save the Green Planet, que j’avais vu, il y a bien 20 ans. Autant dire que mes souvenirs sont donc proches du néant, surtout que je n’avais pas spécialement apprécié, mais voilà, voir le réalisateur Grec se lancer dans une modernisation du récit, à sa sauce, et en donnant les rôles principaux à Emma Stone et Jesse Plemons, déjà ensembles dans son précédent métrage, Kinds of Kindness, c’était assez sur le papier pour me laisser tenter et donner sa chance au métrage, surtout que pour une fois, ça ne dure pas 2h30, mais juste deux heures. Sur le papier d’ailleurs, l’on pourrait dire que Bugonia est plus modeste que les précédents du réalisateur, se déroulant souvent dans un seul lieu, avec trois personnages, et donc se rapprochant un peu plus du théâtre filmé. Ce qui sera d’ailleurs parfois l’un des défaut du métrage. Bref, avec ce préambule, inutile de préciser que je vais avant tout parler de Bugonia comme œuvre du réalisateur que comme remake (n’ayant pas revu l’original et ce n’est pas prévu). Pas de comparaison donc. Bugonia, c’est simple, c’est l’histoire de deux hommes, cousins, à fond dans les théories du complot qui pullulent actuellement un peu partout sur internet, et qui sont persuadés que Michelle, la PDG d’une grosse entreprise pharmaceutique, est une Andromède, une extra-terrestre qui est ici pour anéantir l’espèce humaine. Ils vont donc la kidnapper, l’enfermer dans leur cave, et tenter de lui faire avouer la vérité, dans le but de rencontrer l’empereur Andromède et de les forcer à quitter notre petite planète bleue. Et rien que ce pitch en aura fait crier plus d’un sur la toile. Comme quoi Bugonia cherchait à ridiculiser ceux qui croient des médias alternatifs par exemple, ou tout simplement que forcément, Bugonia faisait de deux hommes simples, travailleurs, un peu simplets aussi, les deux personnages un peu frappés qui vont kidnapper une riche femme d’affaires.

Sauf que… sauf que de mon côté, pas du tout, ou alors je cherche trop loin, ou alors nous n’avons pas vu le même film. Oui, les deux cousins kidnappeurs sont fans de théories du complot… mais ce sont eux, les personnages principaux, c’est sur eux et leur voix que s’ouvre le film, c’est leur point de vue que le film nous force à adopter, déjà. Et puis surtout, dans ce métrage, forcément très dialogué et se déroulant souvent dans une cave, on en vient vite à comprendre que ce qui compte, ce n’est pas la vérité, mais ce que l’on parvient à faire croire. De toute façon, que ce soit Teddy et Don, ou Michelle, chacun a son point de vue dès le départ, et aucun camp ne changera d’avis, et je pense que c’est surtout là que le film veut appuyer. Que notre espèce est tellement divisé que l’on refuse même le dialogue, que l’on refuse même l’éventualité parfois de faire fausse route, ou de se dire qu’entre un point de vue et un autre, la vérité, la vraie, celle qui mettra tout le monde d’accord, est sans doute pile au milieu. En ce sens, oui, Bugonia fonctionne et a des choses plutôt intéressantes à dire, tout en gardant un ton assez étrange, entre nihilisme total (c’est parfois en plus ultra violent et radical) et ironie mordante (oui, on peut parfois rire de choses horribles). Et pour que ce message fonctionne, et que le film intéresse, il fallait donc des acteurs de talent. Lanthimos retrouve Jesse Plemons et Emma Stone, qu’il avait déjà dirigé dans son film précédent, et autant dire que les deux sont parfaits et livrent des prestations parfois hallucinantes, autant dans les non-dits, les mimiques et la gestuelle, que dans une certaine rage contenue qui ne demande qu’à exploser (pour Jesse Plemons). A leurs côtés, Aidan Delbis n’est pas en reste d’ailleurs, véritable autiste qui n’a aucun souci avec cette particularité, qui est sans doute au final le personnage le plus touchant et neutre, tandis qu’autour de lui, Emma Stone et Jesse Plemons jouent aux chaises musicales entre dominé et dominant, antagoniste et protagoniste.

Certains échanges sont particulièrement tendus, et les rares élans violents du métrage sont marquants. Mais à côté, il y a d’autres points sur lesquels je serais beaucoup moins enthousiaste. Avec ces deux heures au compteur par exemple, Bugonia semble parfois faire du sur-place, et cette impression, on la doit évidemment au côté huis clos et théâtre filmé du métrage. Quelques moments, aussi bien joués soient-ils, semblent donc tourner en boucle pour pas grand-chose. Et d’autre part, il y a l’épilogue. Et sans divulguer quoi que ce soit de cet épilogue, entre blague totale et cynisme terrorisant, il me laisse totalement de marbre, tant finalement, il semble vouloir aller à l’encontre de ce qui précédait dans le métrage, dans son absence de vérité, dans ces dialogues de sourds, tout ça pour instaurer à l’écran finalement une seule et unique vérité. Bien qu’en fouinant, l’on pourrait aussi dire que cette vérité, c’est que l’espèce humaine est fichue, mais ça, on le savait déjà depuis le temps. Reste que Bugonia, sans être le meilleur film de son auteur, ni d’Emma Stone, est une œuvre à part, qui a des choses à dire, passe du cynisme à l’horreur, puis du drame à l’humour grinçant. Et rien que pour voir Emma Stone tenter de convaincre ses ravisseurs avec de purs discours de PDG d’entreprise, ça n’a pas de prix !

Les plus

Le casting, génial et en forme
Des idées thématiques intéressantes
Des moments grinçant
Parfois, la violence débarque, sans prévenir, et fait mal

Les moins

Quelques moments un peu longs et laborieux
Le final, voué à diviser

En bref : Bugonia, c’est parfois drôle, violent, cynique, nihiliste, débile. Un film qui ose des choses, même s’il ne réussit clairement pas tout, mais qui peut compter sur le talent de ses acteurs.

A FEW WORDS IN ENGLISH
THE GOOD THE BAD
♥ The cast is simply amazing
♥ Some interesting themes and ideas
♥ It’s sometimes awful and funny
♥ Violence is rare but impactful
⊗ A bit too long
⊗ The finale won’t please everyone
Bugonia is sometimes funny, then violent, cynical, nihilistic. The film dares, it tries, even if it doesn’t always succeed, but it can always rely on the actors’ talent.

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