ONCE UPON A TIME IN HOLLYWOOD de Quentin Tarantino


ONCE UPON A TIME IN HOLLYWOOD

Titre original : Once Upon a Time… In Hollywood
2019 – Etats Unis
Genre : Toute une époque
Réalisation : Quentin Tarantino
Musique : –
Scénario : Quentin Tarantino
Avec Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Margot Robbie, Emile Hirsch, Margaret Qualley, Timothy Olyphan, Julia Butters et Bruce Dern

Synopsis : En février 1969, l’acteur Rick Dalton, ancienne star de la série télévisée Le Chasseur de primes et de séries B, est invité à déjeuner par son agent Marvin Schwarz qui lui annonce qu’il est désormais ringard, à force de toujours jouer des méchants perdants dans des séries, dans une industrie hollywoodienne moderne. Il lui propose, pour redonner un souffle à sa carrière, de partir en Italie pour tourner des westerns spaghettis, notamment sous la direction de Sergio Corbucci. Rick Dalton refuse, craignant d’être humilié dans des séries B fauchées. Alcoolique, capricieux et narcissique, il trouve du réconfort auprès de son ami chauffeur et doublure Cliff Booth, un cascadeur suspecté d’avoir tué sa femme. Mais Dalton semble retrouver de l’espoir lorsqu’il voit que ses nouveaux voisins sont le couple le plus en vogue du moment : le cinéaste Roman Polanski, tout juste auréolé du succès de son film Rosemary’s Baby et sa compagne, l’actrice Sharon Tate.

Tarantino, j’ai décroché après Kill Bill. Pourtant avant, j’adorais. Et je trouvais qu’il s’améliorait de film en film. Reservoir Dogs, Pulp Fiction, puis Jackie Brown que j’adore. Kill Bill m’avait moyennement convaincu, notamment pour son final sans climax. Mais il y avait pire, il y a eu tout ce qu’il y a eu après. Boulevard de la Mort tout d’abord, malgré la présence de Kurt Russell et d’une poursuite dantesque en voiture, m’a totalement ennuyé, et pire, rebuté par certains aspects. Inglourious Basterds remontait un peu la pente, notamment grâce à une ouverture de 20 minutes magistrale, et son final bourrin au possible et défoulant. Dommage qu’entre les deux, c’était moins convaincant, trop bavard, et parfois ennuyeux (la scène du bar fut une torture au cinéma pour moi). Puis vint le vrai point de rupture, Django Unchained, que j’ai vu, et qui ne m’a absolument pas plu, de A à Z. 3h longues, une torture, malgré encore une fois des acteurs au top. Du coup oui, j’ai fais totalement l’impasse sur son métrage suivant, encore un western, de 3h. Et comme il s’agît d’un de ses films qui aura le plus divisé, j’ai sans doute bien fait. Son dernier métrage, Once Upon a Time… In Hollywood, on y arrive. Il ne me tentait absolument pas. Tarantino semblait encore faire du Tarantino sans se poser de questions, la durée avoisine encore les 3h, et l’ensemble du public et de la presse criait déjà au chef d’œuvre avant même la sortie du film. Ce qui a le don de me gonfler. Heureusement, certains proches aux propos bien plus nuancés auront su me donner envie. Ou piquer ma curiosité en tout cas. Ce qui était sûr, c’est qu’en voulant rendre hommage au Los Angeles de la fin des années 60, avec un budget confortable (pas loin de 100 millions), et en s’entourant encore d’acteurs talentueux, tout ne serait pas à jeter dans son nouveau métrage. Et je me suis donc lancé dans l’aventure afin de pouvoir en débattre. Verdict rapide ? Ce ne fut pas désagréable, mais je suis loin d’être emballé. Par certains choix, le métrage semble tout faire pour que je ne l’aime pas. Mais par d’autres, il fait tout pour que je dise du bien de lui. Paradoxe, toujours.

