HELL GIRL de Shiraishi Kôji


HELL GIRL

Titre original : Jigoku Shôjo – 地獄少女
2019 – Japon
Genre : Fantastique
Réalisation : Shiraishi Kôji
Musique : Fuki Harumi
Scénario : Shiraishi Kôji
Avec Tamashiro Tina, Hashimoto Manami, Maro Akaji, Raiku, Mori Nana, Nimura Sawa et Ôba Mina

Synopsis : Miho, lycéenne, est fan d’un groupe se faisant appeler The Devil, et se rend à un concert. Sur place, elle rencontre Haruka, et les deux deviennent immédiatement amies. Mais lors d’un concert, elles sont témoins de l’agression d’une chanteuse par un fan, ce qui la défigure. La chanteuse décide de prendre les choses en main en se servant de la légende de la fille des enfers. La légende dit qu’en se connectant à minuit sur un site internet, l’on peut entrer un nom, et Enma Ai, la fille des enfers, apparaît alors pour amener cette personne en enfer. Mais en échange, au moment de sa mort, Enma Ai amènera également la personne ayant fait appel à elle en enfer.

Et nous y voilà, encore et toujours, une nouvelle adaptation d’un animé. Mais voilà un cas un peu plus particulier. Là ou le multi format au Japon commence souvent par un manga, voir un visual novel avant d’être transposé en animé, puis en film live par la suite, La Fille des Enfers était un animé avant d’être transposé en manga. Quatre saisons en tout, de 2005 pour la saison 1 à 2017 pour la saison 4 (oui, une dernière saison tardive, et plus courte), mais je n’ai vu que la première, et le début de la saison 2. Car Jigoku Shôjo, c’est aussi différent en terme de structure. Avec son concept, et malgré une personne récurent cherchant à élucider le mystère, et bien chaque épisode peut être vu séparément, jusqu’aux derniers épisodes. Chaque épisode a son personnage qui a une raison d’invoquer Enma Ai (la fille des enfers), et donc au final, la structure s’avère extrêmement répétitive. Le ton lui oscille entre le glauque (certains cas assez difficiles), le grotesque total (la manière donc Enma et son équipe s’en prennent à leurs victimes), et parfois, le ratage total (certaines histoires inintéressantes au possible). Alors quand on place sur cette adaptation Shiraishi Kôji, un réalisateur que j’apprécie énormément, à la fois au scénario et à la mise en scène, je me dis que le résultat peut-être intéressant à défaut d’être mémorable, surtout que le monsieur a le sens du grotesque depuis un sacré bout de temps. Depuis ses débuts en fait, en 2004, avec un sketch pour Dark Tales of Japan, le moyen métrage souvent glauque Dead Girl Walking et le film de fantôme plutôt opportuniste Ju-Rei. La suite ? Du culte et moins culte. Noroi (excellent documenteur), Carved (sur la fille à la bouche tranchée), Ghost Zombie (que je n’avais pas aimé), Grotesque (gore et grotesque), les deux Teke Teke (très sympathiques), Occult (là ça commence à être moins bon), Shirome (là c’est mauvais), Kami Idol Sousenkyo Battle (catastrophique). Et avec ces derniers métrages, on n’attendait plus rien de lui. Sauf que Shiraishi n’avait pas dis son dernier mot, et revient avec Cult (très sympathique), d’autres films que je dois toujours voir (A Record of Sweet Murder, Ada), puis le très sympathique et bancal Sadako VS Kayako. Comme quoi rien ne lui fait peur, donc après avoir réalisé l’impensable, le voir sur Jigoku Shôjo ne fait même plus peur.

Et c’est sans surprise que si Jigoku Shôjo n’est pas parmi les meilleurs films du monsieur, il est loin de ses pires, et s’avère finalement fidèle à l’animé, en alternant les moments bien sentis, les moments gore, les moments fidèles, et les ratages complets. D’ailleurs, ça tombe bien, puisque Shiraishi réutilise une partie de son équipe de Sadako VS Kayako, à commencer par l’actrice Tamashiro Tina, à qui il offre ici le rôle clé d’Enma Ai, la fille des enfers donc du titre. Bon pour le reste du casting, à l’exception de quelques valeurs sûres (Maro Akaji en second rôle discret), on a plutôt droit à des idoles, débutantes et j’en passe. Shiraishi, au scénario, fait le choix de garder une intrigue simple. Une introduction (plutôt bien troussée et montrant déjà quelques aspects grotesques), puis un personnage principal, une seule intrigue, pour un total de trois malédictions dans le même cercle de personnage. Pas de multi intrigues en pagaille, un peu comme un épisode de 25 minutes qui aurait été développé sur 1h50. De quoi éviter donc la répétitivité de la série. Le souci, c’est qu’en prenant des lycéennes pour les personnages principaux et en plaçant son intrigue dans le milieu de la musique (quel milieu de rapace, on le sait depuis le temps), Shiraishi ne fait pas le meilleur choix en réalité. Il plonge alors facilement dans le contenu inintéressant et moins grave de la série de base. Au moins, il reste fidèle à tous ses aspects, mais c’est dommage. Mais en tout cas, durant les 45 premières minutes, voir la première heure, son métrage fonctionne malgré quelques ratés. C’est rythmé, ça va assez souvent à l’essentiel, certaines scènes sont plutôt jolies, et le réalisateur se lâche lors des apparitions d’Enma Ai et de ses acolytes, en faisant le choix d’un contenu visuel plus surréaliste donnant un cachet à son métrage. Parfois, on a de jolies scènes (lorsque Enma parle à ceux qui l’invoquent), parfois c’est carrément surréaliste (ses apparitions à ses victimes) et parfois totalement grotesques (les mises à mort).

