SAVAGES de Oliver Stone


SAVAGES

Titre original : Savages
2012 – Etats Unis
Genre : Policier
Réalisation : Oliver Stone
Musique : Adam Peters
Scénario : Shane Salerno, Don Winslow et Oliver Stone
Avec Blake Lively, Taylor Kitsch, Aaron Taylor-Johnson, Benicio Del Toro, Shea Whigham, JohnTravolta, Salma Hayek et Emile Hirsch

Synopsis : Deux jeunes dealers de marijuana doivent secourir leur petite amie commune, le jour où celle-ci est enlevée par un cartel mexicain.

Ce n’est un secret pour personne, Oliver Stone a perdu depuis de très longues années de sa superbe. Lui qui avait commencé si fort au début des années 80/fin des années 70, autant comme réalisateur que comme scénariste (en scénariste, on lui doit Midnight Express, Scarface L’année du Dragon, rien que ça, et même en producteur, on lui doit par exemple Blue Steel et Freeway), il avait au début des années 2000 finit par chuter, comme bon nombre de réalisateurs de son époque au final (De Palma, Carpenter, Argento, son cas n’est pas isolé). Son cas n’est donc pas si difficile à comprendre, mais c’est tout de même triste, car que l’on aime ou pas son cinéma souvent rentre dedans, il faut avouer qu’avec autant d’œuvres fortes derrière lui… Platoon, Wall Street, Né un 4 Juillet, JFK, Tueurs Nés. Même U-Turn en 1997, film pour une fois sans message ou aspect politique et social, simple polar, était une grande réussite. Mais après le très sympathique L’Enfer du Dimanche en 1999, c’est la chute. Alexandre en 2004 c’était très très moyen, Wold Trade Center en 2006 pas mieux, W en 2008 n’a pas mit tout le monde d’accord (je n’ai pas vu cet opus), quand à Wall Street 2, c’était une suite inutile, qui commençait bien avant de chuter dans les bons sentiments. Et puis j’ai lâché alors la carrière de tonton Stone. Alors qu’en 2012, il retournait au polar comme il avait pu le faire avec U-Turn et Tueurs Nés avec Savages, doté d’un casting 4 étoiles. Savages donc, ça parle de deux mecs un peu opposés qui sont meilleurs potes. Ben est cool et aide la planète, tandis que Chon est un vétéran de la guerre et règle les soucis par la violence. Ensembles, ils font pousser la meilleure marijuana de la côté Ouest des Etats Unis, et se partagent en plus la même petite amie, O (pour Ophélie). Mais leur herbe est tellement bonne qu’elle attire un cartel Mexicain dirigé par Elena, qui compte leur proposer un deal qu’ils ne peuvent pas refuser en soit.

Sauf qu’ils refusent, sinon nous n’aurons pas de film, ou du moins pas de film intéressant, et voilà que tout s’enchaîne. Les coups bas, les kidnappings, les meurtres, fusillades, vols. Savages ne raconte rien de nouveau, et en soit, on peut se demander pourquoi Oliver Stone a voulu adapter ce roman de Don Winslow. Et bien justement, un peu à la manière de U Turn (mais en moins bon, quand même), Oliver Stone a vu là matière à faire un film efficace, un polar basé avant tout sur ses personnages et à l’action donc au final plutôt rare mais efficace, et qui collait parfaitement à son style de mise en scène. Car si on pouvait penser que Stone s’était calmé avec les années, on retrouve là pourtant clairement son style pas toujours subtil et rentre dedans que beaucoup aimaient par le passé. Un réalisateur se raccrochant à sa gloire passée ? Peut-être, et en soit, c’est réussi pour moi, le film du haut de ses 2h11 n’est clairement pas désagréable à suivre. Stone nous livre quelques idées de mise en scène bien plaisantes, les acteurs font pour la plupart de l’excellent boulot même lorsqu’ils en font des tonnes, l’ensemble est rythmé, la violence frontale et peut faire mal par moment, et ce dés le début. Taylor Kitsch (John Carter, Battleship, du grand cinéma !) et Aaron Taylor-Johnson (Kick-Ass) campent les héros de cette fable avec brio, tandis que leur lien, l’amour de leur vie, O, est jouée par Blake Lively, certes un poil en dessous des autres, mais que Stone rend hypnotique à l’écran. Le reste du casting n’est pas en reste, et on ne pourra que regretter que certains soient autant en retrait. Benicio Del Toro est génial en homme de main des Cartel, John Travolta en agent des Stups ripoux et Salma Hayek en boss du cartel en font tous les deux des tonnes, et c’est souvent délicieux à l’écran. Le casting ne s’arrête pas là, et on regrette donc de voir certains acteurs ne faire que de la figuration, notamment Emile Hirsch (génial dans Killer Joe). Mention en tout cas à la scène que Travolta et Del Toro partagent dans le troisième acte, jouissive de par l’humour qui se dégage de leur jeu.

