NOWHERE GIRL de Oshii Mamoru


NOWHERE GIRL

Titre original : Tôkyô Mukokuseki Shôjo – 東京無国籍少女
2015 – Japon
Genre : Drame
Réalisation : Oshii Mamoru
Musique : Kamimura Shûhei
Scénario : Yamamura Kei
Avec Seino Nana, Kaneko Nobuaki, Lily, Honda Hirotarô, Tanaka Hinako, Yoshinaga Ayuri et Takahashi Mitsuko

Synopsis : Ai, étudiante dans une école d’art pour filles, est talentueuse et très douée en art. Ce qui rend ses camarades de classe jalouses. Mais Ai souffre de grosses migraines, et parfois, elle pète les plombs.

Oshii Mamoru, dés qu’il sort de sa zone de confort, à savoir l’animation, est un réalisateur qui divise. Car en animation, le monsieur met souvent tout le monde d’accord. Patlabor, Ghost in the Shell et sa suite. Puis il aura aussi eu la bonne idée d’être producteur, de près ou de loin, sur Blood the Last Vampire (toujours en animation hein) et la série qui en a découlé, Blood +. Mais au cinéma, en live, avec de vrais acteurs, et de vrais (enfin, parfois) décors, ça divise. Le réalisateur a en effet un style bien à lui, très lent, très contemplatif, le tout souvent avec la sublime musique de Kawai Kenji, et des univers forts. Et c’est bien là tout le souci en fait, les univers forts. Car parfois, ils sont vraiment forts, il y a quelque chose qui se dégage de ses films, et du coup, ça donne par exemple Avalon en 2001, film que j’avais adoré. Et parfois, et bien, l’univers est vide, les personnages aussi, ça marche dans des déserts numériques pendant 20 plombes tout ça pour nous dire que « il faut battre un ennemi » et fin. Là, ça donne Assault Girls, un film aussi vain qu’interminable. C’est le risque en livrant des films extrêmement lents et contemplatifs, il faut que le spectateur puisse se raccrocher à quelque chose pour que le voyage, aussi lent soit-il, soit hypnotisant, et que l’on accompagne les personnages. On pourra citer récemment au niveau des ratages le Garm Wars, film tourné en anglais avec Lance Henriksen, qui était… euh, voilà, vous avez compris je pense. Le genre de métrage, tout comme Assault Girls, qui calme, instantanément. Et en 2015, sorti de nul part, comme son titre, débarquait (enfin, en festival par chez nous seulement) un Tôkyô Mukokuseki Shôjo, aka Nowhere Girl. Un autre film radical, lent et contemplatif. Mais qui, une heure durant, semble très éloigné de ce que le cinéaste nous a habitué. Mais est-ce que ça marche ce coup-ci ?

Un rapide tour sur le net pour s’apercevoir que le film a hautement divisé. 1h25 après la vision, et je comprend mieux en effet. Nowhere Girl a de quoi diviser. Et bien personnellement, j’ai énormément aimé ce nouvel opus de la filmographie de Oshii, finalement très différent mais très proche de la plupart de ses préoccupations habituelles. On y suit Ai (si j’en crois le résumé hein, son nom ne sera jamais prononcé de tout le film) qui est dans une école d’art. Et Ai, c’est le genre de filles étranges qui ne parle pas, qui est extrêmement douée et a droit à quelques traitements de faveur de la part des enseignants, mais qui également ne va pas très bien dans sa tête apparemment. Comme le témoigne ses quelques migraines, sa prise de médicaments, et ses quelques crises. Et durant une heure, ce sera tout. Tout ? Oui mon bon monsieur, et ce serait dommage de spoiler ce qui vient ensuite, même si les trailers ne se privent pas pour spoiler comme des porcs une scène absolument géniale, et que la pochette en elle-même peut déjà donner des indices. Mais une heure durant, Oshii fait du Oshii, tout en semblant relativement éloigné de son univers habituel. Le film se déroule en huis clos dans l’école, on n’en sortira jamais. Mais par contre, la mise en scène est appliquée, comme toujours. Voir réglée au millimètre prés (ou au centième de millimètre même). La photographie est volontairement très blanche, trop éclairée, les travellings sont lents et classieux, les plans fixes n’ont pas peur de s’éterniser de longues secondes, les personnages ne disent pas plus que ce qu’ils doivent dire. On se retrouve donc à suivre une aventure quelque peu hors du temps, puisque le temps lui-même se joue de nous, se dilate, s’éternise. La musique est intégralement au piano, douce, répétitive, comme de la musique classique là pour nous bercer. Ou nous berner vers des fausses routes.

