JENNIFER’S BODY de Karyn Kusama (2009)

JENNIFER’S BODY

Titre original : Jennifer’s Body
2009 – Etats Unis
Genre : Horreur
Durée : 1h42
Réalisation : Karyn Kusama
Musique : Stephen Barton
Scénario :  Diablo Cody

Avec Megan Fox, Amanda Seyfried, Johnny Simmons et Adam Brody

Synopsis : Jennifer et Needy sont les meilleures amies du monde depuis qu’elles sont petites. Mais après avoir assisté à un concert rock qui se termine en incendie, Jennifer part avec le groupe. Dés le jour suivant, quelque chose à changer, Jennifer est une mangeuse d’homme.

Ah, Jennifer’s Body, rien que son affiche faisait saliver les hommes. Megan Fox dans une comédie d’horreur sexy. Un rôle taillé sur mesure pour elle. Le tout avec un scénario signé Diablo Cody (l’excellent Juno), on ne pouvait que saliver. D’ailleurs, Juno partage pas mal de points communs avec Jennifer’s Body. Une description du même milieu, celui des jeunes américains, un personnage principal au franc parler comme ce fut également le cas pour Juno, et un scénario teinté d’humour. Malheureusement, la comparaison s’arrête véritablement ici, et si Juno était un petit bijoux joué avec excellence par Ellen Page (Hard Candy, Inception), Jennifer’s Body est une amère déception, un film aux multiples influences et au scénario volontairement crétin qui perd de son intérêt au fur et à mesure que les minutes défilent. L’introduction, rappelant Ginger Snaps 2, nous met bien dans l’ambiance en nous présentant tout d’abord le personnage de Needy, violente, et internée. Needy nous propose de nous raconter son histoire, que l’on comprenne comment elle en est arrivée là. Nous revoilà quelques mois en arrière, pour suivre les aventures de la jeune Needy, blonde, un peu coincée, portant de grosses lunettes, et de sa meilleure amie Jennifer, pom-pom girl, brune, libérée, dragueuse et parlant franchement. Donc, Megan Fox, ayant de sérieux atouts pour jouer ce rôle limite taillé sur mesure. Les deux amies inséparables qu’un événement fantastique va séparer rappelle encore une fois Ginger Snaps, mais la rigueur d’écriture et l’orientation voulue n’est pas la même. On nous présente rapidement les personnages (outre Jennifer et Needy, il y aura Chip, le petit ami de Needy, que l’on a vu récemment dans Scott Pilgrim), puis les deux amies se rendent à un concert rock dans un petit bar miteux. Les minutes passent, et on s’attend enfin à voir l’histoire décoller, ou du moins se révéler enfin. Ce sera le cas malheureusement, en partie. Sur toute la durée, la direction que le film prendra sera simple : Megan Fox est bonne, tout les hommes la veulent. Le tout saupoudré d’un peu d’humour, d’une petite touche sexy, et d’un peu de sang.

Seulement tous ces ingrédients ont l’air bien trop modérés pour que la sauce prenne véritablement. De l’humour, on en aura, volontaire ou non. Certains dialogues, il faut avouer, font mouche, ou du moins font sourire, comme ce rapide dialogue dans le bar en début de métrage où Megan Fox nous parle de sodomie. Des petites touches d’humour qui fonctionnent, à côté d’autres, concernant l’histoire en général, invraisemblable et idiote, qui ne fonctionnent pas toujours, ou jamais totalement. Ce gros déséquilibre sera dans tous les domaines du film. Au niveau de la touche sexy, on aura bien droit à quelques plans déshabillés, mais n’attendez pas de voir Megan Fox nue, ce ne sera pas le cas, de même pour les autres acteurs et actrices. On aura bien droit à quelques bisous, dont certains entre filles, mais le côté sexy ne dépassera pas ce stade. On pouvait attendre mieux pour une production du genre qui se voulait sexy. Le sang quand a lui mettra beaucoup de temps à arriver, et les scènes sanglantes sembleront la plupart du temps bien timide, comme pour ne pas choquer et viser toujours un large public. Niveau gore, on a donc vu largement mieux ailleurs. Avec ses éléments toujours en demi teinte, on essaye tout de même de suivre l’histoire. Arrive donc l’incendie dans le bar, ce qui sera le vrai point de départ de l’histoire et des différents évènements à venir. On nous promet une succube démoniaque qui s’en va manger les hommes, et on l’aura. Seulement elle se fera bien discrète. Megan Fox montrera les crocs, Megan Fox enlèvera son haut, mais on ne verra que trop peu de sang, et pas de nudité. Pire, certaines scènes pourront faire penser à d’autres métrages du genre, en moins réussis. On pensera par moment à The Faculty (la scène dans la piscine), on verra quelques posters et tee-shirt d’Evil Dead, quelques dialogues feront des allusions à quelques classiques du genre, et bien entendu, outre la relation entre deux femmes dans un lycée rappelant Ginger Snaps, certains plans copieront également le dit métrage. Le film cherche à nous brosser dans le sens du poil, et par moment, il y parvient.

