BONE TOMAHAWK de S. Craig Zahler


BONE TOMAHAWK

Titre original : Bone Tomahawk
2015 – Etats Unis
Genre : Western horrifique
Réalisation : S. Craig Zahler
Musique : Jeff Herriott et S. Craig Zahler
Scénario : S. Craig Zahler
Avec Kurt Russell, Patrick Wilson, Matthew Fox, Richard Jenkins, Lili Simmons, Evan Jonigkeit et David Arquette

Synopsis : Dans les années 1890, quelque part entre le Texas et le Nouveau-Mexique. Deux bandits dans leur fuite traversent un cimetière indien, malgré le tabou du lieu. L’un est tué, l’autre s’échappe et échoue dans la paisible ville de Bright Hope. Le shérif Franklin Hunt l’arrête après lui avoir tiré une balle dans la jambe. Samantha O’Dwyer soigne ce blessé dans la prison et décide de le veiller pendant la nuit. Durant cette nuit, elle disparait, enlevée en même temps que le détenu et qu’un jeune shérif adjoint. Une flèche trouvée sur les lieux identifie les auteurs du kidnapping, une mystérieuse tribu d’Indiens suspectés de cannibalisme. Franklin Hunt et son vieil adjoint Chicory se lancent à leur poursuite, accompagnés de John Brooder, un ancien soupirant de Samantha. Arthur O’Dwyer, son mari, se joint au groupe, malgré la fracture de sa jambe incomplètement guérie…

Récemment, j’ai pu jeter un œil, enfin les deux, sur Dragged Across Concrete, traduit littéralement en France pour sa sortie directement en dvd par Trainé sur le Bitume, un polar sombre et lent avec Mel Gibson. Sans être une réussite intégrale, le film souffrant de quelques longueurs sur ses quelques 2h40, il m’aura malgré tout impressionné sur pas mal d’aspects, notamment cette violence sèche que le réalisateur, également scénariste S. Craig Zahler s’amuse à retarder pour la rendre encore plus inoubliable. Et à l’heure où on privilégie le rythme et les montages cut, ainsi que les bandes sons de plus en plus envahissantes, l’approche beaucoup plus simple et naturelle du réalisateur ne m’a pas laissé indifférent. Il était donc logique que j’explore le reste de sa courte filmographie, en commençant par son premier métrage, datant de 2015, à savoir donc, Bone Tomahawk. Un film qui a déjà tous les signes de ce que le réalisateur fera par la suite, et qui fait le choix de mélanger deux genres rarement mélangés, à savoir le western et le film de cannibales. Il y avait eu en 1999 l’énorme Vorace de Antonia Bird, avec Robert Carlyle, Guy Pearce et David Arquette. Une réussite incontestable. Bone Tomahawk décide donc de mélanger de nouveaux ces deux genres, le tout avec un casting 4 étoiles encore une fois, et un budget risible de 1,8 million. Oui, on est loin du gros budget confortable, ce qui poussa le réalisateur à tourner son film en seulement 21 jours. Beaucoup d’éléments qui pourraient donner au métrage un petit côté fauché qui lui retirerait la force de ces ambitions. Et bien détrompez-vous, puisque Bone Tomahawk est une incontestable réussite, un film qui prend aux tripes, c’est le cas de le dire. Plus que le mélange entre le western et le film de genre (cannibales donc), le métrage est un western crépusculaire, étouffant, et ironiquement, se déroulant la plupart du temps en plein jour, sous un soleil de plomb.

S. Craig Zahler a su s’entourer d’une très solide équipe, devant et derrière la caméra, pour donner de la crédibilité à l’univers dépeint, et là, réussite totale. La photographie de Benji Bahshi (qui collabera de nouveau avec le réalisateur) est sublime, la musique signée par le réalisateur et son fidèle collaborateur Jeff Herriott discrète, le film préférant souvent jouer sur le silence écrasant et étouffant avec réussite encore une fois, et devant la caméra, les talents se bousculent. Kurt Russell n’a plus rien à prouver et joue le shérif âgé, Patrick Wilson (Conjuring, Insidious, Aquaman) campe un estropié convaincant, Matthew Fox (Lost) est un pistolero efficace et froid, Richard Jenkins (trop de films pour n’en citer que quelques uns) est énorme en second du shérif fatigué qui ne peut s’empêcher de parler pour camoufler ses craintes, et à tout cela s’ajoute quelques seconds rôles sympathiques, comme Lili Simmons en kidnappée par des cannibales et David Arquette qui décidemment aime mourir et se faire manger. Cette joyeuse équipe, sur le papier certes un peu clichée mais finalement finement écrite, va devoir traverser l’Ouest pour trouver la planque d’une tribu cannibale vivant dans des grottes et qui a kidnappé la femme de notre pauvre estropié, en plus d’un des adjoints du shérif. Quelques chevaux, et c’est parti pour l’aventure comme on dit. De prime abord, Bone Tomahawk pourra en rebuter certains qui s’attendaient à un film plus rentre dedans, puisqu’en effet, le film prend son temps (mais sans ennuyer), prenant pendant environ 1h30 un aspect de western hautement réaliste. Réaliste car ultra violent. Le danger est partout, le monde est remplit de truands qui n’attendent qu’une chose, c’est que nous partions dormir à la belle étoile pour nous égorger dans notre sommeil et pouvoir nous voler nos affaires et nos chevaux. C’est sombre, violent, sans concessions, prenant et poignant. Le genre de film qui ne nous prend pas par la main, mais qui pourtant nous hypnotise dés que nos personnages partent à l’aventure après une petite demi-heure de présentation obligatoire.

