PRINCE DES TÉNÈBRES de John Carpenter


PRINCE DES TÉNÈBRES

Titre original : Prince of Darkness
1987 – Etats Unis
Genre : Fantastique
Réalisation : John Carpenter
Musique : John Carpenter et Alan Howarth
Scénario : John Carpenter
Avec Donald Pleasence, Jameson Parker, Victor Wong, Lisa Blount, Dennis Dun, Susan Blanchard, Anne Howard, Ann Yen et Ken Wright

Synopsis : Une équipe de chercheurs part étudier un mystérieux cylindre dans une église. Mais cette relique renferme le fils de Satan, prêt à apporter la fin du monde.

Si je suis un grand fan de John Carpenter, il y a des films dans sa filmographie qui ont une importance particulière. The Thing par exemple a été découvert très jeune grâce à la VHS de Maman Rick, et la scène du chenil m’aura traumatisé pendant bien 10 bonnes années. 10 années durant lesquels j’aurais vu le film de nombreuses fois, mais toujours détourné le regard lors de cette fameuse scène. Invasion Los Angeles m’avait marqué pour son côté bad-ass et ses répliques qui tuent. Et Prince des Ténèbres m’aura tout autant marqué. Je l’avais découvert sur M6, très très jeune, et après quelques mots de ma mère et de mon oncle en mode « c’est très lent, tu ne vas pas accrocher », et bien je m’étais pris une monumentale claque dans la face. Si bien que lorsqu’un jour en marchand de journaux, la VHS s’y trouvait, mon argent de poche était parti dedans. Puis il y a eu le DVD acheté Day One. Prince des Ténèbres, malgré quelques défauts, reste un de mes Carpenter favoris, le second opus de la trilogie de l’apocalypse de Big John, entre The Thing et L’Antre de la Folie, son premier film après sa mauvaise expérience de studios et l’échec total des Aventures de Jack Burton. Un film où Carpenter retourne à ce qu’il maîtrise, avec un huis clos (Assaut, la seconde partie de The Fog, The Thing), avec une manece invisible et un soupçon de paranoïa (encore The Thing), un ton sérieux et désespéré, un casting d’habitués (Donald Pleasence après Halloween et New York 1997, Victor Wong et Dennis Dun après Jack Burton), de futurs habitués (Peter Jason) et j’en passe. Un film marquant, du pur Carpenter (donc, assez lent il est vrai), avec une ambiance lourde, une OST parmi les meilleurs de Big John, des plans marquants, un final de haute volée.

Bref oui, plus de 20 ans après la première vision, Prince des Ténèbres reste toujours pour moi le haut du panier dans la filmographie déjà bien haute de Carpenter. Et l’OST du film reste une de celles que j’ai le plus écouté. Ici donc, c’est l’histoire d’un groupe d’étudiants en science qui se rendent dans une église de Los Angeles pour étudier un mystérieux cylindre contenant un liquide vert pas très catholique, avec l’aide d’un prêtre, de quelques professeurs. Avec une longue introduction d’une demi-heure et un générique (entrecoupé par des scènes tout de même) de bien 9 minutes, Carpenter pose cash son ambiance et les ambitions du film. À savoir parler du mal à l’état pur mais d’un point de vu totalement scientifique et sérieux en tout instant. Le mal, ce serait le diable, mais d’un point de vue scientifique, expliqué à coup de quantique, de particules et d’anti particules, de reflets dans le miroir, de double. Et ça fonctionne du tonnerre pour peu que l’on accroche. Les décors de cette église à Downtown LA (Église que j’ai été voir lors de mon séjour à Los Angeles pour l’anecdote), les personnages, les mouvements de caméra, la musique, tout est tout simplement parfait d’un bout à l’autre, ou presque. Oui, on pourra dire que quelques moments sont un poil too much surtout que tout se prend vraiment au sérieux (l’anecdote du professeur Birack envers son élève, un poil trop surréaliste). Mais pourtant, rien qui ne retire à l’œuvre sa puissance. Car Prince des Ténèbres nous plonge constamment dans une ambiance tendue, étrange, entre les événements à l’intérieur de l’église mais également ceux à l’extérieur avec ces hordes de clochards qui restent immobiles des heures durant, à attendre, ou à guetter.

