PLANETE HURLANTE de Christian Duguay


PLANETE HURLANTE

 
Titre original : Screamers
1995 – Canada / USA / Angleterre / Japon
Genre : Science Fiction
Réalisation : Christian Duguay
Musique : Normand Corbeil
Scénario : Dan O’Bannon et Miguel Tejada-Flores

Avec Peter Weller, Roy Dupuis, Jennifer Rubin, Andrew Lauer, Charles Edwin Powell, Ron White, Michael Caloz et Liliana Komorowska

Synopsis : 2078, sur la planète Sirius 6B, alors que la guerre fait rage depuis 6 ans entre le NBE et l’alliance des mineurs depuis l’apparition de radiations dans les mines de Bérynium, un soldat arrive dans les quartiers de l’alliance pour livrer un message avant de se faire déchiqueter par un Hurleur, une créature mécanique souterraine. Joe, le colonel de l’alliance, récupère le message, qui était une demande de paix entre les deux factions, et entreprend avec un soldat un voyage dans les terres désolées en direction du camp ennemi…

Ah Planète Hurlante, voilà un film de ma jeunesse, découvert lors de sa première diffusion sur Canal +, sans doute en 1997 ou 1998, ça ne nous rajeunit pas. Un film que j’avais immédiatement apprécié pour son univers bien entendu, mais aussi pour ses créatures. Il est donc temps de voir aujourd’hui, plus de 20 ans après, si ça tient toujours la route. Et vous savez quoi ? Et bien si forcément on peut aujourd’hui sourire devant quelques effets spéciaux sans doute bien trop ambitieux pour le budget du film (une coproduction entre les Etats Unis, l’Angleterre, le Japon et le Canada pour 11 millions de dollars de budget, pour un film se déroulant sur une autre planète, dévastée, et avec des créatures mécaniques souterraines), Planète Hurlante conserve un charme certain. Adaptation libre d’une nouvelle de Philip K. Dick tout en délocalisant l’intrigue sur une lointaine planète, Sirius 6B donc, il faut dire que l’intrigue de base devait être modernisée, tout simplement déjà car Planète Hurlante date de 1995. Impossible de conserver une intrigue se déroulant sur une Terre dévastée par les conflits entre les Américains et les Russes alors que la guerre froide s’est achevée quelques années plus tôt, que l’URSS n’est plus. Et puis, placer l’intrigue sur une autre planète, c’est tout de suite plus vendeur. Mais outre cette délocalisation finalement assez logique, Planète Hurlante reprend assez fidèlement le cheminement de la nouvelle, ces thématiques, des points importants de l’intrigue et j’en passe. Il faut dire qu’au scénario, on trouve un certain Dan O’Bannon, un habitué autant de Dick que de la science fiction, puisqu’il avait adapté Total Recall pour Paul Verhoeven, et que dans le domaine de la SF, il avait écrit Alien pour Ridley Scott, mais aussi Lifeforce et L’Invasion Vient de Mars pour Tobe Hooper. L’homme de la situation donc. Derrière la caméra, un homme qui a immédiatement notre capital sympathie, le réalisateur Québécois Christian Duguay, aujourd’hui plus connu du grand public pour des films comme Jappeloup avec Guillaume Canet, ou son téléfilm sur Jeanne D’Arc avec Leelee Sobieski en 1999, mais qui revient de loin. En effet, sa carrière de réalisateur, après quelques épisodes de séries TV, avait débuté en 1991 avec Scanners 2.

