INVISIBLE MAN de Leigh Whannell


INVISIBLE MAN

Titre original : The Invisible Man
2020 – Etats Unis / Australie / Canada
Genre : Horreur
Réalisation : Leigh Whannell
Musique : Benjamin Wallfisch
Scénario : Leigh Whannell

Avec Elisabeth Moss, Oliver Jackson-Cohen, Harriet Dyer, Aldis Hodge, Storm Reid, Michael Dorman et Benedict Hardie

Synopsis : Cecilia Kass est en couple avec un brillant et riche scientifique. Ne supportant plus son comportement violent et tyrannique, elle prend la fuite une nuit et se réfugie auprès de sa sœur, leur ami d’enfance et sa fille adolescente. Mais quand l’homme se suicide en laissant à Cecilia une part importante de son immense fortune, celle-ci commence à se demander s’il est réellement mort. Tandis qu’une série de coïncidences inquiétantes menace la vie des êtres qu’elle aime, Cecilia cherche désespérément à prouver qu’elle est traquée par un homme que nul ne peut voir. Peu à peu, elle a le sentiment que sa raison vacille…

Parmi l’écurie Blumhouse et leurs bien trop nombreuses productions chaque année, il y a quelques réalisateurs qui sortent du lot, ou du moins, affirment un style. James DeMonaco avec ses American Nightmare même si ça s’essoufflait déjà dans le 3, Jordan Peele avec Get Out et Us qui étaient sympathiques à défaut d’être révolutionnaires, et il y a bien entendu James Wan et Leigh Whannell. Après avoir signés ensembles les deux premiers Insidious, Wan part sur la saga Conjuring, tandis que Whannell continue de son côté la saga Insidious, en scénarisant les opus 3 et 4, et en réalisant le troisième. Mais plutôt que de s’enfermer dans la saga, il la quitte (comme il l’avait fait après le troisième opus de la saga Saw), écrivant entre temps la comédie horrifique Cooties où il tiendra un rôle aux côtés d’Elijah Woods, et surtout, il écriera et réalisa le très sympathique Upgrade, film de vengeance dans un univers de science fiction ultra bien troussé vu son pauvre budget. Du coup, voir Leigh Whannell pour son nouveau métrage nous donner son interprétation de l’homme invisible, inventé par Wells en 1897, c’était plutôt intéressant comme concept. L’homme invisible, on en a bouffé au cinéma, et pas mal de réalisateurs s’y sont frottés, depuis les débuts du cinéma d’ailleurs. On retiendra, pour des raisons diverses, surtout la version de James Whale (excellente), celle que John Carpenter livra (très mauvaise mais ayant permis la rencontre entre Big John et Sam Neill pour accoucher peu de temps après de l’Antre de la Folie), ou encore celle de Paul Verhoeven (sympathique bien qu’imparfaite), qui a même eu droit à une suite DTV. Whannell se retrouve avec un budget de seulement 7 millions de dollars, une liberté totale, et l’excellente Elisabeth Moss pour le rôle principal. Résultat des courses, plus de 100 millions au box office malgré une exploitation arrêtée nette pour cause de petit virus. Alors, est-ce que le film mérite son gros succès (annonçant probablement une suite connaissant le studio) et les excellentes critiques que l’on peut lire un peu partout ?

Et bien, ce n’est pas parfait, et le film souffre notamment d’un dernier acte assez faible, mais ça reste très sympathique. The Invisible Man fonctionne même à merveille lorsqu’il part dans l’épuration et l’économie de moyen, ce qu’il fait très bien durant toute la première heure, comme le prouve cette scène d’ouverture, simple, sans musique, de nuit, filmée simplement, et laissant ainsi l’actrice Elisabeth Moss (Mad Men, The Handmaid’s Tale) s’exprimer par le mouvement. On la découvre donc, tentant de fuir de nuit la maison de son petit ami, et il n’en faut pas plus pour placer le concept, nous savons tout de suite ce qu’il se passe. Le silence devient lourd, Whannell prend plaisir à faire durer ses plans et ses scènes, jusqu’à l’évasion de la jeune femme. Premier excellent point pour le métrage, outre son ambiance maitrisée, c’est clairement l’adoption du point de vu de la victime, et non de la personne devenant invisible, ce qui est finalement assez rare dans les adaptations de ce mythe, qui cherche généralement plus souvent à en mettre plein la vue avec des effets spéciaux (oui, même le bon Hollow Man de Verhoeven cédait à cette facilité). Rien de tout ça ici, économie de moyen, mais sans que cela dérange. Le premier vrai effet spécial, il mettra un temps fou à arriver en réalité. Et cette rareté dans les effets, autant spéciaux vis-à-vis de l’invisibilité que dans la violence, cela décuple l’effet désiré. Quand à l’histoire, si elle s’avère en soit très simple, elle reste plutôt bien écrite, et les thèmes abordés, d’actualité (ah les polémiques, le féminisme, tout ça), sont plutôt abordés pour servir le film plutôt que pour devenir l’unique propos du film, ce qui serait alors devenu lourd. On se souvient après tout du message lourdingue, à côté de la plaque, et finalement détestable d’un certain remake de Black Christmas sorti fin 2019, sans doute le pire film de l’année, et un des pires remakes existants, rien que ça. Ça tombe bien d’ailleurs, le film était également produit par Blumhouse. Mais encore une fois, Whannell n’appuie pas lourdement et fait passer la pilule.