Évacuons immédiatement ce qui met tout le monde d’accord. Oui, la mise en scène de Tarantino est excellente, les plans sont beaux, souvent élégants. La reconstruction du Los Angeles de la fin des années 60 est criante de vérité, nostalgique de cette époque, et pose un regard plutôt tendre à tout un pan de la culture de Tarantino, et donc, par extension, de la mienne. Le nouvel Hollywood, les Western, Bruce Lee, les tournages en Italie. Ah oui, ça me parle tout ça. Et évacuons ce qui est parfaitement logique. Les acteurs sont tous excellents. Il faut dire que autant les premiers rôles que les petits caméo, il y a de quoi faire. Leonardo DiCaprio qui revient après Django Unchained et Brad Pitt après Inglourious Basterds sont géniaux dans leurs rôles, et souvent impressionnants. Margot Robbie rayonne à l’écran, et on trouve à leurs côtés Emile Hirsch (Killer Joe), Margaret Qualley (Death Note, Death Stranding), Dakota Fanning, Bruce Dern, Al Pacino, Kurt Russell et tant d’autres. Du tout bon. Mais c’est dans le reste que le métrage a beaucoup plus divisé, et j’arrive à le comprendre, puisque mon verdict final est mitigé. Pas mauvais, mais jamais totalement bon non plus. Plusieurs raisons à cela. Tarantino nous sort encore un film chorale, avec pleins de personnages. Qui est le principal ? Quel cheminement suivons nous ? Est-ce là l’histoire de Rick Dalton, joué par DiCaprio, acteur qui tente de survivre après avoir été la star d’une série, et à qui l’on propose de tourner des westerns spaghetti ? Ou bien est-ce là l’histoire de Cliff Booth, son cascadeur qui trouve de moins en moins de travail et devient homme à tout faire ? Ou alors est-ce l’histoire de Charles Manson, dont l’ombre plane sur le film ? Ou de Polanski et Sharon Tate, présents dans le métrage ? Ou est-ce tout simplement un film sur un lieu et une époque et qui choisit juste de nous parler de ça, sans chercher plus loin ? Sans doute la dernière option, tant le métrage sait alterner les moments justes et les moments plus discutables.

On suivra par exemple Rick Dalton sur des tournages, et cela nous montre un DiCaprio comme toujours à fond, parfait. Mais à côté, nous suivons Cliff voir des hippies et explorer leur ranch. Avec à côté une Sharon Tate qui va au cinéma voir ses propres films. Oui, c’est plus l’époque et le lieu de l’intrigue qui compte. Le souci, c’est que cet aspect donne des longueurs, et rend certains passages inutiles. Autant les tournages de Dalton sont une façon de mettre en avant le métier, et le talent de DiCaprio, autant après le tournage de 3 longues scènes, on a compris et on peut passer à autre chose. Voir Cliff rouler à Los Angeles, interagir avec des hippies, ça montre bien le climat de l’époque, certaines interrogations et peurs, mais pareil, ça s’éternise parfois. Et il y a le cas Manson, et donc Sharon Tate. On nous vendait un film sur l’affaire, et oui, Sharon est dans le film. Sauf que Tarantino semble juste vouloir porter un regard doux sur la défunte actrice, et rien de plus. Si bien qu’elle ne sert strictement à rien. L’on pourrait couper absolument tous les passages de Margot Robbie que le film y gagnerait en rythme, en fluidité, et ne durerait que 2h au lieu de 2h40. Et ce serait une bonne chose. En étant un peu moins bavard que d’habitude et en choisissant un lieu comme point commun entre tous les éléments que Tarantino veut nous raconter, le film se traine en longueur. Et c’est bien dommage, car il est parsemé de quelques moments géniaux. Les tournages de DiCaprio sont intéressants, et le final, surprenant bien qu’attendu (on attend toujours ce genre de choses de Tarantino) est génial, tout en nous montrant la meilleure utilisation du fusil de Tchekov depuis des années. Jouissif. Ah, et il y a le cas Bruce Lee, qui aura fait polémique, et je peux comprendre, tant Tarantino, pourtant fan du cinéma Asiatique, montre le défunt acteur avec un regard peu glorieux, hautain. Et pour une scène finalement peu utile et qui aurait également pu être coupée au montage. Voilà qui résume bien le film. Sympathique, traversé par des moments inoubliables, mais trop long, qui se disperse trop, s’étire.