On pourra d’ailleurs, quitte à lui reprocher quelque chose, dire que la présentation des personnages, passé la géniale introduction, ne fait que nous présenter des clichés. Ce serait dommage de s’arrêter là puisque la suite laisse aux personnages la chance de gagner en profondeur. Mais comme je vous le disais, Bone Tomahawk tente de mixer deux genres, le western, qu’il représente à la perfection, et le film de cannibales, le film d’horreur donc. En ce sens, c’est réussi également, puisque même si le réalisateur tarde à nous les mettre en avant (il faut attendre la dernière demi-heure), il laisse planer un sentiment horrifique sur tout son métrage en dépeignant son univers de la manière la plus violente qui soit. Alors forcément, après ce trajet épuisant pour nos personnages, lorsque l’horreur même débarque, le réalisateur se lâche totalement, livrant des scènes d’horreur viscérale souvent bien plus efficace que ce que le cinéma de genre a l’habitude de nous livrer, de par son côté réaliste, rentre dedans, et qui n’a pas peur de nous montrer des actes horribles frontalement, même si souvent brièvement. Si bien que les deux genres se marient parfaitement grâce à la maitrise de S. Craig Zahler, à la fois au scénario, solide, mais surtout à la mise en scène. Car même si Bone Tomahawk est pour beaucoup un vulgaire DTV, il a clairement été pensé comme un film de cinéma. C’est sublime, le cadre gigantesque des plaines désertiques à la fois majestueux et étouffant, c’est maitrisé, autant dans les moments calmes et d’attentes que lors des rares moments de violence qui s’enfuient aussi rapidement qu’ils débarquent. Mission totalement accomplie.

Les plus

Une violence sèche et radicale
Somptueux visuellement
De grands acteurs
Un film qui prend souvent aux tripes

Les moins

Une présentation des personnages un peu trop longue ?

 

En bref : Destiné à devenir culte, Bone Tomahawk mélange le western et le film de cannibales, chose trop rare au cinéma (à part dans Vorace). Même s’il retarde l’horreur le plus souvent, le réalisateur parvient à laisser planer un sentiment d’horreur sur toute la bobine, et ce sentiment ne nous lâche pas.

6 commentaires

  1. Inutile d’enfoncer le clou, ça fait partie des manques impardonnables à ma culture. On m’a prêté son film de prison qui m’a l’air bien costaud également. Incompréhensible que ce Zahler soit privé de salle par chez nous.
    Très chouette chronique comme d’hab.

    1. Ah oui, on me l’a vivement conseillé son second film en prison, Brawl in Cell Block 99 si je me souviens bien. Je compte me le faire prochainement en tout cas, on m’a dit que c’était assez costaud mais un peu plus axé exploitation. Ce qui ne me dérange pas, vu les qualités d’écriture et de mise en scène de monsieur Zahler. Un réalisateur clairement à suivre, même si oui, privé de salle chez nous, ce qui est bien triste, vu ses mises en scène léchées et utilisant très bien le format scope pour la grandeur du cadre.

  2. Je l’ai commencé sans avoir aucune idée de quoi ça parlait, autant dire que le visionnage fut rudement âpre et la fin gentiment violente. Je n’ai jamais trouvé qu’il tirait en longueur par contre.
    Mon principal, si ce n’est le seul, souci dans ce film, c’est la présence de Matthew Fox en pistolero de l’improbable. Je trouve qu’il fait tâche, au milieu des autres. Comme s’il était obligé d’en faire des caisses en permanence… C’est assez irritant, et lors des scènes qui l’impliquent, j’avoue que j’avais l’espoir secret de le voir décéder à chaque fois, histoire de pas se le farcir deux heures… (mais non, du coup).

    1. C’est ça qui est génial je trouve, se lancer dans l’inconnu et être totalement surpris. Pour ça que je ne regarde plus de trailers, parfois je ne lis même plus les synopsis avant de voir les films. Les bonnes surprises n’en sont que meilleures (bon les mauvais films, une autre histoire).
      Oh c’est juste un petit défaut comme ça, je trouve que l’intro aurait pu être un poil plus rapide, mais en soit moi la lenteur ne me dérange pas, surtout quand c’est un choix.
      Matthew Fow ne m’a pas dérangé d’ailleurs. Il ne fait peut être un peu plus que les autres, mais je n’ai pas trouvé son jeu outrancier, ça passe.

      1. Aparté :
        J’ignore si tu as déjà eu la chance (hin hin hin) de voir « Extinction » avec ce brave Jack-de-Lost, mais disons qu’il m’a semblé aussi irritant que dans ce dernier (Et là en plus, on parle d’une vrai mauvais film, c’est terrible, j’me permets de te le déconseiller si t’es passé à travers).

      2. Je ne connaissais absolument pas ce film (et j’ai galéré à trouver, avec tous ces films qui s’appellent Extinction !). Les avis ne sont pas catastrophiques sur la toile pourtant, même si oui, ça ne veut absolument rien dire. Bon, comme je suis passé au travers, je vais t’écouter, et ne pas l’acheter haha !

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