CUTE DEVIL de Satô Hisayasu


CUTE DEVIL

Titre original : Kawaii Akuma – 可愛い悪魔
2018 – Japon
Genre : Thriller
Réalisation : Satô Hisayasu
Musique : –
Scénario : Imaoka Shinji
Avec Nanaumi Nana, Hagino Takashi, Shiga Tatsumi, Sugiyama Yusuke, Kanegae Keita et Goto Chihiro

Synopsis : Kazuki s’en prend à Shoichi avec des sécateurs, pendant que Miho regarde, sans sourciller. Hozuki, un reporteur, approche Miho, qui vit seul, et cherche la vérité sur l’incident.

Il est toujours intéressant de voir ce qu’est devenu le réalisateur Satô Hisayasu. Peu connu du grand public, il est surtout reconnu à l’internationnal pour un seul et unique film. Mais quel film les amis ! Je veux bien entendu parler de Naked Blood, qui date pourtant déjà de 1996. Un film fauché, tourné en 5 jours, mais qui a une imagerie marquante, mélangeant sexualité et gore qui fait mal, très mal. Un film où le réalisateur est parvenu en quelque sorte à mélanger ses thématiques avec un fond faisant limite penser à du Cronenberg parfois. Mais pour le connaisseur, Satô Hisayasu, c’est également une flopée de films fauchés, malsains, à tendance sexuelle et sanglante bien entendu, et qui ne sont pas fait pour être aimés. C’est souvent crade, autant dans la technique que dans le propos, et ça se moque de tout. Dans les années 2000 pourtant, le réalisateur avait élargit ses horizons, livrant quelques films plus mainsteam, avec un sketch pour Rampo Noir, Shisei : The Tattooer ou encore Love & Loathing & Lulu & Ayano. Des films loin d’être personnels, mais malgré tout sympathique. En 2014, il était revenu à son univers avec Hana Dama. Un film étrange, blindé de défauts, fauchés, mais que j’avais apprécié, et avec pas mal d’idées sympathiques (et un final totalement nawak). Mais par la suite, il avait livré en 2016 Hana Dama Phantom, une fausse suite aussi inutile que détestable, ne faisant que reprendre quelques idées et gimmicks de l’original pour faire un peu n’importe quoi. En 2018, il revenait donc avec ce Cute Devil, Kawaii Akuma au Japon, un thriller érotique (forcément) avec dans le rôle titre Nanaumi Nana, le tout sur un scénario de Imaoka Shinji, réalisateur et scénariste sur pas mal de films érotiques ou différents. On lui doit par exemple Uncle’s Paradise et Lunch Box (deux films que j’avais apprécié dans leurs genres), mais également les scénarios des deux Hana Dama. Ah ! Ça allait donc être quitte ou double avec ce Cute Devil.

Et autant ne pas tourner autour du pot, c’était mieux que Hana Dama Phantom, mais loin d’être un bon film, et loin d’être un film indispensable pour le film de Satô. À croire qu’il ne parviendra jamais à vraiment revenir, à mettre ses thématiques en avant sous un jour nouveau, intéressant, ou à retourner au côté crade de ces débuts. Et pourtant, ça commence bien, avec cette scène d’ouverture où on assiste à un coupage de pénis au sécateur dans un bureau, le tout sur le regard d’une femme dénuée d’émotions. Ah ça, ça met le ton et ça intrigue cash. L’ouverture est cash, frontale, violente, et clairement, avec la scène finale, le meilleur moment du métrage. Le souci, c’est qu’entre les deux scènes en question, ce n’est pas toujours bien passionnant, et que l’ensemble dure 1h25. Entre les deux scènes, le film nous fait alterner entre le passé et le présent, avec un personnage menant une enquête et interviewant divers autres personnages, mais le réalisateur a alors du mal à nous intéresser. Il semble tout filmer avec distance, comme s’il s’en moquait parfois, bien que l’on sent qu’il souhaite donner divers niveaux de lectures via ses scènes racontées par d’autres personnages. On alterne donc du blabla pas forcément toujours utile ou intéressant avec des scènes de sexe soft. Au choix, portées sur le SM (avec un homme qui se fait fouetter l’entre-jambe), ou portées sur la sodomie (une demoiselle en fera les frais, mais avec amour hein). Sacré Satô, on ne le changera jamais à ce niveau.