Les plus

Des acteurs au top
Le Los Angeles de 1969
Des moments très amusants
Le final délirant

Les moins

Beaucoup trop long
Des moments inutiles (Sharon Tate, Bruce Lee)

 

En bref : Si le métrage ne va pas me réconcilier avec Tarantino, force est de constater qu’il est parsemé de quelques éclairs de génie, et de moments juste géniaux. Mais le tout dans un film trop long de 2h40, avec quelques moments inutiles ou discutables.

8 commentaires

  1. Eh bien je suis heureux de lire enfin un avis ici que je ne partage pas. 😉
    Mais surtout, en lisant l’ensemble de ton argumentaire, il me semble évident que tu n’es plus fait pour les films de Tarantino (et je crois en effet que tu dois fuir comme la peste le pourtant jouissif « Hateful Eight »). A moins que ce ne soit le cinéma de Tarantino qui ne soit pas/plus fait pour toi.
    Les longueurs, la fragmentation du récit, le côté verbeux, tout cela était déjà en germe des le début, sans doute recouvert d’un vernis cool propre à la nouveauté, avant qu’il ne se la « pète » avec son diptyque en survêtement jaune (spéciale dédicace à tous ceux qui pense que Tarantino fuit les films de Bruce Lee).
    Aujourd’hui il a la chance de pouvoir tourner ce qu’il veut, comme il en a envie. Et c’est à mes yeux maintenant qu’il donne la pleine mesure de son regard méta, qu’il dépasse le stade de la petite référence amusante au cinéma bis longtemps livré au mépris de la critique (c’est quand même lui qui a sorti tout le cinoche d’exploitation de l’ordinaire de l’oubli dans les années 90). Bref, quand tu écris « un film sur un lieu et une époque » je dis oui bien sûr, et c’est tout à son honneur de prendre des chemins croisés pour nous faire ressentir ce temps disparu, en le trenscendant dans un fantasme. Mais quand tu ajoutés qu’il « choisit juste de nous parler de ça, sans chercher plus loin », je ne suis évidemment pas d’accord avec toi, tant il est évident que cette chronique de la transition entre ancien et nouvel Hollywood évoque la période actuelle, un bouleversement majeur dans le monde du cinéma semblable à la transition entre le muet et le parlant, comme le disait encore récemment Martin Scorsese. Tarantino a pu faire ce film en pellicule, en décors réels, avec un budget confortable, suivant son instinct. Il n’est pas certain qu’il puisse en faire de même pour le prochain au train ou vont les politiques de production des grands studios. Son Italie sera peut-être comme pour Scorsese (et comme pour Michael Bay 😉) une plate-forme à la Netflix (il pense d’ailleurs y proposer un montage en « épisodes » de son précédent film). Ce n’est donc pas sans avoir cette nostalgie à l’esprit que je vois « Once upon a time… », rien que le titre déjà dit tellement sur ce qui ne sera bientôt peut être plus.

