DOCTOR SLEEP de Mike Flanagan


DOCTOR SLEEP

Titre original : Doctor Sleep
2019 – Etats Unis
Genre : Fantastique
Réalisation : Mike Flanagan
Musique : The Newton Brothers
Scénario : Mike Flanagan d’après Stephen King
Avec Ewan McGregor, Rebecca Ferguson, Kyliegh Curran, Cliff Curtis, Carl Lumbly, Zahn McClarnon et Emily Alyn Lind

Synopsis : Danny Torrance est désormais adulte, mais il n’a pas surmonté le traumatisme qu’il a connu à l’hôtel Overlook lorsqu’il était enfant. Il est devenu alcoolique, comme son père, et ses pouvoirs psychiques se sont amenuisés pour cette raison. Alors qu’il tente de reprendre sa vie en main, sa route va croiser celle d’Abra Stone, une jeune fille qui possède le « Shining » et dont la vie est menacée par un groupe d’individus, le Nœud Vrai, dirigé par Rose O’Hara, qui se nourrissent des pouvoirs psychiques détenus par les enfants dans le but de vivre longtemps.

Doctor Sleep avait toutes les raisons de se planter. Financièrement d’ailleurs, oui, il s’est planté, avec son budget de 45 millions et son box office de seulement 72 millions, ce qui en fait pour la Warner un échec, surtout comparé aux succès la même année de Ça Chapitre 2 (473 millions au box office) et Simetierre (113 millions au box office). Ce qui est bien dommage, puisque sans mentir, Doctor Sleep était clairement la bonne surprise de 2019 même si je l’ai découvert en 2020, et qu’il est largement supérieur aux deux films cités plus haut. Doctor Sleep oui avait toutes les raisons de se planter, à cause de son choix même d’être à la fois une adaptation du roman Doctor Sleep de Stephen King, et une suite à The Shining de Stanley Kubrick. En soit, c’est logique, The Shining étant l’adaptation du roman du même nom, et Doctor Sleep étant la suite du dit roman. Sauf que, comme on le sait, Kubrick, en adaptant le roman, l’a trahit, allégrement, préférant se focaliser clairement sur la folie d’un homme (énorme Jack Nicholson) plutôt que sur l’aspect fantastique du roman, avec cet hôtel et ses fantômes (fantômes quasiment absents du métrage, que ce soit la version courte Européenne ou la version longue Américaine – pour moi largement supérieure). Mais là n’est pas la seule liberté prise par Kubrick, qui change le sort de certains personnages (le cuisinier meurt chez Kubrick, et survit chez King), mais également certains lieux (le jardin avec des sculptures d’animaux dans la végétation se transforme en labyrinthe de glace), et même dans la finalité de l’histoire (Wendy et Danny se sauvent, abandonnant Jack dans le labyrinthe chez Kubrick, tandis que chez King, Jack meurt dans l’explosion de l’hôtel). King déteste le Shining de Kubrick, c’est un fait. Les deux œuvres sont opposées. J’adore le Shining de Kubrick, et je n’aime pas vraiment le roman de King, avec son usage du fantastique que je trouve beaucoup trop facile. Vouloir marier ainsi l’œuvre de Kubrick et celle de King, c’était un pari risqué, et Mike Flanagan, dont je n’avais vu que l’excellent Hush (Pas un Bruit), avait clairement un sacré boulot devant lui. Et miracle, Flanagan a évité quasiment tous les pièges qui étaient devant lui, pour livrer ce qui était bel et bien prévu dés le départ. Doctor Sleep est une suite du Shining de Kubrick. Dick Halloran, le cuisinier, est bel et bien mort, l’hôtel est toujours debout, L’Overlook Hotel est au millimètre près celui de chez Kubrick.