Même lorsque le film devrait faire du bruit, comme lors des crises d’Ai, le film fait le choix radical de ne jamais briser son ambiance et son rythme bien longtemps, privilégiant alors le ralenti et l’absence de son. Puis vers la fin, sans pour autant spoiler, tout dérape, tout se dérobe sous les pieds de notre personnage, et c’est à ce moment là que l’on retrouve bien plus clairement les thématiques habituelles du réalisateur, qui pourtant ne signe pas le scénario du film (qui adapte lui-même un court métrage, que j’aimerais bien voir pour le coup). Est-ce que ça fonctionne ? Hmm on pourrait bien dire qu’il y a des simplicités dans l’emboitement de ses deux parties. Et pourtant, si l’on parvient à être envoutée par la première partie, nos yeux ébahis ne peuvent qu’aimer la seconde, magnifiquement filmée avec ses longs plans fluides et mouvants, assez jouissive via ce qu’il se passe à l’écran. Mais était-il utile de faire durer le métrage 1h25 ? Sachant que le court métrage original durait environ 20 minutes et qu’il contenait (via ce que j’ai pu voir avec le trailer) les mêmes préoccupations que le dit film. Tout dépendra du spectateur, de si celui-ci rentre dans l’univers si particulier et contemplatif du métrage, ou s’il le rejette en bloc, n’y voyant alors rien de plus qu’un film qui s’étire pour atteindre la durée d’un long métrage de cinéma. Moi j’ai été conquis.

Les plus

Une mise en scène ultra appliquée
Un univers assez envoutant
Une scène juste géniale vers la fin
Hypnotisant

Les moins

Mais un côté très lent, pas pour tout le monde

 

En bref : Nowhere Girl prend son temps, pour tenter de nous subjuguer, de nous interroger. C’est lent, filmé avec grâce, doux, souvent silencieux et peu bavard. Et tout à coup, tout change, bascule. Une œuvre vouée à diviser.

4 commentaires

  1. Oshii, c’est forcément pour moi. Et je suis ravi de lire que, comme moi, tu avais aimé « Avalon » (et tu ne parles pas de « Sky crawlers » que j’avais également bien apprécié). La lenteur est son credo, porte d’entrée vers une métaphysique parfois abstraite. Je peux comprendre qu’elle déroute, mais le spectateur ne doit-il pas parfois concéder à faire quelques efforts ?
    Chouette article (et photos) qui donne envie.

    1. J’avais beaucoup aimé Avalon à sa sortie, mais pas revu depuis, je ne sais même plus où j’ai bien pu mettre le dvd. Au pire, moment de voir si un Blu-Ray n’existe pas pour profiter au mieux des images 😉 Sky Crawlers, pas vu tout simplement (honte à moi je sais).
      Mais je suis à 200% d’accord avec toi. C’est du cinéma exigeant, qui demande des efforts, mais du coup qui sait aussi nous récompenser.
      Bon courage en tout cas pour voir le film, comme je disais à un ami sur twitter ce matin, j’ai du voir le film en dvd Japonais sans sous titres (vive les quelques connaissances en Japonais et le peu de dialogues du film).

      1. Ma fille s’est mise au japonais récemment, j’aurai au moins un peu de traduction.
        Blague à part, ce doit être assez frustrant de voir le film en laissant échapper une partie des dialogues. Ce qui m’impressionne d’autant plus car il semble néanmoins t’avoir séduit.

      2. Ah ben voilà, plus qu’à le regarder avec elle !!! Sauf si elle s’endort devant 😉
        Disons que je suis assez habitué à regarder des films Japonais sans sous titres, à une époque j’étais très attiré par leur cinéma, et comme 80% ne sort jamais hors de chez eux, j’ai beaucoup acheté de dvd import là-bas (en me ruinant, tu t’imagines pas les prix….). Et à force d’en voir, avec ou sans sous titres, la langue a finit par rentrer. Si ça reste relativement simple, je parviens à comprendre (sans les subtilités bien entendu). Après, un gros drame bien bavard sans sous titres, je ne tenterais pas. Mais du cinéma relativement silencieux comme là ou du cinéma d’exploitation pur et dur, aucun soucis.
        Et dans le cas de ce Nowhere Girl, il m’a totalement séduit. Plus que l’intrigue ou les dialogues, il y a une atmosphère, une douceur avec la bande son constituée de musiques classiques, quelque chose d’hypnotique dans tous ces travellings qui racontent quelque chose.

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