Mais voilà, au-delà de ses personnages et de leurs acteurs, Savages ne raconte rien de nouveau ni rien d’ambitieux. Une histoire de drogue et de kidnapping, avec son lot d’hommes de mains qui utilisent des silencieux pour faire taire des témoins gênants, ou des machettes pour décapiter sauvagement leurs ennemis. Et face à une telle violence, les personnages doivent s’adapter et devenir eux aussi des sauvages. Oui, rien de nouveau sous le soleil, et pourtant, ça fonctionne, grâce à l’énergie du casting et d’Oliver Stone. Plans parfois bien cut, inserts originaux dans l’écran, plans de coupes bien trouvés, couleurs ultra saturées ou passage au noir et blanc pour certains plans, on retrouve clairement là le Stone du milieu des années 90, énervé, débordant d’énergie, et qui en fait des tonnes. Et comme à cette époque, il ne recule devant rien lorsqu’il s’agît de filmer frontalement les scènes de violence (ça fait parfois mal). En ce sens, Savages reste bien le (petit) retour d’Oliver Stone, et son meilleur film en 13 ans, depuis l’Enfer du Dimanche donc. Autant un retour aux sources vers son cinéma des années 90 qu’un film plutôt récréatif, qui ne raconte rien de neuf, mais où tout le monde semble s’éclater, du casting à Oliver Stone. On pourra aussi citer une OST allant du génial au moins bon mais collant toutefois aux scènes, et une voix off sans doute de trop dans un métrage qui n’en avait pas besoin. Mais voilà, moi ça m’a éclaté durant 2h11, et de la part d’Oliver Stone, ça me fait terriblement plaisir. Et ça me donne envie de voir son film le plus récent, Snowden.

Les plus

Le casting
Une mise en scène bourrée d’idées
Un rythme plaisant
Une violence frontale
Un solide polar de série B

Les moins

Une voix off inutile
Rien de bien neuf sur le sujet

 

En bref : Savages ne raconte rien de nouveau sur la drogue et la violence, mais Oliver Stone et son casting semble s’éclater, livrant un film rythmé, violent, parfois drôle et bourré d’idées de mise en scène.

7 commentaires

  1. Bien d’accord avec toi, « Savages » est le meilleur Oliver Stone depuis son ébouriffant « Any Given Sunday ». On retrouve ici toute l’énergie du cinéaste, énergie que l’on croyait éteinte depuis un bail… « Snowden », c’est plutôt pas mal. Le sujet renoue avec les préoccupations du Stone d’antan, même si le résultat s’avère somme toute assez académique… Sinon, dans le genre narco-polar, il faut voir le « Sicario » de Denis Villeneuve. Une sacrée trempe.

    1. Voilà qui fait plaisir, après avoir vu le film j’ai été voir un peu partout les avis, qui ne sont pas toujours tendres envers le film. Enfin, c’était déjà le cas avec Any Given Sunday à l’époque il me semble ceci dit. Je prends note pour Snowden. Après, le sujet méritait-il de la part de Stone son énergie et sa folie habituelle ?
      Ah mais Villeneuve c’est déjà un autre niveau. Même Sicario 2 qu’il n’a pas réalisé, et qui a un peu plus d’action, je l’ai trouvé très bon d’ailleurs.

  2. Ça fait une paye que je ne me suis pas fait un Stone. Je n’ai jamais été grand fan, voire même assez consterne face à certains (entre ciel et terre). Je crois qu’on ressort les Doors du placard. J’avoue, à l’époque, j’avais adoré.
    Pas vu Savages mais la coupe de cheveux de Miss Hayek sur la photo fleure bon le Mia Wallace. Pourquoi pas.

    1. Allez hop hop hop, séance de rattrapage, tous les Oliver Stone depuis Platoon ahah !
      Entre Ciel et Terre je ne l’ai jamais vu d’ailleurs.
      Peut-être que les films moins engagés de Stone, comme ce Savages, et peut-être U-Turn (avec Sean Penn et Nick Nolte) seraient en tout cas plus pour toi, malgré quelques débordements visuels où l’on reconnait bien son style.

      1. J’ai revu Wall Street il y a peu justement, mais une rayure sur mon dvd m’a empêché de revoir les 30 dernières minutes grrrrr. U-Turn que j’adore est prévu pour bientôt (mais j’ai déjà parlé du film sur le blog).

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