Oui, il avait osé, 10 ans après, faire la suite du film culte de David Cronenberg. Et si forcément 10 fois moins bien que l’original, le film avait été fait avec assez de sérieux pour être une très sympathique série B avec David Hewlett (Cube, Splice, La Forme de l’Eau, lui aussi il revient de loin). Mais revenons donc à Planète Hurlante, film de science fiction à petit budget qui a eu toutes les peines du monde à se faire. Pour preuve, le premier jet du scénario a été signé par O’Bannon en 1981. Oui, 14 ans avant la réelle production du métrage. Entre temps, un autre scénariste est arrivé, et si le scénario d’O’Bannon n’a finalement pas été touché, ce sont les dialogues qui furent réécrits. Planète Hurlante donc, c’est une planète pas très accueillante, pourrie par les radiations, un climat pas très accueillant non plus, le tout avec des ruines partout, avec deux factions qui se font une guerre depuis des années, mais qui à présent passent juste leur temps dans des bunkers pour éviter les hurleurs (Screamers en VO, comme le titre original), des bestioles mécaniques qui finalement, ne font pas la distinction entre les camps et attaquent donc tous les humains. Sortir, c’est dangereux, dans ce cas là, mieux vaut être confiné. Ah tiens, ça me rappelle quelque chose le confinement… Le souci, c’est que notre personnage principal, le colonel Joe Hendricksson, joué par nul autre que le grand Peter Weller, va devoir avec un soldat traverser ses terres désolées afin de rencontrer le camp ennemi et accéder peut-être enfin à une trêve, et donc, la possibilité pour lui et ses troupes de retourner sur Terre après toutes ces années. Seulement en cours de route, ils vont apprendre des choses pas très jolies, comme l’abandon des troupes sur Sirius 6B par l’armée qui leur envoi d’ailleurs des messages holographiques datés, et surtout que les fameux Screamers ont trouvé un moyen de se créer eux-mêmes, et d’évoluer. Mais pas la petite évolution entre Windows 95 et Windows 98 non, imaginez plutôt l’évolution entre l’Atari 2600 et une Playstation 4. Soit des robots créés pour tuer, oui, mais à l’apparence humaine, allant jusqu’à savoir interagir avec les autres et leur environnement, pour pouvoir entrer dans des bunkers et faire des carnages.

Voilà bien là une thématique intéressante qui se pose rapidement : qui est humain ? Qui est une machine essayant de paraître humain ? Si au début la frontière paraît facile à délimiter, ce sera moins le cas lorsque notre super héros découvre qu’entre les modèles qu’ils connaissent déjà se cache un autre modèle totalement inconnu. Le suspense fonctionne dans Planète Hurlante. Le rythme est plutôt posé, les attaques rares mais du coup fonctionnent, tout comme la découverte de chaque nouveau modèle de Screamers, la réalisation de Christian Duguay est solide et sait mettre en valeur les beaux décors et parfois des matte painting réussies. Les premiers modèles de robots, lorsqu’ils sont visibles, ont de la gueule avec de l’animation image par image qui a toujours un charme fou, et on peut saluer le casting, efficace malgré des personnages finalement au choix clichés ou simplistes. Notons d’ailleurs la présence à l’écran de Jennifer Rubin, qui restera pour beaucoup toujours la femme mourant avec les piqures dans Freddy 3. En réalité, Planète Hurlante souffre avant tout de son manque flagrant par moment de budget pour une telle œuvre, ou d’une certaine maladresse dans certains effets spéciaux. Parfois, ça a de la gueule, c’est ultra crédible, et à d’autres, c’est bien moins convaincant, on sent le détourage un peu hasardeux ou l’effet informatique qui en est encore à ses débuts et peine à convaincre pleinement. Pourtant parfois, on ne peut s’empêcher de penser qu’on aurait aimer les voir un peu plus souvent ces créatures, ce modèle 1. Ils sont censés provoquer la peur, empêcher les humains de sortir, mais finalement, nous les verrons assez peu, sans doute faut de budget, c’est dommage. Et puis il y a ce final, un peu raté. Alors que le film met le paquet 20 minutes avant la fin, il se laisse aller à la facilité, en multipliant les twists souvent assez prévisibles et en nous mettant quelques combats assez mous, autant dans leur exécution que dans leur mise en image. Mais Planète Hurlante garde ce capital sympathie. Pour son univers réaliste auquel on arrive à croire, son ambiance froide, ses idées, son scénario qui ne fait pas de gros faux pas sauf sur la fin. C’est parfois maladroit, on peut en attendre bien plus avec un tel concept, mais ça reste hautement sympathique.

