RUNAWAY TRAIN de Andrei Konchalovsky (1985)

RUNAWAY TRAIN

Titre original : Runaway Train
1985 – Etats Unis
Genre : Suspense
Durée : 1h50
Réalisation : Andrei Konchalovsky
Musique : Trevor Jones
Scénario : Djordje Milicevic, Paul Zindel et Edward Bunker d’après Kurosawa Akira

Avec Jon Voight, Eric Roberts, Rebecca De Mornay, John P. Ryan, Kyle T. Heffner, T.K. Carter, Kenneth McMillian et Danny Trejo

Synopsis : Prisonnier multirécidiviste, Manny s’allie avec Buck, une jeune tête brûlée, pour s’évader d’une prison de haute sécurité en Alaska. Après une marche éprouvante, ils parviennent à une gare ferroviaire et montent à bord d’un train dont le conducteur décède, foudroyé par une crise cardiaque, peu de temps après avoir mis en route les machines. Les freins lâchent, la vitesse du convoi augmente alors progressivement et irrémédiablement ; le poste central d’aiguillage est désemparé et tente par tous les moyens de parer à la course folle du train.

Et voilà, on y arrive enfin. Un film produit par la Cannon qui ne soit pas un simple film d’exploitation, qui laisse son réalisateur faire ce qu’il doit faire avec un budget plutôt confortable de 9 millions, qui est favorablement reçu par les critiques, permet à Jon Voigh de gagner le Golden Globe du meilleur acteur, et qui malheureusement, fut un flop à sa sortie, ne récoltant que 7 millions en Amérique, et qui me permet de vous dire qu’à une époque, j’ai faillis signer pour être aiguilleur de trains, comme dans le film. Ouais, mieux vaut dire ça que de dire que je me suis évadé de prison non ? Il y a tant à dire sur Runaway Train, sur la qualité de sa mise en scène, la réelle tension qui se dégage de certaines scènes, sur son exceptionnel trio d’acteurs principaux, puisque Jon Voight, évadé et à bord d’un train qui n’a plus de freins, est accompagné d’un Eric Roberts tout jeunot et de Rebecca De Mornay. Ou encore que malgré le fait que je croyais que Hidden était le premier rôle, mineur et éclair de Danny Trejo en 1987, je m’étais trompé, puisque Runaway Train est son réel tout premier rôle, deux ans avant Hidden, et que justement, en 1987, il retrouvera la Cannon pour un autre petit rôle dans le Justicier Braque les Dealers (moins classe tout de suite), ce qui montre que la Cannon, en plus de récupérer des valeurs sûres vieillissantes (Bronson, Roger Moore, Roy Schneider), aura lancé des carrières, avec Trejo, Lundgren, Van Damme, mais aussi fait de Chuck Norris ce qu’il est, lui aura donné une image. Mais là je m’éloigne du sujet, et c’est partir dans la partie beaucoup plus simple à aborder de la fameuse société. Runaway Train donc, c’est l’histoire d’un prisonnier connu, réputé, aimé des siens, et détesté forcément d’un gardien, qui va tout faire pour lui pourrir la vie. Trois ans dans une cellule sans en sortir, tentative de meurtre en manipulant un autre prisonnier lors d’un match de boxe, et forcément, traque sans relâche lors de l’évasion de notre anti héros. Évasion plutôt simple il est vrai, mais de toute manière pas vraiment le cœur du récit, dans laquelle Manny, John Voight donc, embarque un peu malgré lui le jeune Buck, Eric Roberts.

Et ces deux prisonniers vont se retrouver à bord d’un train, à toute vitesse, sans chauffeur, dans le néant glacé d’Alaska, sans pouvoir faire freiner la bête. Nous allons donc alterner entre les scènes dans le train, entre nos acteurs rapidement rejoint par Rebecca De Mornay, présente elle aussi, qui vont parfois tout faire pour ralentir la bête, et les aiguilleurs, paniqués, qui vont tenter de limiter la casse, en libérant les voies par exemple, en changeant l’itinéraire du train. Simple, efficace, et nous amenant rapidement à une simple conclusion. Si dans les faits, le scénario est on ne peut plus simple, ce qui le fait fonctionner, ce sera clairement les personnages. Rendre les personnages attachants malgré leurs conditions d’évadés va grandement augmenter les enjeux, l’empathie du public pour eux, et donc, rendre les scènes de tension prenante, et pouvoir placer dans le récit des instants dramatiques qui fonctionnent. Et ça fonctionne, Runaway Train est clairement un petit bijou, qui a ses moments de bravoures, en plus d’être visuellement totalement maitrisé par Andrei Konchalovsky. Cela faisait des années qu’il devait tourner avec Jon Voight, sur un projet qui n’a jamais vu le jour, et les deux hommes sont en parti la raison de la réussite du projet, donc, chapeau. Et ce même si le projet Runaway Train n’est pas nouveau, puisqu’adaptant un scénario écrit dans les années 60 et devant être tourné par le grand Kurosawa Akira, qui y voyait là son premier film à tourner en couleurs, mais malheureusement, des soucis de météo puis de budget rendirent le film impossible. C’est au début des années 80 finalement que les détenteurs des droits du scénario viennent trouver Konchalovsky, qui parvient à séduire les présidents de Cannon avec le projet, qui le financent alors. On peut dire ce que l’on veut, mais ils ont eu du flair. Le plus amusant par contre est de remarquer qu’en 1975 au Japon, un film légèrement similaire fut filmé, The Bullet Train, avec un train lancé à pleine vitesse qui ne peut pas ralentir…sauf que la raison est différente, puisque le train a une bombe qui explose si celui-ci ralentit sous la barre des 80km/h. Tiens, cela ne vous rappellerait pas un certain Speed, mais avec un bus ?