    1. Et oui, du coup cela fait bien longtemps que l’on n’a pas eu de gros débats, si l’on est toujours d’accord !
      Mais oui c’est assez évident, vu comment il y a clairement un gros point de rupture au sein de sa carrière à mes yeux, qui arrive à un certain moment de ma vie également. La sortie de Kill Bill 1, j’avais mon premier boulot depuis plus d’un an, je passais dans la vie clairement active, j’avais les moyens de continuer d’explorer le cinéma autrement via l’import des dvd même si en vrai Kill Bill à la première vision m’avait fait grogner, avec son cool pour le cool en prenant des scènes asiatiques telles quelles, que je ne connaissais déjà, mais là je m’égare du sujet.
      Le côté verbeux à toujours été là oui, même si j’ai eu l’impression ici qu’il les laissait un peu plus respirer ces dialogues, et donc qu’il y avait des petites tentatives différentes d’avant.
      Mais là où je suis d’accord, c’est qu’il tourne ce qu’il veut, comme il veut, et peut ainsi s’exprimer, et ça c’est très bien, comme pour Scorsese, Refn, Noé et tant d’autres. Ils font ce qu’ils veulent et c’est tout à leur honneur.
      Et c’est aussi pour ça que je disais que le film fait tout pour que je l’apprécie par moment, ça respire l’amour de l’époque, du milieu, des personnages. Mais parfois ça s’étire plus nécessaire je trouve, mais ça reste totalement subjectif, vu que j’arrive à prendre mon pied devant des oeuvres que certains considèrent comme chiantes 😀
      Quand à l’avenir, il me fait souvent peur également, donc mieux vaut profiter de l’instant présent en attendant, avec cette année 2019 qui fut très sympathique cinématographiquement parlant.

      1. Année aux accents assez funèbres néanmoins, si on en juge par la tonalité ambiante de films sortis en cette fin d’ année par Tarantino, Scorsese mais aussi Gray, ou le Star Wars d’Abrams.
        Espérons une entame de décennie plus radieuse en effet.

      2. Alors oui, beaucoup de films sont sombres, parlent de maladie, de vieillesse, d’époques révolues, de quête initiatique, mais ces films marquent et procurent au final des sensations, leur but premier. Donc, année réussie. A 6 jours de la fin de l’année, j’ai encore du modifier le top que je prépare, c’est te dire !
        Le Star Wars plus je lis dessus plus je veux le fuir !

      3. Arf je n’avais pas vu ton article en effet (passé la journée très loin de l’ordinateur et du téléphone). Alors, déjà : ton article est comme d’habitude très joliment écrit. Ça donne envie d’y croire pour cet épisode IX (et j’irais donc commenter comme souvent plus en détail dés que j’aurais vu la bête). Mais je sais pas, je me dis que sur ce genre de films, j’arrive à laisser totalement ma nostalgie de côté et que je risque d’être sacrément plus critique que toi. Pour ça que j’hésite franchement à attendre une sortie VOD tranquille, quitte à perdre de la grandeur spatiale sur un écran plus petit.
        Sur ce, bonnes fêtes à toi, bon réveillon de Noël, et n’abuse pas du champagne 😉

      4. Possible. Ceci dit, toute nostalgie mise à part, je trouve qu’Abrams à plus de ressources visuelles que ce qu’ont pu montrer Johnson dans l’épisode précédent ou, pire encore, Ron Howard. Je lui trouve même dans ce nouvel épisode un vrai sens du grandiose qui rappelle Peter Jackson.
        Pas trop de champagne, je garde l’esprit frais pour profiter des cadeaux (le petit coffret Time and Tide qui va faire mon bonheur 😃)
        Bon Noël !

      5. Oh ça je suis d’accord, Abrams a de la ressource visuellement, même si trop encrée dans la nostalgie et le rappel du passé. Johnson sur le précédent avait fait preuve de ressources pour le final, mais le reste c’était plat. Et chiant surtout. Ron Howard c’est un cas à part je trouve, vu que de base c’est un réalisateur qui n’a pas de vraie grosse identité visuelle, et Solo a déjà visuellement une patte étrange, avec ses éclairages naturels limite de film d’auteur, ce qu’il n’est absolument pas. Après avec le recul (et ayant revu les deux), je préfère Solo à Star Wars 8, déjà car spin of donc moins important, et mieux rythmé dans le peu qu’il raconte.
        Ooooh joli ça ! Rien à dire, mais au final, tu as excellent goût dés qu’on parle de cinéma Asiatique. Après Mamoru, du très bon Hark (réalisateur avec lequel j’ai énormément décroché dans les années 2000, de par son utilisation constante des CGI pas très jolis, et ses films d’époques qui m’intéressent moins que ses polars (même si j’adore son Green Snake de 1993).
        Bon Noël à toi également.

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