Niveau mise en scène, il soigne l’ensemble, notamment dans les scènes sombres, et livre de très beaux mouvements de caméra, mais on pourra également signaler un rendu parfois assez terne. Reste que certaines scènes fonctionnent à merveille, comme celle dans le grenier, ou tout simplement une scène de meurtre, survenant sans prévenir, et donc créant chez le spectateur l’effet voulu, la surprise. Il est du coup très dommage de voir un dernier acte beaucoup moins convaincant que le reste, beaucoup plus musclé et sanglant également, avec de bonnes scènes malgré tout (l’hôpital, avec quelques mouvements de caméra rappelant Upgrade) mais une finalité qui rappelle malheureusement un peu trop certains épisodes de la saga Saw justement, avec une petite accumulation de twists pas toujours bienvenus. Car il faut bien l’avouer, The Invisible Man, aussi sympathique soit-il dans l’ensemble, pèche vraiment par son dernier acte, mais surtout, il dure tout de même 2h05, ce qui est long et ambitieux pour un petit film de genre, d’ailleurs le plus long de son réalisateur, autant dans ce qu’il réalisé que ce qu’il a écrit. Il tente d’en faire trop et se mord un peu la queue pour le coup. Il y a ici une certaine volonté de vouloir surprendre le spectateur plusieurs fois de suite. Et si certains twists s’avèrent au final plutôt prévisibles, d’autres le sont beaucoup moins, mais fonctionnent également moins tant ils semblent un peu précipités, voir tirés par les cheveux, et c’est dommage, le métrage aurait sans doute du rester dans la sobriété de ce qui précédait, avec un contenu classique mais finalement solide. On ne lui en aurait aucunement voulu de faire ça au final. Car il y a déjà quelques facilités scénaristiques dans le métrage, mais rien qui ne vient entacher le rythme ou sa propre logique. Après, de la part de Blumhouse, ça reste efficace, et l’ambiance ainsi que la tension fonctionnent la plupart du temps.

Les plus

Elisabeth Moss, excellente
L’ouverture, silencieuse et lourde
La majeure partie du temps, efficace et solide
Quelques excellentes scènes

Les moins

Un peu trop long (2h05)
Une dernière partie un peu ratée

En bref : Une nouvelle version de l’homme invisible, cette fois-ci vue du point de vu de la victime (excellente Elisabeth Moss) et réalisée par Leigh Whannell (Upgrade). Quelques facilités et moments moins convaincants (le final) mais ça reste plutôt sympathique et bien construit.

2 commentaires

  1. Raté avant le confinement, failli le voir à la réouverture des cinés (et puis j’ai changé de plan), je crois que je n’y couperai pas en DVD.
    Néanmoins, toit ce que tu dis sur le discours d’arrière plan m’inquiète un peu. Blumhouse semble, depuis quelques années maintenant, vouloir donner dans le film à message, sans doute un moyen de se donner une légitimité, de redorer son blason (c’est sur que dans Paranormal Activity fallait chercher loin pour le trouver). Le fait d’y aller de manière systématique et avec de gros sabots aurait plutôt tendance à m’agacer. Mais je tenterai quand même.

    1. Ce qui est ironique, vu qu’à côté, Blumhouse continue de sortir tous les ans des films d’horreur pour djeuns absolument ratés et détestables (Fantasy Island en début d’année, le pire film de 2020 pour le moment pour moi). Après, est-ce qu’ils laissent la liberté aux réalisateurs de faire ce qu’ils veulent ? Vu les bas budgets, cela me semble possible, surtout que dans ce genre de film qui veulent avoir un message, le réalisateur est souvent aussi le scénariste.
      Mais Invisible Man reste sympathique, perso c’est vraiment la durée qui m’a dérangé, ça s’étire dans le dernier tiers. Ce qui n’était jamais arrivé avec Leigh Whannell, avec Insidious 3 ou Upgrade, c’était toujours la durée parfaite.

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