LADY SNOWBLOOD 2 : LOVE SONG OF VENGEANCE (修羅雪姫 怨み恋歌) de Fujita Toshiya (1974)

LADY SNOWBLOOD 2 : LOVE SONG OF VENGEANCE
Titre original : Shurayukihime – Urami Renka – 修羅雪姫 怨み恋歌
1974 – Japon
Genre : Chanbara
Durée : 1h29
Réalisation : Fujita Toshiya
Musique : Hirose Kenjiro
Scénario : Osada Norio et Ohara Kiyohide

Avec Kaji Meiko, Itami Juzo, Yoshiyuki Kazuko, Harada Yoshio, Kishida Shin et Abe Toru

Synopsis : Après sa terrible vengeance, Yuki est arrêtée par la police, jugée et condamnée à être exécutée. Mais lors du trajet devant la mener à son funeste destin, elle est secourue par la police secrète qui la libère dans le but de l’envoyer assassiner des révolutionnaires.

Le premier Lady Snowblood est un film que j’adore, voir un de mes films cultes des années 70, et il m’avait permis de découvrir Kaji Meiko, également une de mes actrices préférées de ces années là, avec un bon nombre de films cultes (pour Fukasaku notamment) et de rôles cultes (Lady Snowblood, et Sasori surtout). Mais je n’avais jamais vu ce second Lady Snowblood. Peut d’être déçu sans doute, il faut dire que la saga ne compte que deux opus, et que l’histoire du manga avait été racontée dans le premier film, la vengeance de Yuki était accomplie. Mais voilà, Sasori, pour Kaji Meiko en tout cas, c’était terminé depuis 1973, année du premier Lady Snowblood, avec un quatrième opus en dessous des trois premiers (et réalisé ce coup-ci par Hasebe Yasuharu) mais malgré tout sympathique. Son rôle le plus iconique était achevé, tout comme la saga Stray Cat Rock (les 4 films sont sortis entre Mai et Novembre 1970). L’actrice reprend donc le rôle de Yuki dés 1974 pour cette suite, qui est, il faut bien le dire, largement inférieure au premier film, tout en bénéficiant du même soin, du moins dans le visuel, Fujita Toshiya rempilant à la mise en scène. Rien à dire d’ailleurs à ce niveau là, la mise en scène est toujours excellente, et c’est toujours un plaisir de retrouver l’actrice. Là où ça coince, c’est plus au niveau du scénario, qui a pourtant des ambitions et des éléments intéressants, mais qui s’avère bien moins prenant que le premier film. Sa vengeance accomplie, Yuki est arrêtée et doit être exécutée. Le début du film commence fort, et fait bien le lien avec le premier. Nombreux sont ceux qui veulent arrêter Yuki, et toujours dans de longs plans séquences filmés caméra à l’épaule, la jeune femme va trancher des hommes, offrant de la violence pure et dure, parfois épurée, parfois grotesque.

Mais voilà, la jeune femme est condamnée, dépose le sabre, mais se voit libérée par la police secrète qui lui donne une mission en échange de sa vie : celle de surveiller et d’éliminer des révolutionnaires. Ce qui coince aux premiers abords, ou du moins, donne moins de force aux événements, c’est clairement que les motivations de Yuki sont moins personnelles. Elle ne cherche pas à se venger. Elle obéit à des ordres pour échapper à la peine de mort. S’il n’y avait qu’au niveau des motivations. Le souci d’un tel scénario, c’est qu’après la vengeance pure et dure, ultra rythmée et clairement d’exploitation du premier film, Lady Snowblood 2 se fait moins intéressant, tout en étant, paradoxalement, plus développé dans le fond, se permettant clairement une critique sociale, notamment envers les forces de l’ordre. C’est intéressant oui, sans doute plus profond que le premier film, mais plus déséquilibré également. Le premier point qui fâche, malgré la prestance de l’actrice, c’est clairement que Yuki ne peut être vue pendant les 3 quarts du temps que comme un personnage secondaire du métrage, et surtout extérieur à l’intrigue. Durant toute la première moitié en tout cas. Il faut attendre un peu plus de la moitié du métrage pour que Yuki change, et prenne parti pour ceux qu’elle devait éliminer, et se retrouve alors un rôle clairement plus actif au sein de l’intrigue, et reprenne le sabre. Là où dans le premier, les affrontements sanglants étaient au service de l’évolution du personnage, et de l’iconification de ce personnage, le tout avec poésie, ici, les affrontements seront clairement au service de l’intrigue, et donc, du discours social de celui-ci.

Discours qui, bien que transposé à l’ère Meiji, est plutôt représentative du climat du Japon dans les années 70, et donc un discours actuel à la sortie du film. Et malheureusement, toujours d’actualité, pas forcément au Japon d’ailleurs, mais dans le monde, à savoir une certaine élite qui contrôle la police et le peuple dans le seul but de servir leurs intérêts, de faire prospérer leurs affaires. Certaines scènes sont assez troublantes d’ailleurs, comme lorsque la police parvient à capturer un révolutionnaire, et le contamine volontairement avec la peste, dans le but bien entendu d’étendre la contamination sur un quartier pauvre. Et quand la situation leur échappe, pas d’hésitations, il faut brûler intégralement le quartier. Je l’ai dit, le fond du métrage est passionnant, au sein du métrage mais également comme reflet de notre propre société. Mais en faisant de Lady Snowblood 2 un film à message social et politique, l’équipe oublie quelque peu la force du premier film, sa poésie macabre, ces affrontements sanglants et pittoresques. Il faut en quelque sorte attendre le final pour retrouver alors la folie du premier film, un peu tardivement. Pas de surenchère dans l’action ici, le tout est réellement condensé dans sa toute dernière partie, quitte à décevoir. Un tel choix est à saluer en tout cas, le film ne reprenant pas à l’identique la formule du premier film, n’hésite pas à évoluer, dans ses enjeux, mais le résultat est déséquilibré, dans son action, son rythme, jusqu’à ses personnages principaux. Dommage. Mais après tout, la vengeance ayant toujours été la seule raison de vivre de Yuki, elle terminait l’aventure du premier film vide, sans but, sans… sans âme finalement. Ce second opus lui en trouve une.

Les plus

Un développement intéressant
Les thèmes sociaux et politiques du film
Fujita livre toujours une belle mise en scène
Kaji Meiko juste toujours sublime
Le final plein de rage

Les moins

Yuki, en arrière plan la plupart du temps
Moins généreux en affrontements
Bancal dans son rythme

En bref : Lady Snowblood 2 continue le périple de Yuki, mais ironiquement, la place en arrière plan pendant plus de la moitié de son intrigue. De film de vengeance, cette suite devient une charge politique sur les inégalités sociales. Le sang coule toujours à flot bien que moins fréquemment, et demeure fort sympathique, sans avoir l’aura du premier film cependant.

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