Ce qui est vraiment dommage par contre, c’est que l’on sent qu’il y a parfois une envie de bien faire. Certains acteurs sont plutôt bons, et le directeur de la photo tente un peu tout et malheureusement n’importe quoi. On alterne du coup des scènes à l’aspect visuel plutôt bien troussé, voir original et étonnement beau (malgré le cachet vidéo de l’entreprise bien entendu), quelques idées de cadrages bienvenus, et l’instant suivant, des plans plutôt laids et des expérimentations au niveau de l’éclairage qui donnent un aspect clairement fauché et raté au métrage. Pareil du coup au niveau des cadrages, on enchaîne les bonnes trouvailles avant de se trouver devant un plan racoleur totalement hideux. Un peu comme si Satô, en expérimentant, voulait nous dire que lui aussi il est un artiste, un auteur. Sauf que la moitié du temps, il se plante. Du coup toute la partie centrale du récit est assez bancale et laborieuse. Jusqu’à finalement que le film se décide de boucler la boucle, en revenant au début, et en se lâchant pour ses 20 dernières minutes. Un peu trop tardivement malheureusement vu la mollesse générale de l’entreprise. Et ça ne suffit aucunement à relever le niveau général du métrage, qui s’avère donc un Satô assez faiblard, peu passionnant, et au final pas si déviant que ça considérant le passé du monsieur. Par contre, son film de 2016, The Eye’s Dream, ça me fait beaucoup envie, autant par son sujet déviant que par la photographie !

Les plus

Quelques jolies trouvailles visuelles
Le début percutant intrigue
De belles scènes, éparpillées…

Les moins

Longuet
Une intrigue pas si intéressante que ça
Des scènes de sexe trop longues pour rien

 

En bref : Après les deux Hana Dama, Satô revient en livrant ce Cute Devil. Et si l’actrice est cute, le film est malheureusement assez ennuyeux, sauvé uniquement par quelques idées éparpillées et par son ouverture radicale. Le reste ne passionne pas.

11 commentaires

    1. Mais non promis je ne la trompe pas ! En réalité Cute Devil je l’ai vu fin Novembre, j’avais la chronique de côté, et comme j’avais mis Snake, film asiatique que personne ne verra et jamais sorti hors de son pays, je me suis dis pourquoi pas enchaîner sur celui-là qui ne sortira jamais en dehors du Japon et que personne ne verra haha !
      Sinon toujours pas vu de Misty, mais quelques films planifiés ces prochains jours. Mais promis je tente de m’en faire vite, surtout que j’ai choppé quelques dvds rares.

      1. On ne les verra pas mais je pense qu’on ne rate pas grand chose si je me fie à tes articles.
        Ceci dit, le dispensable peut aussi avoir la saveur du privilège, comme si on avait eu accès à ce qui échappe au commun des mortels.
        J’attends ces chroniques de raretés de pied ferme. 😉

      2. En effet. J’en parlais il y a peu avec mon pote Oli (qui poste ici de temps en temps et à son blog sur le cinéma Japonais) vu qu’il me disait que les club locatifs étaient en train de tous fermer au Japon, que ça amenait un peu à la fin du V-Cinéma là-bas, et que j’avais quelques perles en dvd dans le genre. Mais Cute Devil n’en fait définitivement pas parti. Dans le genre, fauché, avec un soupçon d’érotisme, mais un réalisateur qui croit en son film et s’applique à fond, il y avait INCUBUS qui était très bon, ou encore MAN HUNTING. Et ce sont des raretés, qui m’avaient coûté la peau du cul (l’import japonais en dvd, facile 30 euros, rajoute 10 de frais de port, plus 10 pour la douane, ça chiffre pour un seul film).

  1. Scénario de Imaoka Shinji ?!?!? Tu sais qui c’est ? Sans doute. Un super réalisateur de pinku intelligents, des films carrément sociaux, profonds. Je l’adore ! Bizarre de voir son nom associé à « ça ». Besoin d’argent je présume. Mais ça m’interpelle. Merci pour la review !