 

Les plus

Une bonne ambiance
Un concept bien sympathique
De beaux décors
Peter Weller

Les moins

Quelques effets ratés
Le final, en dessous du reste

 

En bref : Film de SF se voulant avant tout sérieux et réaliste, Planète Hurlante a un beau concept, des idées, une ambiance réussie, son univers est crédible. Il souffre de quelques maladresses, dans son scénario, ou dans quelques effets, mais ça reste hautement sympathique, voir par moment très bon.

8 commentaires

  1. Découvert comme toi sur C+ je crois, à l’époque de sa diffusion. J’aime beaucoup ce film, moi aussi. Je l’ai revu il y a peu de temps comme tu le sais. Super ambiance, super Peter Weller, des effets spéciaux pas terribles mais le principal est là : en faisant un petit effort on y croit, on s’immerge dans l’univers du film. Tu critiques les twists mais il y a quelques trucs qui ont vraiment fonctionné pour moi – je ne dirai pas quoi pour ne rien divulgâcher. Est-ce que la fin est ratée ? Pour moi pas vraiment, moins bonne que le reste, sans doute comme tu l’as bien précisé. Mais le plan final demeure plutôt bien pensé.

    1. La bonne époque de C+ ^^ Je ne sais plus si c’était diffusé dans le Quartier Interdit par contre, là ça date trop pour que je sois sûr à 100%. Mais ce n’était pas M6, c’est sûr, les jeudis de l’Angoisse étaient déjà mourants il me semble lors de la sortie du film, donc peu de chances d’y voir un film aussi récent à l’époque.

      Pour les twists, c’est vrai que j’en trouve certains prévisibles ou un peu faciles. Est-ce après du car en revoyant le film, j’ai forcément un peu plus de « bouteille » maintenant sur ce genre de film, sur la construction générale des récits ? Ou bien des bribes de souvenirs qui me revenaient lors de la nouvelle vision ? Je l’ignore. Là c’est purement subjectif je pense. Mais oui le final, pas mauvais en soit, mais en dessous du reste je trouve. Et tout ça me fait penser que dans un coin traîne sa suite DTV chez moi…..

  2. I watched this as a kid in the 90s too and I remember that the atmosphere was so strong and the tone was really desolate and hopeless. I’ve been thinking of re-watching it lately just to get more of the story.

    Great review. Thanks for the background on the film.

    1. Welcome to the club, it seems we all discovered this little film back in the days!
      It really works even now. Of course it’s a little cheap from time to time, but it’s not the important here, as you mentioned, the atmosphere does all the work.

      Maybe one day, I’ll be strong enough to try SCREAMERS 2… One day…

  3. Je rejoins le club des amateurs de ce « Screamers », considéré par bon nombre comme une des adaptations les plus fidèles à l’esprit de PK Dick. On y retrouve d’ailleurs une thématique assez proche de « Blade Runner », avec des moyens bien plus modestes évidemment. Les vieux effets spéciaux ne me dérangent pas, bien au contraire, ils me rappellent le charme d’autrefois, quand Bava investissait la « Planète des Vampires » ou lorsqu’on voyageait vers une « Planète interdite ».

    1. Et ça me fait grand plaisir de lire ça ! Je suis tombé récemment sur des avis en fouillant le net, pas mal de gens ne sont pas amateurs du métrage, lui reprochant un peu trop son côté fauché. Sans doute du d’ailleurs, avec un peu de recul, à une trop grosse ambition vu le budget (voir le nombres de scènes se déroulant en extérieur, et donc, avec forcément, de gros décors, matte painting, maquettes et compagnie). Mais ça a tellement son charme oui.
      D’ailleurs, LA PLANÈTE DES VAMPIRES, un des très rares Bava que je n’ai pas vu, il faudra réparer cette erreur ! (aucune excuse, je sais, je l’ai).

      1. J’aime beaucoup Bava oui. Pas tout, mais de manière générale. Je crois d’ailleurs qu’OPÉRATION PEUR est ou doit sortir chez nous en HD, faudra que je cherche ça !

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