DOMINION : PREQUEL TO THE EXORCIST de Paul Schrader


DominionDOMINION : PREQUEL TO THE EXORCIST

Titre original : Dominion : Prequel to the Exorcist
2005 – Etats Unis
Genre : Fantastique
Réalisation : Paul Schrader
Musique : Trevor Rabin, Angelo Badalamenti et Dog Fashion Disco
Scénario : William Wisher Jr. Et Caleb Carr

Avec Stellan Skarsgård, Gabriel Mann, Clara Bellar, Billy Crawford, Ralph Brown, Israel Oyelumade et Andrew French

Synopsis : Le père Lankester Merrin, traumatisé par les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, a perdu la foi. Se retrouvant face au démon Pazuzu en Afrique, il devra se battre pour sauvegarder ses croyances.

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Le quatrième opus de la saga l’Exorciste, c’est vraiment un cas d’école à part. La Warner embauche Paul Schrader après l’abandon du projet par un autre réalisateur (malade, et ayant rendu l’âme un mois après son départ) pour livrer un nouvel opus à la saga morte depuis plus de 10 ans. Plus qu’une suite, ce nouvel opus sera une préquelle. Avec un budget de 30 millions et une assez grande liberté dans le propos, Paul Schrader met en boite son métrage en s’entourant d’un casting venu de tous les coins du globe. Stellan Skarsgård récupère le rôle du père Merrin, tenu par Max Von Sydow en 1973 dans le film original. Le studio fait pression sur le réalisateur pour qu’il ajoute des scènes sanglantes à son métrage, misant à leur goût beaucoup trop sur l’ambiance et l’histoire. Le réalisateur se plie à leurs exigences et livre un montage de presque deux heures. La Warner est furieuse et demande au producteur de virer Schrader, ce qu’il fera, purement et simplement. Renny Harlin est embauché pour le succéder, et le Finlandais fait un choix osé : retourner intégralement le film en le réécrivant. Ce qui augmente le budget et pose des soucis.

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Certains acteurs ne peuvent revenir faute d’emploi du temps chargé et sont remplacés, tandis que d’autres refusent simplement, par respect envers la vision de Paul Schrader. Un nouveau casting plus tard, un nouveau scénario reprenant très vaguement les grandes lignes et environ 10% du métrage original, et 20 millions plus tard, voilà le nouveau quatrième opus. La suite on l’a connaît. Le film fit un bide monumental au box office, presse et public ne firent pas tendre avec le film (à juste titre, son final en a traumatisé plus d’un), et les fans demandent la version de Paul Schrader. Et à la surprise générale, le producteur permet alors à Schrader de sortir sa version. Étonnant quand on voit que malgré les critiques assassines et les demandes de fan, la version de Kevin Yagher d’Hellraiser 4 reste inédite, et que la première version d’Halloween 6 aura mit 20 ans avant de sortir officiellement. Schrader a de la chance, plus ou moins, pouvant sortir sa version un an après celle de Harlin, mais les producteurs ne sont toujours pas tendres. Pour toute la post production, incluant donc la musique, les effets spéciaux, l’étalonnage, le mixage, la promotion et j’en passe, Schrader n’obtient que… 35 000 malheureux dollars. Peu vu les ambitions du film. Trois compositeurs viennent aider à Paul Schrader pour l’habillage sonore du film, et pour le reste du film, Schrader fait comme il peut avec ce qu’il.

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Le public a au moins la chance de pouvoir voir ce que l’Exorciste au Commencement aurait dû être dés le départ. Non pas un métrage facile où le père Merrin, suite aux horreurs de la guerre, devient alcoolique (cliché) et va se livrer à l’exorcisme le plus ridicule de l’histoire du cinéma (ah ce final), mais un film misant sur l’ambiance, un film adulte parlant de la croyance, de la foi, de la culpabilité, et surtout, de l’acceptation de la souffrance. Mieux, Paul Schrader livre une histoire allant dans le sens de son œuvre. On pourra même le dire, malgré des défauts évidents, dont certains étaient déjà dans la version d’Harlin étonnement (les hyènes numériques, mon dieu !), Paul Schrader livre pendant plus de la moitié de la durée du métrage ce qui aurait pu devenir assurément un grand film ! S’ouvrant sur une des rares scènes gardées dans l’autre version, nous assistons aux événements menant le père Merrin à perdre la foi. Dans un petit village, un officier allemand lui impose de désigner 10 habitants à tuer, sinon il tuera tous les habitants. Une scène glaçante et hautement réussie, qui met directement dans le bain. Nous retrouvons Merrin après la guerre en Afrique où, comme dans la version cinéma, une église a été retrouvée enterrée. C’est là où les deux métrages changent radicalement.

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Harlin a choisit souvent la facilité, même si en soit, sa première demi-heure se tenait. Ses personnages, ils étaient grossiers. Le père alcoolique pour échapper à ses souvenirs et à sa propre culpabilité, le gardien avec des pustules sur le visage qui connaîtra une mort très graphique et gore, une jeune infirmière au final inutile si ce n’est pour être la véritable possédée, coup de théâtre désamorcé par la pochette américaine du film. L’Exorciste au Commencement s’était transformé en métrage bourrin, une banale série B un peu gore et beaucoup ridicule. Du Harlin dirons certains ! Chez Schrader, les choses sont différentes, et subtiles. Si cela amène d’ailleurs quelques incohérences vis à vis du premier opus, on ne peut que saluer l’effort du scénario, travaillé, et surtout de l’écriture des personnages, souvent juste. Chaque personnage aura un passé, ses peurs, ses doutes, et c’est ce qui les rend attachant. Le père Merrin n’est plus un alcoolique, mais juste un personnage qui doute, qui depuis les événements de la guerre est terre à terre. Plutôt que de faire de ces personnages des caricatures, Schrader préfère en faire des humains !

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Même le diable, bel et bien présent, attaquera de manière psychologique. Prenant possession du corps de Cheche, un handicapé (totalement absent de la version de Harlin), le diable va avoir des conséquences physiques inattendues chez sa proie. Là où dans le premier opus ou la majorité des films du genre, le diable a une influence négative sur les personnages possédés, c’est ici l’effet inverse. Le diable rend le corps de cet handicapé plus fort, le change, pour mieux séduire ses victimes. Malheureusement, si la première heure du métrage effectue un sans faute malgré des défauts qui s’expliquent par la post production quasi inexistante du film, on ne pourra pas en dire autant de la seconde heure. Quand Paul Schrader doit attaquer frontalement le fameux exorcisme du film, il se plante. Pas seulement car les effets numériques sont ratés faute d’argent (même si ça joue beaucoup), mais parce que l’ensemble ressemble à un petit pétard mouillé, comme si le réalisateur n’était pas motivé pour plonger, à la manière du premier film, dans le fantastique pur et dur. Quand il doit traiter d’émotions humaines, de drame, de doute, il livre un produit intéressant et travaillé, et pour le fantastique pur et dur, il se plante. Toujours est-il que Domion surpasse le métrage de Renny Harlin de loin. De très très loin même !

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Les plus:

L’excellente première heure

Un scénario intéressant

Une vision adulte de l’histoire

Des thèmes très bien traités et subtils

Les moins:

Le manque de finition du métrage

La dernière partie, moins convaincante

 

En bref : Malgré son manque de finition (merci au peu d’argent pour la post production), le métrage intéresse et se fait même subtile et adulte la majeure partie du temps. Sauf pour l’exorcisme final, cependant moins ridicule que dans la version cinéma !

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