Mais Doctor Sleep est bel et bien l’adaptation du roman de King, faisant suite non plus au livre mais au film. Et Flanagan livre là une copie appliquée, une copie de fan certes par moment, mais une copie qui fait plus que plaisir, dés la scène d’ouverture, qui reprend l’identité du film de Kubrick, sans aller dans l’excès. Quelques notes de musique venues du dit métrage pour faire résonner la fibre nostalgique, et nous voilà plongé dans une nouvelle histoire, avec de nouveaux enjeux, un côté fantastique prononcé. En tant que suite au film de Kubrick, Doctor Sleep fait le choix, excepté lors de certains moments, de ne pas être un hommage facile. On y retrouvera bien des lieux, des éléments visuels et sonores, mais cela n’est jamais pleinement envahissant, et donne plutôt lieu à une suite thématique et logique, 40 ans plus tard. Le plus flagrant sera l’usage sonore d’un élément bien distinctif du film de Kubrick, à savoir les battements de cœur, qui ici changeront de vitesse en fonction des scènes, pouvant être calmes pour des scènes où la tension doit monter, doucement, avant d’être beaucoup plus soutenus par la suite. Flanagan ne cherche aucunement à copier Kubrick, et c’est tout à son honneur. À ce jeu là, il se serait de toute façon totalement planté. Il réutilise donc des éléments sonores, et laisse parfois sa caméra aller dans quelques mouvements fluides à la steadycam, mais il évite le copié collé, sauf lorsqu’il verse volontairement dedans, notamment pour le final, qui pourtant, en voulant boucler la boucle (de manière assez étonnante pour le connaisseur des deux romans), trouve sa propre justification. Et lorsque Flanagan tente de recréer des moments cultes du film de Kubrick, il n’a aucunement recours à des CGI pour modéliser un Jack Nicholson ou une Shelley Duvall, mais utilise un casting leur ressemblant, et dans certains plans, la ressemblance est frappante. Mais Doctor Sleep est avant tout l’adaptation du roman, tout en intégrant les éléments du film de Kubrick, et là, c’est une réussite également. Flanagan est un fan, on le sent, et il soigne son métrage comme pas possible. Dés le plan d’ouverture, ce long plan sans doute filmé au drone et plongeant sur une caravane, on se dit que l’on va assister à un bon film.

Mieux, un excellent film. Doctor Sleep se déroule donc sur plusieurs périodes. 1980 d’abord, faisant le lien avec le film original et introduisant l’antagoniste principal, Rose, joué avec conviction par Rebecca Ferguson, puis le début des années 2010 pour introduire ce que sont devenus les personnages importants, notamment Rose donc et son groupe, se nourrissant du pouvoir de personnes comme Danny, et Danny donc, l’enfant de Shining, joué ici par Ewan McGreggor, convaincant. Puis, pour son intrigue principale et l’introduction du vrai personnage important du métrage, à savoir Abra, de nos jours. Et malgré ses 2h30 au compteur, 3h en Director’s Cut, Doctor Sleep passionne et n’ennuie jamais, ne souffrant d’absolument aucune longueur. Le récit est fluide, et on se surprend à se dire « déjà » une fois le métrage terminé, et maitrisé quasiment de bout en bout. Mieux, le métrage ne recule pas devant la violence quand il le doit, n’hésitant pas à s’en prendre à des enfants, et surtout à faire souffrir ses personnages, physiquement, mais également mentalement. Et il est surtout intéressant de voir à quel point le métrage s’en sort, tout en contenant finalement tout ce qui fait l’œuvre de Stephen King depuis ses débuts. Car oui, les enfants télépathes, les personnages luttant contre l’alcoolisme, et bien ce n’est pas nouveau chez lui, on pourrait même dire qu’à force d’avoir des enfants télépathes dans toutes ces œuvres quasiment, cela deviendrait un gag. Mais avec le sérieux général du métrage, cela passe comme une lettre à la poste, et Doctor Sleep est autant une lettre d’amour à l’œuvre de King qu’à la grande œuvre de Kubrick. Et Stephen King a du s’en mordre les doigts durant toute la production avant de voir à quel point le produit final tient la route. En réalité, à quelques CGI près, qui tiennent très bien la route, mais qui sont sans doute un poil trop présent lors de certaines scènes, Doctor Sleep peut se vanter de faire partie des meilleures adaptations de King, et sans doute des meilleurs films adaptant son œuvre, améliorant même le récit de base grâce à quelques différences et libertés, et à un ton qui parait parfois plus violent et sadique que dans le roman. Chapeau donc, vu que je n’y croyais pas du tout.

Les plus

Une suite au film de Kubrick
2h30 et pourtant, ça passe tout seul
Visuellement, énormément de bonnes idées
Excellent casting
La bande son
Des scènes avec une excellente tension

Les moins

Quelques scènes utilisent un peu trop de CGI

 

En bref : Doctor Sleep réussi le pari fou d’être une adaptation du livre et une suite au Kubrick, deux œuvres que tout oppose. Et Mike Flanagan s’en sort plus qu’admirablement, en évitant la plupart des pièges sur sa route, pour un film solide, prenant et à l’ambiance réussie.

3 commentaires

  1. Salut Rick. Je n’ai pas lu ta chro. Je préfère ne rien savoir. Mais vraiment rien de rien. 😉 Mais j’ai une question. Le jeu est maintenant dispo à la loc, et je me demandais… Faut-il se lancer dans la version director’s cut d’entrée ? As-tu des infos ?

    1. Hey coucou.
      Je n’ai pas encore vu le Director’s Cut malheureusement. Il y a apparemment une demi-heure de plus, la narration est plus fluide, des scènes allongées, d’autres en plus, un ordre parfois un poil différent, mais je ne peux pas (encore) te donner mon avis dessus. Apparemment les deux versions se valent.

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