MON MON MON MONSTERS (報告老師!怪怪怪怪物!) de Giddens Ko (2017)

MON MON MON MONSTERS!
Titre original : Guai Guai Guai Guaiwu ! 報告老師!怪怪怪怪物!
2017 – Taiwan
Genre : Horreur
Durée : 1h52
Réalisation : Giddens Ko
Musique : Chris Hou
Scénario : Giddens Ko

Avec Deng Yu Kai, Kent Tsai, Eugenie Liu, Lin Pei Hsin, Carolyn Chen et James Lai

Synopsis : En séquestrant un monstre, des ados tyranniques ne se doutent pas de la sanglante réaction en chaîne qu’ils vont provoquer.

C’est en tombant par hasard sur une critique de Mon Mon Mon Monsters que j’ai commencé à m’intéresser au métrage de Giddens Ko. Et si le cinéma horrifique venant de la Chine continentale ou de Hong Kong est souvent synonyme de ratage, le cinéma de genre en provenance plus précisément de Taiwan lui par contre me plait beaucoup plus, comme l’a prouvé cette année Detention. Alors, que vaut Mon Mon Mon Monsters, film d’horreur Taïwanais à tendance humour noir cynique, film au titre assez improbable qui m’aurait sans doute fait fuir si je n’avais pas lu quelques avis dessus au préalable. Alors, vous prenez de l’humour, noir de préférence, vous y ajoutez deux monstres cannibales, du gore qui tâche, une réalisation et une photographie souvent très réussies, avec un fond qui rappelle fortement sur le même sujet le film The Woman de Lucky McKee mais transposé dans le milieu scolaire, et vous avez là le résultat. Alléchant ? Plutôt oui, si comme moi vous adorez le film de McKee. Là où McKee démontait les valeurs de la famille Américaine bien sous tout rapport, le métrage de Giddens Ko lui va défoncer le système éducatif et la jeunesse. Ou disons le clairement, l’humanité de manière générale. Il faut dire qu’en se penchant un peu sur le métrage et sa création, Giddens Ko sortait alors d’une affaire mise en avant par la presse people. Il a conçu le métrage alors comme un film lui permettant d’exprimer sa haine. Aucune surprise donc à ne trouver absolument aucun personnage qu’il est possible d’apprécier. D’un côté, Lin Shuwei, souffre douleur de la classe, et de l’autre, une bande de délinquants n’ayant aucun respect pour… pour pas grand-chose en fait. Alors qu’il se fait martyriser, Lin Shuwei va rejoindre un peu malgré lui la bande. Une façon comme une autre de ne pas se faire martyriser d’avantage dans le fond ? Oui, mais également une façon pour lui de laisser parler ses pulsions, de faire souffrir les autres à son tour. Une belle bande de héros. Et face à eux, annoncés par le métrage dés l’excellente scène d’ouverture, deux sœurs cannibales, qui ne parlent pas, qui bouffent des cœurs humain, se servent de leurs griffes pour déchiqueter leurs proies.

Rapidement, on comprend qu’avec un tel titre, les monstres du film ne sont pas ceux que l’on croit dés le départ. Certains tuant par nécessité, pour survivre, ou pour se nourrir, alors que d’autres tuent, se moquent, frappent les autres, juste pour le fun. Le fond n’est pas nouveau, et aurait même être plus approfondi, mais néanmoins, la démarche nihiliste du réalisateur fait du bien et amène un côté sombre à l’œuvre. Alors qu’au départ, passé sa splendide scène d’ouverture, prouvant que le gore doit être bien filmé pour servir le film, on a souvent plus l’impression que l’on va se retrouver devant une comédie assez lourde. L’on découvre notre héros se faisant martyriser en classe, face aux élèves, et avec une prof impuissante beaucoup plus intéressée par ses croyances que par le calme dans sa classe. Pourtant, c’est ici au service du ton général, sombre mais débordant d’ironie, de grotesque dans ses situations et dans ses personnages. Des personnages qui ne sont pas des anges donc, qui se moquent de tout. Notre héros va pourtant rejoindre la bande, au départ contre son gré, alors qu’ils sont tous punis et doivent faire du service communautaire. Ce qui, après s’être moqués de quelques personnes âgées, leur donne l’idée de venir les voler la nuit, avant de tomber nez à nez avec les autres monstres du métrage, qui n’en ont finalement que l’apparence. Et c’est là qu’ils capturent un des monstres, sans trop savoir pourquoi ni quoi en faire, juste car… ils le peuvent, et peuvent ainsi s’amuser à la torturer, à expérimenter sur le monstre, quand ils comprennent qu’elle ne supporte pas le soleil, ou que son sang n’est pas comme le notre. Pendant toute la première heure, nos personnages ne font qu’expérimenter, faire les débiles, provoquer l’autorité (leur prof). Ce qui amène à la première grande scène du métrage, celle du gymnase. Il est intéressant de noter que dans sa quête, le réalisateur ne donne raison ou tort à personne. Tous les personnages sont détestables.

Notre bande de héros fait des actes impossibles à excuser. Les monstres cannibales, nous ignorons tout sur eux, et nous ne les voyant, libres, que tuer, ou capturés, que subir. Quand au système éducatif, il n’est pas mieux, la prof ne pensant qu’à ses intérêts, et n’hésitant pas à rabaisser chacun de ses élèves quand cela devient nécessaire pour elle. Quand au personnage principal, il aura beau tenter de dire qu’il est différent, de se justifier, comme pour se rassurer lui-même, mais c’est trop tard, sa plongée avec la bande aura révélé, à lui-même et aux autres, sa vraie nature. Il ne vaut pas mieux. Et l’horreur dans tout ça ? J’y arrive j’y arrive ! Comme je l’indiquais pour la scène d’ouverture, Giddens Ko semble comprendre que le gore à répétition ou filmé avec les pieds ne fonctionne pas (ou ne fonctionne plus). Il retarde donc l’inévitable, avec une première heure relativement calme, avant que les événements, passé la scène choc du gymnase (prouvant encore une fois que l’humain est pourri et préfère rire du malheur et de la douleur des autres), ne s’accélèrent, en montrant simplement la quête d’une des cannibales pour retrouver sa sœur captive. Et comme sa seule piste sera les élèves de ce lycée, et bien ils vont devoir tous y passer. Le réalisateur trouve même un équilibre, très fin, entre le choc des situations, des images, de son propos, et le grotesque du ton, son humour, et donc un ton parfois jubilatoire. Un équilibre fragile, à coups de massacre aux giclées de sang XXL où vient se mélanger de la pop douce et un ton noir et grotesque de sale gosse. En résulte quelques scènes sanglantes au possible, et marquantes, comme la scène du bus, ou celle de la salle de classe. On aurait sans doute aimé plus de rebondissements, ou un propos parfois plus nuancé, mais Mon Mon Mon Monsters fait du bien par où il passe.

Les plus

Noir et nihiliste
Grotesque et plein de second degré
Du gore qui tâche et bien fichu
Un propos intéressant qui rappelle The Woman
Entre film d’horreur, film social et comédie

Les moins

Le propos peu nuancé
Aucun personnage sympathique, ce qui ne plaira pas à tous

En bref : Penchant Taïwanais de The Woman, avec un ton aussi noir, mais beaucoup plus d’humour, de pop, et de sang, Mon Mon Mon Monsters est une très bonne surprise, pas parfaite, mais où l’on jubile à suivre ces personnages détestables. Aussi noir que léger, gore que grotesque, pop que social.

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