UNDER YOUR BED de Asato Mari


UNDER YOUR BED

Titre original : Andâ Yua Beddo – アンダー・ユア・ベッド
2019 – Japon
Genre : Drame
Réalisation : Asato Mari
Musique : Teje
Scénario :  Asato Mari d’après le roman de Ohishi Kei

Avec Kora Kengo, Nishikawa Kanako, Abe Kenichi, Mikawa Yugo et Miyake Ryosuke

Synopsis : Naoto est timide et solitaire, ignoré par les autres depuis son plus jeune âge, même au lycée où il fut oublié par ses camarades de classe, et ne fut même pas présent sur la photo de classe, sans que quiconque ne le remarque. Mais Chihiro est la première personne a le remarquer. Onze années passent. Naoto finit par retrouver Chihiro, qui vit dans une petite ville portuaire, mais semble totalement différente. Mariée, avec un bébé, ne sortant que rarement, Naoto devient obsédé, et ouvre un magasin devant chez elle pour l’observer.

Asato Mari, voilà bien une réalisatrice qui remonte de loin, et qui semble enfin avoir un peu plus les moyens de ses ambitions. Et on peut dire que je suis sa carrière depuis un bout de temps, puisque j’avais découvert son premier métrage par hasard il y a un bail, à savoir Boy From Hell, moyen métrage horrifique un peu fauché faisant parti d’une anthologie où plusieurs réalisateurs adaptaient des mangas de Hino Hideshi (l’on trouvait également dans cette anthologie un certain Shiraishi Kôji). Durant des années, la petite continua dans le cinéma horrifique, souvent à tr !s petit budget : Keitai Kanojo et compagnie, un énième opus pour la saga Ju-On. Et ce n’était jamais mauvais. Souvent pas extraordinaire, mais avec peu de moyens et des scénarios pas toujours top, elle faisait ce qu’elle pouvait. Encore récemment, avec Bilocation et Fatal Frame, elle démontrait avec des budgets qui semblaient un poil plus élevés se lancer dans des films aux sujets moins faciles, tout en détournant ce que l’on attendait des films, puisque dans les deux cas, en adaptant un manga et un jeu vidéo, elle s’éloignait des sujets de base pour livrer des drames plutôt sérieux. Et sérieusement emballés. Under Your Bed est son dernier long métrage, sorti au Japon en Juillet 2019, et adaptant un roman de Ohishi Kei. Roman que je n’ai pas lu, mais dont l’œuvre de manière générale a été souvent adaptée au cinéma depuis le milieu des années 2000. The Last Supper (que j’ai depuis un bail, il faudra se lancer), Apartment 1303 (que je n’aime pas, bon), Sweet Whip réalisé par le vétéran Ishii Takashi, ou en 2019 également, The Woman Who Keeps a Murderer, tiens, signé Nakata Hideo. Je connais finalement peu l’œuvre du monsieur, mais je sais que c’est souvent très sexualisé. Un sujet donc difficile à adapter, mais Asato Mari semble croire au projet, et vouloir lui apporter quelque chose en tout cas, car si tout n’est pas parfait, elle signe là son meilleur métrage, son plus sérieux, et parvient, malgré des ratages, à trouver un équilibre difficile entre moments durs et moments beaucoup plus joli, pour livrer tout simplement un bon, voir par moment très bon film dés qu’il part dans la simplicité.

