KILLING ZOE de Roger Avary


KILLING ZOE

Titre original : Killing Zoe
1993 – Etats Unis / France
Genre : Policier
Réalisation : Roger Avary
Musique : Tomandandy
Scénario :  Roger Avary

Avec Eric Stoltz, Jean-Hughes Anglade, Julie Delpy, Gary Kemp, Salvator Xuereb, Bruce Ramsay et Tai Thai

Synopsis : Zed est un américain spécialiste dans l’ouverture de coffres-forts. Il se rend en France pour voir Éric, un vieil ami. Il rencontre Zoé, prostituée parisienne sur le conseil d’un conducteur de taxi. Éric a un gros projet : le braquage de la BIP (Banque Internationale de Paris). Il s’agit de la seule banque de la capitale ouverte pendant le 14 juillet. Mais tout ne se passe pas comme prévu.

Au début des années 90, le destin de Quentin Tarantino et de Roger Avary est lié. Les deux travaillaient ensembles dans le même vidéo club, étaient amis. Lawrence Bender, producteur pour Tarantino, recherchait alors des lieux pour le tournage de Reservoir Dogs en 1992, et tombe sur une bande à Los Angeles. La banque ne convient pas pour le film, mais est un décors qui plait au producteur. Roger Avary ne laisse pas passer sa chance, et écrit un premier jet en moins de deux semaines, ayant dit que le scénario était déjà prêt. Le budget alloué est ridicule (tout comme pour Reservoir Dogs), avec 1,5 millions de dollars, et bien que se déroulant à Paris, le film est majoritairement tourné à Los Angeles, avec un casting à la fois Américain (Ericc Stoltz, qui joeura dans Pulp Fiction) et Français (Jean-Hughes Anglade et Julie Delpy notamment). À sa sortie, les critiques ne sont pas forcément tendres avec le film, qui veulent le classer directement dans une certaine catégorie, chose qui persistera avec les années, à savoir le film à univers Tarantino, qui d’ailleurs est producteur exécutif sur le film. Sauf que Avary a un style très différent de Tarantino, bien que les deux aient travaillé ensembles (Avary retouche sans être crédité le scénario de True Romance, et aura aidé sur Pulp Fiction). Un style plus brut, où l’on ressent beaucoup plus l’aspect « premier film » que chez Tarantino avec son Reservoir Dogs. Car Avary veut en faire plus, fait preuve d’une énergie débordante même si parfois maladroite et gratuite, que l’on trouve souvent dans les premiers films de réalisateurs qui veulent à la fois faire leur preuve, mais aussi en mettre plein la vue avec les moyens de bord. Mais le film, bien que souvent descendu par les critiques, se trouve des fans auprès du public, et avec les années, devient presque un film culte, quoi qu’un peu oublié de nos jours. Et s’il est vrai que le film a de nombreux défauts, je l’apprécie, finalement autant pour ses qualités (oui il y en a hein) que ses défauts, car il a clairement un aspect premier film de sale gosse que j’aime énormément.

Killing Zoe ne veut pas renouveler le genre. Il se contente d’être un film de braquage. Là où Tarantino s’axe énormément sur sa culture et des dialogues aux petits oignons, Avary a une approche plus classique, mais aussi plus directe, plus agressive l’on pourra dire, et mise beaucoup plus sur son ambiance, résolument parfois sombre et glauque, et ceci est aidé par quelques choix de mise en scène peu subtils mais allant dans le sens du film : agressifs. Des objectifs déformants, des caméras rapprochées, des ralentis parfois, des choix de couleurs qui changent suivant la partie du film (d’abord blanc, puis bleu, puis rouge). Rien de nouveau on me dira oui, mais rien de déshonorant. Niveau thème par contre, oui, on peut faire le rapprochement entre les deux artistes qui commençaient leur carrière en même temps, et avec la même culture et le même genre choisi. On a des truands en personnages principaux, une histoire d’amour naissante entre un truand et une prostituée (comme dans True Romance), du dialogue, un casse qui tourne mal, de la drogue, des flingues, et de la violence assumée très présente. Si Eric Stoltz est un bon acteur (La Mouche 2, Pulp Fiction, Les Lois de l’Attraction), pour le coup il se fait limite voler la vedette par les deux stars Françaises du film, à savoir Julie Delpy d’un côté, et surtout Jean-Hughes Anglade de l’autre, totalement habité par son rôle, et qui a tendance du coup à en faire trop, ce qui donne un côté totalement over the top et délirant à son personnage, mais également par moment assez flippant car imprévisible et sans morale. Un acteur que j’apprécie beaucoup de base, pour ces collaborations assez tôt avec Besson (quand il faisait encore de bons films donc) sur Subway ou Nikita, mais également La Reine Margot la même année que Killing Zoe. Julie Delpy, très importante, sera elle en arrière plan une partie du récit, puisqu’extérieure au casse, mais s’en sort très bien.