Ce qui est dommage par contre, c’est que Shiraishi se contente de raconter son histoire, passant ainsi dans le même cercle de personnages d’une vengeance à une autre, et donc d’une invocation à une autre, plutôt que de donner plus de background à ses personnages emblématiques. Sans doute ne voulait-il pas humaniser son personnage clé en révélant son passé, mais c’est un peu dommage. Car il lui donne une présence, la fait traverser le métrage, mais rien de plus. Et du coup, la seconde heure de son métrage se fait clairement moins prenante, surtout que le film appuie alors plus sur son aspect musical (il y a bien trois chansons sur scène dans le métrage, ou quatre), et oublie également le plus souvent de jouer sur l’ambigüité. Car de quel droit peut-on fait appel à Enma Ai pour se venger ? Où est la limite, morale ? Et où est le retour de bâton, encore une fois moral ? Ici, il n’existe pas, puisque finalement, le seul retour de bâton pour les personnages faisant appel à la fille des enfers sera également d’être emmenée par elle au moment de la mort, ce qui peut survenir bien des années plus tard. Du coup, malgré des éclats sanglants et grotesques, Jigoku Shôjo reste assez lisse en surface, survolant alors son sujet et ses thématiques pour se focaliser finalement sur ses jeunes et leurs tracas. Non pas que ces tracas soient surréalistes, ou que de telles situations n’arrivent jamais, mais de la part du réalisateur, ça aurait pu aller bien plus loin. En fait, il livre un film de genre assez maitrisé, mais qui se contente d’être… un film de genre en fait, visant un public large. Avec un tel concept, nul doute que des suites pourraient débarquer, mais malheureusement la direction sera sans doute la même, ou pire. Si bien que malgré ses égarements et quelques scènes ratées ou moins inspirées, et bien je vais me contenter de ce résultat.

Les plus

Quelques scènes surréalistes
Plutôt sérieux dans son approche
Enma Ai
Se regarde bien

Les moins

Totalement lisse vis-à-vis de son sujet
Quelques scènes discutables
Se focalise trop sur les humains

 

En bref : Shiraishi Kôji adapte Jigoku Shôjo. Un projet en or pour lui, entre grotesque, fond malsain par moment, morale intéressante. Malheureusement, si son film reste sympathique et avec d’excellentes scènes (et d’autres ratées), il passe un peu à côté des éléments les plus pertinents et intéressants, dommage.

8 commentaires

    1. Oh y a pas photo, entre Perfect Blue (le film animé hein, car il y a eu aussi un film live et c’était catastrophique même si plus proche du roman) et Jigoku Shôjo, ça ne joue pas dans la même cour. Mais le réalisateur a une carrière intéressante et souvent attachante, il adore en plus les légendes urbaines, c’était un sujet en or pour lui. (tiens, je sais quoi regarder cet aprem, PERFECT BLUE, mon blu-ray est encore sous cellophane).

      1. Vu au ciné, mais jamais revu depuis, la honte !
        Je suis toujours passé à côté de la belle édition en me disant : « il va falloir que je me le prenne celui-là » et puis a chaque fois, hop, passé à autre chose…

      2. Ah moi j’ai sauté dessus, je sais que l’Asiatique monte énormément vite de prix en France. Même si bon, y a une édition toute simple donc je pense que tu es safe pour ce film ceci dit.
        Par contre la chance de l’avoir vu au cinéma, je ne l’avais vu qu’en location à l’époque, puis édition collector HK Video, puis Blu-Ray (d’ailleurs, reçu Phase IV avant hier, enfin).

      3. Bon, vu l’économie actuelle, je te comprend. Perso l’édition est très jolie en tout cas, je vais me refaire le film demain et en profiter pour voir la fin alternative (de 18 minutes quand même).

  1. Je l’ai vu. Sans surprise, je n’ai pas aimé – mais je suis conscient de ne pas être la cible de ce genre de long métrage (que je n’aurais jamais osé voir si Shiraishi n’avait pas été derrière la caméra), sans doute destiné aux jeunes adolescentes ? La jpop ou death metal goth pour ado est horrible à écouter, certains acteurs sont vraiment pas bons (celle qui joue Sanae), chantent mal (difficile de croire au talent de Sanae justement), quasiment aucun personnage attachant (sans rire on est supposé se prendre d’affection pour la fille qui donne un coup de poing à une pauvre prof ?), la Jigoku Shojo ne fait que passer c’est dommage, ça manque d’enjeux… Enfin bref, on doit bien manger, Shiraishi le premier, c’est normal qu’il accepte ce genre de contrat.

    1. Comme je le dis, je connais un peu l’animé que le film adapte (enfin, vraiment un peu, j’ai vu la saison 1, sur 4). Je regrette clairement que Shiraishi (il signe aussi le scénario, même s’il a sans doute eu les mains liées par la production) ne soit pas allé à fond dans certains thèmes qui sont clairement dans le support de base. Des choix moraux plus graves et adultes, et une vraie mythologie derrière Enma Ai (son passé qui était révélé en fin de saison 1 était clairement le meilleur passage). Mais je n’ai pas détesté, il y a quelques bonnes scènes quand même je trouve, la mise en scène n’est pas mauvaise non plus. Mais c’est lisse et visant un jeune public oui. Je te rejoins pour tout ce qui concerne la musique par contre (alors que l’ost de l’anime, je l’écoute de temps en temps).

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