Under Your Bed, c’est l’histoire de Naoto et de Chihiro. D’un côté, un homme, timide, solitaire, invisible aux yeux des autres depuis son enfance, mais inoffensif. De l’autre, Chihiro, jeune femme mariée, avec un enfant, vivant dans une gigantesque maison dans une petite ville portuaire tranquille. La vie rêvée en soit ? Sauf que quand Naoto retrouve la jeune femme après 11 années de silence, elle a changée. Et pour cause, la jeune femme passe son temps dans sa maison, subissant les sévices physiques et psychologiques de son mari, passant inaperçus aux yeux du monde extérieur. Mais Naoto sait, pour la bonne et simple raison qu’il ouvre un magasin de poisson juste devant la maison du couple avant d’espionner Chihiro. Appareil photo posté à l’étage et donnant sur la chambre pour commencer, en mode Brian De Palma, avant d’aller plus loin, de faire un double de la maison d’y entrer, de laisser des fleurs pour la demoiselle le 10 de chaque mois, mais également, comme le titre l’indique, vivre dans l’intimité du couple en étant directement caché sous leurs yeux, sous le lit. Il sera donc aux premières loges lors de leurs ébats sexuels, souvent violents et pas toujours consentants, et lors de nombreuses violences conjugales. La jeune femme n’est heureusement pas stupide et s’aperçoit que quelque chose cloche, elle se sent observée, et malgré sa fragilité psychologique (et physique, aussi), elle sait bien qu’un intrus est là. Le mari aussi aura des doutes, ce qui le fera redoubler ses actes violents. Under Your Bed respire la joie de vivre. Entre un héros voyeur, pervers, et finalement la majeure partie du temps incapable d’agir (il semble parfois souffrir pour Chihiro, a de multiples occasions de faire quelque chose, mais non), se montrant donc impuissant, Chihiro qui elle subit les actes de son mari et finalement reste sans rien dire, sous peine de coups supplémentaires… sans doute pour se protéger elle-même, et son enfant. Et bien sûr, le mari, homme qui ne semble être là que pour battre et abuser de Chihiro.

Oui ça respire la joie de vivre et la bonne humeur. Heureusement, Asato Mari tente de jouer un numéro d’équilibriste avec son métrage et ses personnages, et malgré quelques moments discutables qui vont sans doute un peu trop loin, notamment dans la dernière demi-heure, elle y parvient étonnement assez bien. Les moments parfois horribles sont parfois succédés de moments beaucoup plus simplistes et silencieux, immobiles, et étonnement, beaux. Elle nous dépeint des personnages tous en marges de la société, entre la femme qui se tait et encaisse, le pervers voyeur silencieux et l’homme abusif, mais parvient à nous faire prendre en sympathie Naoto. Et ça, c’est clairement fort, car aux premiers abords, il n’a rien de sympathique. Ne parlant quasiment pas, subissant certains événements, en provoquant d’autres (certes par accident), voyeur et pervers. La réalisatrice du coup parvient à certains instants à rendre quelques moments, que ce soit des flashbacks, des moments fantasmés ou autres, plutôt beaux. Ces moments, silencieux, lents, limite contemplatifs, sont une des réussites de l’œuvre. Ces moments où le temps semble tout simplement s’arrêter, comme lors de cette scène finale, arrêtant le film pile au bon moment, et prouvant une nouvelle fois que savoir conclure son film, c’est très important. Il est donc dommage qu’à côté, la réalisatrice insiste par moment un peu trop sur des moments durs, notamment en ce qui concerne le mari. Certes, cela le rend détestable, et c’est sans aucun doute l’effet voulu, mais était-il utile d’aller aussi loin ? Peut-être pas, même si encore une fois, l’effet voulu fonctionne, et cela donne également plus de beauté aux instants qui précédent, ou suivent. Mais cela ne retire en rien le côté un brin gratuit et donc provocateur de certains plans. C’est clairement dommage, car le film oublie alors lors de ces moments certes courts la subtilité du reste du métrage. Sans pour autant endommager l’œuvre de manière générale, qui reste donc une excellente surprise.

Les plus

Deux acteurs principaux excellents
Quelques moments silencieux très beaux
Le meilleur film de Asato Mari
La plupart du temps, assez subtil

Les moins

Ça va parfois un peu loin ?
Quelques plans gratuits inutiles

En bref : En voilà une excellente surprise. Asato Mari sort enfin totalement du cinéma de genre pour livrer un drame pervers sur le voyeurisme, les abus, la solitude. Tout n’est pas parfait, et elle cède parfois à la facilité et la gratuité, mais n’en oublie pas de rendre les personnages attachants et de livrer aussi des moments calmes très beaux.

2 commentaires

    1. Oui, notamment sur la fin, tu as l’impression que ça veut aller encore plus loin pour faire passer le message, alors qu’il est déjà clairement passé. Mais ça reste un très bon film quoi qu’il arrive.

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