Quand on pense qu’à peine quelques années plus tard, elle se fourvoiera dans le Loup-Garou de Paris… Mais c’est une autre histoire en effet. Killing Zoe donc ne réinvente rien, n’a pas cette prétention, et se contente de faire ce qu’il veut faire. Nous dépeindre des personnages violents, qui vont se lancer dans un casse alors qu’ils ne sont absolument pas préparés, et sous substances pas très légales après une nuit à Paris. Eric Stoltz, au départ présenté comme le héros et surtout comme l’élément indispensable à la réussite du casse, et donc qui a son mot à dire, se retrouve finalement être l’élément embarqué dans une histoire qui dépasse tout le monde, alors qu’il n’a rien demandé à personne. Mais il ne peut dans le fond s’en prendre qu’à lui, puisque les opportunités de dire non étaient nombreuses, et ce dés le début. Un casse mal préparé et pour le lendemain, sans repérage préalable ? Une nuit à Paris avec drogues et alcool quelques heures avant un casse ? Des meurtres de sang froid dés le départ en arrivant ? Mais il fait le choix de rester, sans doute car il espère placer sa confiance en quelqu’un qui le mérite. Le film lui prouvera rapidement qu’il avait tort. Car parfois, faire confiance à celui que l’on considère comme un ami, c’est bien, mais quand certaines choses vont trop loin, mieux vaut faire confiance à son instinct. Alors oui, dans le fond, Killing Zoe a certaines choses intéressantes, mais dans les faits, c’est un simple petit film de braquage qui ne réinvente rien, mais fait le boulot. Divertissant, rythmé, bien filmé (mais sans vrais éclairs de génie), bien joué malgré quelques seconds rôles plus discutables. Pas inoubliable, mais sympathique.

Les plus

Un bon film de braquage
Casting principal très bon
Rythmé
Quelques petites idées éparpillées sympathiques

Les moins

Archi classique dans sa narration
Des moments un peu brouillons
Un premier film, en qualité et énergie, mais aussi en défauts

En bref : Roger Avary signe un premier film classique dans sa narration et son histoire, mais bourré d’énergie et de petites idées sympathiques. Absolument pas révolutionnaire pour le genre, mais très sympathique.

6 commentaires

  1. Vu en salle à la sortie, après « Réservoir dogs ». Je n’avais pas du tout aimé à cette époque. Il faudrait que je le revois je pense. Je me souviens du numéro de dingo d’Anglade (c’est vrai, très bon aussi dans les films que tu cites, mais aussi dans la série Braco).

    1. Ça se trouve tu n’aimeras toujours pas hein ^^ Le film a toujours divisé et n’a jamais été parfait.
      En général j’évite de parler des séries auxquels les acteurs participent (sauf lorsqu’elles sont majoritaires dans leur filmographie), vu que je ne regarde pas de séries. Ces dix dernières années, je n’ai vu que Twin Peaks The Return et Too Old to Die Young 😉 Ah non, et la saison 1 de Games of Throne, qui m’a ennuyé.

      1. Hmmm possible oui, après, même producteur, même team de potes on dira, mais plus d’un an séparent les sorties, l’effet Reservoir Dogs était donc déjà là quoi qu’il arrive. Après il ne faut pas trop chercher à comparer, Avary s’est énormément éloigné du genre par la suite, avec Les Lois de l’Attraction, et Silent Hill au scénario.

  2. Je n’en garde aucun souvenir. Je l’avais vu à l’époque aussi, parce que j’étais fan de Tarantino à ce moment-là (je ne suis plus du tout fan après JACKIE BROWN, mais c’est une autre histoire). Et j’avais trouvé ça 100 coudées en-dessous de RESERVOIR DOGS. Comme PrinceCranoir, peut-être que je devrais lui redonner sa chance, et ne pas placer la barre trop haut, cette fois.

    1. Tout ce qui entoure la vision a l’air d’avoir beaucoup joué en effet. Vous l’avez tous les deux découvert à l’époque, en ayant vu peu de temps avant Reservoir Dogs, et donc en ayant la Tarantino’s touch dans les yeux. Alors que ma première vision était il y a deux semaines, et vu que comme toi, Tarantino me déçoit souvent passé JACKIE BROWN, forcément, j’avais bien plus de recul. Mais quitte à comparer, en effet, je lui préfère RESERVOIR DOGS, ainsi que PULP FICTION (et d’ailleurs JACKIE BROWN également que j’aime énormément).

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