    1. OK, j’ai fini de lire ta review. J’ai posté trop rapidement après avoir lu la fiche du film. Tu connais bien évidemment Imaoka Shinji. Tu ne pouvais pas me décevoir sur ce point ahahah ! Mais as-tu vu ses meilleurs films ? Franchement il a livré de super pinku.

      1. Ahlala, tu as posté comme un petit enfant tout excité de voir une info qui lui a plu ! hahaha.
        Blague à part oui je connais evidemment, mais des pinku, à part quelques classiques et le récent WHITE LILY de Nakata, pas vu depuis un bail, donc pour la plupart, de très vagues souvenirs.
        Mais ses deux collaborations là avec Satô, rien à faire moi je n’y arrive pas du tout. Tout n’est pas inintéressant, mais je sais pas, ça fait faux, étiré pour pas grand-chose.

  2. Mais c’est exactement ça AHAHAH. ^^ J’ai vu le nom d’Imaoka j’ai posté de suite sans réfléchir. 🙂 Je pense qu’il galère pour trouver de l’argent pour ses vrais projets. Pas facile j’imagine. Pas facile du tout… Du coup, un scénario par ci par là pour des pinku de bas étage, c’est de l’argent facilement acquis, j’imagine, difficile de lui en vouloir… J’aime beaucoup ses films en tant que réalisateur, en particulier celui de 2014, qui visite un quartier peu connu de Tokyo et c’est passionnant.

    https://echecetcinemat.wordpress.com/2015/01/02/tsugunai-shinjuku-golden-gai-no-onna-imaoka-shinji-2014/

    (j’avais pris des tonnes de screenshots, impossible de m’arrêter)

    Mais te connaissant, tu l’as peut-être déjà vu. ^^

    1. Possible, l’industrie cinématographique Japonaise, comme un peu partout, c’est la misère depuis des années. De moins en moins de visibilité pour les petits films, de plus en plus de difficulté à trouver des financements… Donc oui, si à côté ça lui permet de faire du tout bon, écoute, il aurait tort de se priver dans le fond.

      Et non, mais je viens de vérifier, je l’ai ! Pas de bol pour lui, son film a du sortir au moment où j’ai commencé tout doucement à lâcher le cinéma Asiatique pour cause de saturation. Je le place donc dans la pile des films « à voir vraiment vite » (oui j’en suis à me faire des piles différentes suivant l’intérêt des films, c’est dire le stock que j’ai…)

      1. Tu me diras ce que tu en penses. Ce genre de petits films, effectivement, manquent de visibilité. Hier par ex, j’ai vu UNDER YOUR BED d’Asato Mari. Mais en surfant sur Amazon Prime, impossible à voir. J’étais même pas au courant qu’il était sorti. Sauf qu’en allant dans un vidéoclub loin de chez moi (oui comme tu sais celui qui était à côté a fermé), avec ma femme on a parcouru les allées et on a vu cette jaquette ! Du coup de retour à la maison, on fait une recherche par titre du film sur Amazon Prime ET ON TROUVE LE FILM ! Il n’était pas mis en avant, classé au fond du trou avec de piteux pinku – et ce n’est pas un pinku en plus. Introuvable en réalité, si on ne fait pas une recherche manuelle.

      2. Sans soucis, de toute façon j’essaye d’écrire sur absolument tout ce que je vois (sauf quand vraiment il y a rien à dire).
        Oui j’ai vu ton tweet pour UNDER YOUR BED, et comme Asato Mari a toute ma sympathie, je dois le voir. FATAL FRAME, son JU-ON, BOY FROM HELL, même BILOCATION qui était pas si passionnant, ça reste du B potable et fait avec sérieux.
        Hey au moins, ma plus grande crainte ne se concrétise pas encore. Le film était toujours là, juste faut savoir pour le trouver. Car avec ses films qui maintenant ne sortent parfois qu’en VOD, j’ai peur que ce qui ne fonctionne pas soit juste retiré des catalogues, et du coup, si aucune sortie physique, l’oeuvre disparaît simplement.
        Il y a par exemple le film russe III que j’adore, il est sur netflix France, et la seule édition physique existante est une édition allemande, sauf que…. Russe sous titré Allemand, comme te dire que c’est compliqué.

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