DOWNRANGE de Kitamura Ryûhei (2017)

DOWNRANGE

Titre original : Downrange
2017 – Etats Unis
Genre : Survival
Durée : 1h30
Réalisation : Kitamura Ryûhei
Musique : Aldo Shilaku
Scénario : Kitamura Ryûhei et Joey O’Bryan
Avec Kelly Connaire, Stephanie Pearson, Rod Hernandez, Anthony Kiriew, Alexa Yeames et Jason Tobias

Synopsis : Une bande d’étudiants voyageant à travers les étendues désertiques américaine tombe sur un sniper bien décidé à leur faire payer leur insouciante jeunesse.

Que l’on apprécie ou pas le cinéma de Kitamura, on peut affirmer que son passage en Amérique aura divisé ses fans de la première heure. Et en aura enchanté certains, comme moi. De cinéma ultra poseur, souvent un peu fauché, et surtout souffrant d’affreuses longueurs et n’ayant jamais peur d’afficher la durée de 2h30 malgré un scénario tenant sur un post-it, Kitamura sera passé à un cinéma rentre-dedans, ultra violent, toujours aussi simpliste dans les faits mais à la durée beaucoup plus compressée. Midnight Meat Train faisait 1h45, No One Lives faisait 1h25, et son dernier bébé, Downrange, affiche une durée de 1h30. Le budget est toujours réduit, le propos mince, mais la durée s’adapte au propos, plutôt que de l’étirer avec une seconde heure inutile. Sa mise en scène est toujours survoltée et cherchera les angles de caméras improbables (il nous refera une nouvelle fois le coup de la caméra tournant sur elle-même, une habitude qu’il adore depuis son premier métrage, Versus), mais l’aspect poseur fou totalement le camp pour laisser place à l’Amérique profonde et des personnages souvent peu bavards mais plutôt enclins à buter tout ce qui bouge. Et si les critiques ne sont pas toujours tendres envers ses deux métrages Américains, et bien moi je considère cela comme des expériences de cinéma beaucoup plus agréables qu’un Versus, Godzilla Final Wars ou Alive. Ça ne marque jamais les esprits, ce ne sont pas des chefs d’œuvres de cinéma (et ça n’en a pas la prétention), mais c’est divertissant sur le moment, bien filmé, ça va à l’essentiel, et c’est tout ce qu’on demande à une série B. Downrange donc est le dernier bébé de Kitamura, qui après ses deux précédents films occidentaux, avait fait le choix de repartir au Japon le temps d’un film, livrant l’insupportable et horriblement long Lupin III. Un film tellement intéressant que la première scène digne d’intérêt n’arrive qu’au bout d’une heure. Mais Downrange ne dure que 1h30, et comme No One Lives en 2012, n’a pas la prétention de raconter quoi que ce soit. Après le survival entre un groupe de malfrats et un psychopathe en puissance, Downrange nous parle de la survie entre un groupe de petits jeunots et un sniper caché dans un arbre qui n’a qu’un seul but : les dégommer.

Kitamura fait un choix plutôt osé dés le départ, celui de ne rien expliquer des motivations et du passé de son sniper. On ne saura rien de lui. Juste, il est planté là, il a son arme, il tire sur tout ce qui passe, et c’est tout. Pas de justifications, pas de perte de temps. Kitamura prend d’ailleurs à peine le temps de nous présenter ses personnages, car ceux-ci tombent « en panne » seulement quelques minutes voir secondes après le début du film. Certes le film prends ensuite quelques longues minutes avant de nous faire rentrer dans le vif du sujet, mais ça fonctionne plutôt bien, et ça permet de remarquer déjà quelques éléments qui plaisent, et d’autres moins. Du côté des éléments qui plaisent, la mise en scène. Kitamura est à l’aise alors qu’il s’engage dans une voie pas forcément facile, à savoir le huis clos extérieur, un peu comme le Frozen de Adam Green. Dur de faire un film en extérieur sur un groupe de personnages immobiles et qui ne peut au final pas faire grand-chose. Malgré ses effets de styles qu’il reprend encore et toujours (la caméra tournoyante, la caméra reculant à travers un trou dans une victime), c’est du plutôt bon boulot, et sa mise en scène parvient à donner du rythme à une intrigue qui stagne et qui, passé son point de départ, n’a rien à raconter. Très bon point donc. Là où le bas blesse, c’est que les acteurs sont loin d’être bons, et donc loin d’être crédibles dans leurs personnages. Dur de s’y attacher donc. Même si nous avons, en toute honnêtement, vu bien pire ailleurs. Là par contre où la déception s’installe tardivement, c’est justement dans le développement (mince) de ses personnages. On est content au début de voir le film débuter cash et de nous éviter tous les clichés habituels. Mais en réalité, il les rajoute juste derrière. Et oui, on nous expliquera tardivement le traumatisme d’un personnage, le passé d’un autre, blablabla. Des moments peu utiles et surtout au final qui ne sont là que pour allonger la durée du film, qui aurait du privilégier l’efficacité de tous les instants.

Mais encore une fois, Downrange ne partait pas avec un avantage, car avec un sniper contre des jeunes cachés derrière une voiture, il n’y a de base pas de quoi faire dans la subtilité ou dans le développement. Si un personnage bouge trop, il meurt, et notre psychopathe étant un sniper, la variété n’est pas non plus au rendez-vous. Et pourtant malgré tous ces défauts, Downrange ne s’en sort pas si mal. Déjà grâce à une certaine générosité, dans la mise en scène plutôt bien foutue, mais également dans les meurtres, sanglants au possible et évitant d’utiliser des CGI à outrance. Oui, c’est à l’ancienne, et c’est très bien comme ça. Les acteurs tous comme les personnages ne sont pas très bons mais le rythme est relativement bien foutu pour que ce gros point noir ne plombe pas intégralement le film. Par contre, on sent rapidement que Kitamura n’a pas su comment aborder son final, tant celui-ci alterne les bonnes idées, les mauvaises idées, les plans poseurs que son cinéma en Amérique a toujours su éviter et j’en passe. Et avec une action bien plus présente (et l’ajout de personnages en plus, bien cons en passant), Kitamura s’y perds un peu, rendant plus flagrant les facilités du début (oui, l’angle de tir du sniper change par moment quelque peu suivant les plans, bref). Du coup, ça bourrine plus, ça gicle dans tous les sens, ça devient un poil plus bad-ass, et la dernière minute ne fonctionne absolument pas. Downrange est sans doute l’œuvre US la plus bancale de Kitamura, mais en série B bourrine et pas prise de tête, ça fait encore le boulot convenablement et ça reste un bon petit plaisir coupable.

Les plus

Du gore à l’ancienne
La plupart du temps, bonne mise en scène
Malgré le lieu restreint, rythmé

Les moins

Les acteurs
Quelques réactions stupides
Le final qui veut en faire trop

En bref : Pour son troisième film US, Kitamura livre un opus un peu moins bon, notamment à cause des personnages et des acteurs. Mais avec une histoire mince et un lieu très limité, il parvient néanmoins à livrer un film divertissant.

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