BLADE OF FURY (一刀傾城) de Sammo Hung (1993)

BLADE OF FURY

Titre original : Yat Do King Sing – 一刀傾城
1993 – Hong Kong
Genre : Wu Xia Pian
Durée : 1h45
Réalisation : Sammo Hung
Musique : Lowell Lo
Scénario : Sze-To Cheuk-Hon et Charcoal Tan

Avec Ti Lung, Yeung Fan, Cynthia Khan, Ngai Sing, Wong Kam-Kong, Rosamund Kwan, James Tin Jun et Sammo Hung

Synopsis : En 1898, un notable se met en route vers Pékin pour présenter à la cour impériale son projet de réforme du gouvernement. En chemin, il se lie d’amitié avec le meilleur sabreur du royaume, ainsi qu’un officier de la cour. Mais dans la capitale, une coalition de seigneurs conservateurs se prépare à faire échouer leur mission par n’importe quel moyen…

Remake de Iron Bodyguard datant de 1973, Blade of Fury est sans aucun doute la dernière grande réalisation de Sammo Hung. Quittant les années 80 en livrant le très grand Pedicab Driver, il commencera les années 90 en signant deux petites comédies mineures dans sa filmographie, avant de s’adapter à la mode relancée par Tsui Hark des Wu Xia Pian en signant dès 1992 The Moon Warriors. Une incursion intéressante dans le genre valant le détour pour ses personnages se refusant d’écouter et de se laisser aller à leurs sentiments. La même année, un ultime retour à sa saga des Lucky Stars en tant que réalisateur (coréalisteur en fait) sur le méconnu Ghost Punting, et Sammo Hung retourne au Wu Xia Pian en 1993 avec ce Blade of Fury. Le reste de sa filmographie étant anecdotique, et surtout, rare, puisque de 1995 à aujourd’hui, Sammo ne signa plus que quatre films. Blade of Fury, c’est donc une nouvelle preuve de son talent, une histoire intéressante mise en scène proprement, des acteurs que l’on a plaisir à voir, une émotion belle et bien présente, des chorégraphies saisissantes… bref, un film s’inscrivant dans la continuité de l’œuvre de l’artiste, une œuvre sombre, non dénuée de défauts, mais tout à fait attachante et prenante d’un bout à l’autre. Affichant la plupart du temps un ton sombre et sérieux, Blade of Fury se déroule dans en 1898, à une période difficile pour la Chine, où les seigneurs se font la guerre à coups de trahisons et divers complots. D’un côté, les conservateurs, et de l’autre, les réformistes. Et dans cette sombre intrigue, Sammo Hung commence son récit de manière un peu surréaliste.

La scène d’ouverture, montrant l’assaut d’un camp Japonais par notre héros et son équipe ne fait pas dans la dentelle, puisque les personnages font des sauts incroyables (et les câbles sont parfois voyants – hic), les corps explosent sous les mines, les épées décapitent les ennemis et les bras sont coupés. Après cette ouverture, le film retrouve un ton plus sombre et réaliste, qu’il s’apprête à perdre à n’importe quel moment, puisque Sammo Hung choisit un décalage entre la plupart de ses combats et le ton de son récit. Car comme pour The Moon Warriors, Sammo Hung va utiliser des sauts totalement surréalistes, et de nombreux plans seront en accélérés, ne gâchant en rien la prouesse des différents acteurs, mais donnant immédiatement un aspect plus cartoon et hystérique à ses combats. Le plaisir reste intact, mais le contraste entre les deux aspects du film (histoire et combats) est parfois assez grand et pourra surprendre le spectateur non avertit. L’aspect le plus intéressant de ce Blade of Fury sera pourtant son histoire, et ses différents personnages. Si l’ensemble reste très simple (les conservateurs, les réformistes, le traite), il y a beaucoup de bonnes choses à en retenir, et le récit se fait intéressant. Ti Lung et Yeung Fan livrent tous les deux d’excellentes prestations dans les rôles des « bons » personnages, se battant chacun pour une bonne cause, que ce soit l’avenir du pays ou un simple idéal. On reconnaîtra à leurs côtés Cynthia Khan (Le Sens du Devoir à partir du troisième opus), pour une fois dans une production plus prestigieuse qu’à ses habitudes, dans un rôle au départ assez énervant, mais qui deviendra plus attachant quand l’histoire évoluera. Quoi qu’il en soit, elle reste craquante comme à son habitude.

À noter aussi que Sammo Hung fera une furtive apparition en gardien de prison pour un combat très accéléré et donc assez décevant de sa part (surtout qu’il sera court), ou encore Rosamund Kwan (Tiger Cage 2, Mister Dynamite) dans un court rôle. L’intrigue et tous ces personnages nous donneront donc notre lot de dialogues sur l’amitié, sur la politique, le pays, sans jamais en faire trop ou tomber dans le larmoyant, et l’ensemble fonctionne parfaitement malgré quelques rares moments moins convaincants (l’attaque du village en début de métrage où tout le monde sautille partout). Mais finalement, là où l’on retrouve Sammo Hung en grande forme, c’est bel et bien dans le sort qu’il réserve à la plupart de ses personnages, un sort souvent violent. Dans Blade of Fury, comme dans The Moon Warriors ou d’autres films de Sammo, on meurt pour ses convictions en allant jusqu’au bout de celles ci. Le récit se montre très rapidement tragique, et l’issue scellée dés le départ, dans cet affrontement entre Tan Szu-Tang et Tuan Shih-Kai. Des personnages tiraillés dans leurs convictions, avec pourtant un but unique : améliorer l’avenir du pays. Et dans tout ça, Wang Wu est le spectateur de cet affrontement, le seul qui pourra d’ailleurs donner le coup de sabre final (dans tous les sens du terme). À bien des niveaux, Blade of Fury se fait plus ambitieux que The Moon Warriors, mais il fut un four au box office, contraignant Sammo Hung à retourner à la comédie en 1995. Non dénué de défauts donc, Blade of Fury n’en reste pas moins un grand film, et le dernier grand film de Sammo Hung, un film où deux styles se disputent à l’écran.

Les plus

Une intrigue sombre
De très bons personnages (et acteurs)
Pas mal de combats

Les moins

Parfois beaucoup trop d’accéléré
Quelques câbles voyants (dans le concept comme à l’image)

En bref : Tiraillé entre une intrigue sombre et des personnages forts, et des combats accélérés parfois surréalistes, Blade of Fury reste un grand film.

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