Et rapidement, Carpenter multiplie les dangers de tous les côtés, ainsi que les éléments étranges. Le fluide dans le cylindre contamine les humains, les insectes sont présents, la gravité s’inverse parfois, des rêves étranges qui n’en sont peut-être pas viennent perturber nos personnages jusque dans leur sommeil tandis que la menace grandit dans l’église et en dehors. Le rythme s’accélère, mais Carpenter lui continue de soigner sa mise en image sans se précipiter, même lorsqu’il installe certains moments chocs et visuels, ce qui, paradoxalement, va en amplifier leur effet. Chapeau. Et que dire de ce long final qui en aura marqué plus d’un, où tout s’accélère, même la musique, où l’ensemble atteint un niveau véritablement haut au niveau de la terreur, avec quelques nouvelles trouvailles autant visuelles que dans le propos, et quelques images marquantes rapprochant encore un peu l’œuvre de celle de Lovecraft (pas étonnant que le troisième film de la trilogie, L’Antre de la Folie, soit très influencé par Lovecraft). Alors oui, Prince des Ténèbres à quelques défauts, par moment, on pourra même dire que, à l’image d’ailleurs d’Invasion Los Angeles l’année suivante, le film a un côté série B, mais qui s’assume, se prend au sérieux, et va à fond dans son « délire », ce qui rend l’ensemble salvateur pour son ambiance et son propos. Dans le fond, ce n’est sans doute pas le meilleur Carpenter, même si certains moments pertinents s’en rapprochent, mais ça reste malgré tout du bon, même du très très bon Carpenter !

Les plus

L’ambiance nom de dieu !
L’OST
Le traitement ultra sérieux et pessimiste
Des scènes horrifiques très réussies

Les moins

À mes yeux, rien

 

En bref :Prince des Ténèbres, c’est Carpenter qui prouve une nouvelle fois qu’avec un budget ridicule mais une liberté totale, il est au sommet de son art. Flippant, prenant, mystérieux, ingénieux même, Prince des Ténèbres est un très grand Carpenter.

6 commentaires

  1. Encore une fois, Big John fait des merveilles avec peu de moyens ! Son savoir-faire peur est inégalable ! Son histoire d’apocalypse sur fond de remise en cause des croyances humaines est tout bonnement déstabilisante, vertigineuse, d’une noirceur abyssale. Dans Prince des Ténèbres, la fin du monde se joue en huis clos et le trouillomètre reste à zéro. Du grand art qui distille des images foutrement marquantes, voire traumatisantes. Sans compter ce plan final de fou laissant le spectateur dans un doute effroyable. L’un des chefs-d’œuvre du maître !

    1. Dans mes bras, again ! Même si objectivement pas son meilleur, ça reste pour moi le top du top dans mon coeur. Fort, flippant, noir, sérieux de bout en bout.
      Dommage que Big John ne tourne plus (bon même si j’ai du mal avec ses derniers films), il avait un style tellement unique, même ses films commerciaux comme Starman sont excellents (bon par contre, Les Aventures d’un Homme Invisible, je peux pas).

  2. Je l’ai découvert il y a peu et effectivement c’est un très bon Carpenter. Même si pas du niveau de The Thing. Je me demande si il y a un équivalent aujourd’hui, (j’aime bien ce que fait James Wan)

    1. Ça me fait plaisir de voir que même découvert tardivement, il fonctionne tout de même sur toi à la perfection 🙂

      Pour l’équivalent, même si j’aime bien James Wan, je ne pense pas que je le mettrais au même niveau, surtout que je trouve, à mon avis en tout cas, que Wan foire très souvent ses fins (l’exorciste final du premier the Conjuring, le final expéditif du 2, les Insidious). L’opposé de Carpenter là qui sait te mettre le bon final, couper au bon moment pour te marquer.

  3. Alice Cooper en clodo zombie à l’assaut de la cathédrale ! Ce trait de génie mérite à lui seul qu’on qualifie ce film de chef d’œuvre (en plus de toutes les qualités que tu lui as trouvées).

    1. C’est vrai, et entre ce petit rôle de clodo et son rôle dans La Fin de Freddy, il n’y a pas photo, Prince des Ténèbres gagne haut la main !
      Rien que d’en reparler, j’ai envie de repartir à Los Angeles pour revoir cette belle église de mes propres yeux 🙂

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