Comme quoi, de nombreux heureux hasards peuvent survenir après un simple projet au départ avorté. Runaway Train, car il faut bien revenir au sujet de base, c’est dans le fond un huis clos, un film à suspense, diablement efficace et ce malgré sa durée de presque deux heures (1h50), et qui peut toujours impressionner aujourd’hui, lorsque l’on voit les acteurs, se tenant par la main, avec l’un d’eux, suspendu entre deux wagons de train, pour tenter de détacher un mécanisme et ainsi faire perdre de la vitesse à la bête. Runaway Train est réussi, dans son aspect impressionnant, puisque simple et réaliste, voir limite quasi documentaire par moment (c’était apparemment le but du réalisateur), mais aussi dans son aspect plus humain, dans les relations entre les personnages. Jon Voight, les dents cassées, la gueule légèrement déformée, est souvent impressionnant dans son rôle et porte clairement le film sur ses épaules, face à un Eric Roberts tout aussi bon. Ce qui rend les tensions et les quelques affrontements entre les deux personnages crédibles. Et ce jusqu’au final, génial, prenant, épique. Mais même dans ces moments plus anodins, Runaway Train parvient à maintenir la tension, comme lors de ces plans extérieurs sur le train lancé à pleine vitesse, sans jamais voir trop loin devant nous avec ce vent et cette neige, le tout avec une musique d’ambiance réussie signée Trevor Jones, qui avait déjà sur son CV Excalibur ou Dark Crystal, et qui reviendra plus d’une fois à l’ambiance pesante, notamment dans Angel Heart en 1987, Dark City en 1998 ou From Hell en 2001. Un grand compositeur souvent oublié. Runaway Train, c’est ça, une vraie réussite, un film à la fois impressionnant et humain, dont on oublie souvent malgré tout que sans les frères Golan et Globus de Cannon, qui ont cru au projet, financés l’ensembles, et bien il n’existerait pas, perdu dans leur catalogue, et sortant seulement deux semaines après leur autre production Allan Quatermain, et un mois seulement après Le Justicier de New York et seulement deux mois avant Delta Force. Incroyablement risqué et osé de leur part.

Les plus

Jon Voight et Eric Roberts, excellents
Réaliste et quasi documentaire
Une tension qui fonctionne
Le final
Impressionnant et humain à la fois

Les moins

Le triste échec commercial du film

En bref : Runaway Train, on peut clairement dire que c’est le premier film Cannon qui essaye de jouer dans la cours des grands, d’être un réel vrai bon film. D’autant plus dommage qu’il fut un échec. Pourtant, l’histoire simple est bien traitée, les acteurs sont géniaux, la mise en scène ingénieuse, quelques moments impressionnent.

2 réflexions sur « RUNAWAY TRAIN de Andrei Konchalovsky (1985) »

  1. Un film que j’adorais durant ma jeunesse. Je l’avais enregistré et me le repassais souvent. L’ambiance, le côté cru des personnages, ce final d’anthologie… J’ai vraiment envie de le revoir. Merci pour la critique, par exemple je ne savais même pas que c’était un film de la Cannon.

    Pour moi c’était tout simplement RUNAWAY TRAIN.

    1. Tu as eu de la chance, j’étais totalement passé à côté, pour je ne sais quelle raison.

      En tout cas, je te conseille vivement de le revoir. Et du coup, si un jour tu as le temps, et l’envie, le documentaire sur la Cannon, passionnant, très informatif, et réaliste. RUNAWAY TRAIN fait parti de ces petites perles que la Cannon a osé produire en donnant vraiment une liberté totale aux auteurs. Ce qui montre bien que malgré tous les nanars, les ratages, ils aimaient malgré tout le cinéma, voulaient de la reconnaissance, laisser leur marque. J’ai par exemple BARFLY avec Mickey Rourke qui a aussi excellente réputation venant de ce studio à voir. Et pareil, flop à la sortie.

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