THE BLADE (刀) de Tsui Hark (1995)

THE BLADE

Titre original : 刀
1995 – Hong Kong
Genre : Wu Xia Pian sombre
Durée : 1h45
Réalisation : Tsui Hark
Musique : Raymond Wong et William Hu
Scénario : Tsui Hark, So Man-Sing et Koan Hui On

Avec Chiu Man-Cheuk, Xiong Xin-Xin, Song Lei, Austin Wai, Moses Chan Ho, Chung Bik-Ha, Collin Chou et Valerie Chow

Synopsis : L’histoire se situe en Chine, au Moyen Âge. Un jeune forgeron, Ding On, en apprenant la mort tragique de son père, décide de retrouver le meurtrier de celui-ci. Malheureusement, attaqué par un groupe de bandits, il perd un bras. Retrouvé par une jeune fille qui le ramène dans une ferme isolée, notre héros met alors au point une nouvelle technique de combat très rapide et particulièrement violente pour compenser son handicap. Pendant ce temps, des pillards attaquent la fabrique d’épée où Ding On travaillait avant de s’enfuir. À la tête de ces pillards se trouve un effrayant tueur tatoué. Il est celui que le manchot recherche pour venger la mort de son père…

Remake d’un film de 1967, The Blade constitue en quelque sorte le sommet de la carrière de Tsui Hark dans les années 90, avant son malheureux départ pour les Etats Unis où il travailla avec Jean-Claude Van Damme, deux ans plus tard. Livrant film après film des œuvres importantes en relançant des genres (le Wu Xia Pian avec Il était une fois en Chine) ou adaptant des contes (Green Snake), pourtant commerciaux avant tout, l’homme se décide en 1995 à revisiter le film de sabre avec une histoire sombre et sans concessions. Il va nous conter la vengeance de Ding On (Chiu Man-Cheuk), forgeron, qui va vouloir venger la mort de son père. En cours de route, il va perdre un bras, mais cela ne va faire qu’augmenter sa détermination, et il va alors mettre au point une nouvelle technique de combat qui le rendra invincible mais également extrêmement destructeur. Une base et une intrigue rudimentaire mais très efficace, qui va permettre à Tsui Hark de s’exprimer avec sa caméra lors des combats, mais aussi d’aborder différents thèmes liés à son personnage principal, et à son cheminement, passant du statut de jeune forgeron envié par les autres et désiré par une femme à celui d’handicapé qui ne sera pas toujours bien vu et tombera dans la solitude, avant de devenir une machine à tuer uniquement animé par la vengeance, pure et simple. Mais si Ding On est le personnage principal, et que le film repose sur lui, ainsi que ses différents thèmes, Tsui Hark choisit de raconter son histoire d’un point de vue féminin.

Pour cela, il utilisera la voix off de la fille du patron de Ding On, qui craque pour lui depuis son jeune âge. Une manière d’apporter une touche féminine et moins brutale au récit, même si au départ, la jeune femme cherchera à amener des conflits dans la vie de Ding On, pour qu’il se batte pour elle. Un personnage intéressant, comme tant d’autres, mais pourtant, rapidement, Tsui Hark ne se concentre que sur Ding On et délaisse les autres. Bien dommage, car il y avait bien plus à développer ici, et donc à exploiter. Mais là où Tsui Hark fait fort, c’est bel et bien dans l’aspect barbare de son histoire, et donc, dans ses combats. La mise en scène d’abord, est magnifique. Tsui Hark a souvent recourt à des filtres de couleurs chaudes, comme le rouge, pour que le film baigne dans une ambiance qui colle à son récit. Il n’hésite pas par moment à utiliser des effets de lumières surréalistes pour appuyer les émotions, et l’ensemble passe plutôt bien. Le réalisateur cherche toujours l’angle de caméra original et jamais vu, et par moment, notamment lors des combats, ou l’entrainement de Ding On, il y parvient. Quelques plans marquent assurément et font preuve de grande originalité, bien que parfois, d’autres paraîtront malheureusement un peu plus brouillons et rendront l’action parfois confuse.

Confuse oui, mais néanmoins intense, puisque The Blade est une œuvre barbare qui ne fait pas dans la dentelle. Les combats se veulent réalistes, les personnages ne vont pas voler dans les airs comme la mode de l’époque, les coups portés sont violents, le sang coule à flot, les membres sont tranchés. Ding On sera le premier à en faire les frais, dans une des scènes les plus marquantes et réussies du métrage, celle où il se retrouvera manchot après une attaque barbare en voulant protéger et sauver par la même occasion son amie. Forcément, au même titre, le combat final sera un grand moment de barbarie assez jouissif, bien que véritablement trop court alors qu’il aurait pu aller bien plus loin. Considéré par beaucoup comme le film ultime de Tsui Hark, ou même le film ultime de sabre, The Blade n’est pourtant pas l’œuvre parfaite Souffrant de quelques défauts dans sa structure et de quelques moments brouillons (rares, et néanmoins ambitieux), Tsui Hark livre néanmoins un grand film, son dernier d’ailleurs avant son retour sérieux à Hong Kong pour Time and Tide quelques années plus tard, une œuvre typique venant de lui, avec beaucoup d’idées, certaines merveilleuses, d’autres un poil plus bancales.

Les plus

Un ton sombre et désespéré
Des combats barbares
Des thèmes intéressants

Les moins

Quelques moments trop brouillons

En bref : Oeuvre culte et importante, The Blade est un grand moment de cinéma, une œuvre sombre et violente, non dénuée de quelques défauts, mais prenante d’un bout à l’autre.

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