Certaines séquences, prises à part, fonctionnent comme petit plaisir coupable. Voir une Megan Fox en forme se déshabiller avant de croquer tout cru un jeune imbécile donne le sourire. Mais lorsque l’on resitue ces scènes dans l’ensemble du métrage, ça fait plus mal. L’histoire, d’une crétinerie pourtant assumée (un groupe de rock sacrifiant une vierge pour avoir la notoriété, traité de manière débile et pas toujours adroite), ne fonctionne jamais vraiment tant elle met déjà du temps à décoller, et se révèle être finalement sans surprise. Pire, alors que le scénario décide de faire de Jennifer une démone habitée par Satan qui doit se nourrir pour rester belle, le côté horrifique semble beaucoup mit de côté pour se focaliser sur un simple film pour adolescent. Le traitement de Jennifer ne ressemblera qu’à un vulgaire traitement de vampire : elle séduit sa proie, puis la tue, point barre. Jennifer’s Body a ainsi toujours le cul entre deux ou trois chaises, ne sachant pas choisir la direction à aborder. Il en sera de même pour la mise en scène, techniquement parlant. Pas d’éclairs de génie, des hésitations dans la direction à prendre. Certaines choses seront d’ailleurs bien trop appuyées par des effets de mise en scène pas forcément utiles. Ceci dit, malgré ses défauts et hésitations, le film est relativement bien mis en scène. Les acteurs s’en sortent en général tous très bien, Megan Fox est bien mise en valeur, l’actrice jouant Needy sort du lot par une interprétation solide. Cela ne suffit pas à faire de Jennifer’s Body un bon film, puisque l’on s’y ennuie la plupart du temps, et que son final expéditif et mal amené ne permet pas de quitter la projection sur une bonne impression.

Les plus

Megan Fox

Quelques dialogues qui font mouche

Quelques bonnes scènes

Les moins

Rythme laborieux

Jamais vraiment drôle

Pas très sanglant non plus

En bref : Une comédie d’horreur où on rigole trop peu et où l’horreur n’est pas très bien traitée. Quelques dialogues amusent, entre les deux, on s’ennuie.

5 comments

    1. Étrangement, tu ressors deux chroniques de suite (celle-ci et Inglorious) qui sont de trèèèèèèès vieilles chroniques, d’il y a 10 ans. Depuis, ironiquement, j’ai revu les deux métrages. Jennifer’s body est mieux passé qu’à la première vision, sans être non plus un grand film. Il lui manque un petit quelque chose. Inglourious Basterds pareil, les qualités sont toujours là, mais à la seconde vision les défauts s’en sont retrouvés accentués pour moi (ce passage dans le bar, vraiment, je le trouve de trop, 25 minutes de trop).

      1. Le passage dans le bar avec cette histoire d’accent est sans doute un des plus fondamentaux du cinéma de Tarantino. A l’instar de la longue scène d’ouverture dans la ferme, tout y est question de langue, d’identité verbale, thème qui traverse chaque conversation de chaque film de Tarantino. Tout est question d’interprétation. C’est aussi fondamentalement lié à la pureté de la cinéphilie, la passion de la VO. Quand j’y repense, cette relecture du massacre de Réservoir dogs en sous-sol est une de mes scènes préférées du film.
        Jennifer n’est sans doute pas u’ chef d’œuvre mais elle passe finalement bien mieux que beaucoup de Séries B du même type. Peut être même mieux que The Faculty que j’aime aussi beaucoup.

        1. La scène d’ouverture dans la ferme, j’aime beaucoup, sans doute ma scène préférée du métrage d’ailleurs. Mais le bar, je comprends bien les intentions et tout, mais ça ne marche pas sur moi, la tension non plus.
          J’avais revu aussi The Faculty il y a plusieurs mois, car ça faisait un bon paquet de temps que je ne l’avais pas vu (et vu au cinéma à l’époque, j’avais beaucoup aimé). Moins percutant, j’aime moins à présent, trop dans la mouvance teen de l’époque. mais ça reste sympathique.

          1. Dans la mouvance teen mais un jubilatoire démarquage tout de même, qui s’appuie sur une solide référence que tout amateur de SF aura identifié.

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