DÉTOUR MORTEL : LA FONDATION de Mike P. Nelson (2021)

DÉTOUR MORTEL : LA FONDATION

Titre original : Wrong Turn
2021 – Etats Unis / Angleterre / Allemagne
Genre : Horreur
Durée : 1h49
Réalisation : Mike P. Nelson
Musique : Stephen Lukach
Scénario : Alan B. McElroy

Avec Charlotte Vega, Emma Dumont, Matthew Modine, Daisy Head, Bill Sage, Valerie Jane Parker, Tim DeZarn, Dylan McTee et Adain Bradley

Synopsis : Lors d’une randonnée dans la forêt des Appalaches, un groupe d’amis se retrouvent pourchassés par une mystérieuse communauté peuplant les bois.

Voir ce Wrong Turn (Détour Mortel) version reboot 2021 sortir m’a fait me poser de grosses questions existentielles (oui, encore une fois). La première et plus importante étant : Comment une saga comme Détour Mortel a-t-elle pu devenir culte et avoir des fans ? Non parce que Détour Mortel, l’original de 2003, on ne va pas se mentir, c’est un slasher efficace mais gentillet, prévisible, que l’on a déjà vu des dizaines de fois. Mais oui, efficace et filmé proprement, un film de cinéma donc, mais rien de nouveau sous le soleil. Même ses antagonistes, une famille de cannibales dégénérés, et bien, rien de nouveau, ce sont en gros les méchants de La Colline a des Yeux transposés dans un slasher pur jus. Et puis direct après, la saga part dans le DTV, avec un second opus beaucoup plus fun et sanglant, MAIS avec un rendu téléfilm hyper voyant et donnant presque un cachet amateur au métrage. Puis c’est la descente aux enfers, avec un pathétique troisième film, un quatrième moyen mais qui a au moins pour lui des décors enneigés et un peu de gore, un cinquième film sans intérêt puis un sixième enterrant la franchise bien profond tellement c’était mauvais. Comment ça c’est devenu culte donc ? Alors oui je sais, à cause de ses méchants, mais rien de nouveau, d’original, rien. L’idée d’un reboot intégral seulement sept années après le dernier film paraît donc étrange, mais pourquoi pas. Le scénariste du film original revient en plus pour l’occasion. Et on peut le dire, on a bel et bien affaire à un reboot et non un remake. Car finalement, outre le point de départ (des jeunes en forêt qui prennent la mauvaise route et qui vont crever), le reste n’a rien à voir, vraiment. Plus de tueurs défigurés et cannibales (et surhumains), mais place à une communauté vivant reculée dans la forêt et qui fait sa vie dans son coin, mais n’aime pas les intrus venus de la vilaine civilisation. Moi je dis, pourquoi pas, ce n’est pas comme si le film original était vraiment… « original » ou avait une idée marquante, ou même un concept qui méritait six films déjà. Wrong Turn version 2021 reprend donc la base anémique du film original et décide d’en faire autre chose. Et dans le fond, tant mieux, même si du coup, on peut aussi se demander l’intérêt d’appeler le film ainsi, si ce n’est pour attirer un fanbase déjà existante, et qui n’a donc pas forcément bon goût vu la qualité de la saga (je me moque un peu, mais chacun ses goûts, mais le six m’a vraiment achevé et reste un des pires slashers de la décennie passée).

Bref, alors cette version 2021 bien différente, qu’est ce que ça vaut ? Et bien ma foi, je m’attendais au pire, et c’était finalement sympathique. Pas de quoi se relever la nuit, ou bien renouveler le genre, ou même courir tout nu dans la rue en criant au vrai bon film. Le film est clairement découpé en deux parties, en plus de suivre deux temporalités différentes. Dans la première, nous suivons Jen et sa bande de potes que l’on nous vend comme intelligents (ils ont tous des diplômes ou des boulots respectables woohoo) qui partent en randonnée dans les montagnes et qui font prendre un mauvais tournant, ou un détour mortel, comme vous voulez l’appeler. Ce qui va les mettre nez à nez avec une communauté vivant dans les montagnes, au look tout à fait rassurant avec masques fait à partir d’os d’animaux. La routine dans l’Amérique profonde on vous dit. Dans l’autre temporalité, on suit Scott, le père de Jen, qui est à la recherche de sa fille car la jeune femme a disparue avec ses amis. D’ailleurs, c’est Matthew Modine (Full Metal Jacket) qui joue le père. Une structure assez classique et clairement faite ici pour nous mener sur des fausses pistes. On pense immédiatement que Jen et ses amis sont morts, ou alors captifs et en sale état. La première heure en tout cas, qui joue sur le côté classique du genre (slasher en forêt, survie, traque) avant de nous présenter plus clairement la dite communauté vivant là fonctionne bien. C’est efficace, on a quelques plans gores assez furtifs mais bien présents, les personnages ne sont pas des flèches malgré leur CV mais pas plus cons qu’ailleurs. Un peu comme le film original en fait, c’est basique, mais efficace, bien filmé, on a des pièges, une traque, quelques morts. Lorsque le casting se fait enfin capturer et amener dans la communauté, Wrong Turn dit alors adieu aux six films précédents pour être quelque chose de radicalement différent, pour le meilleur, et pour le pire.

Pour le meilleur car de toute façon, Détour Mortel n’était qu’un banal slasher, et que les premiers pas dans cette communauté, avec un tribunal d’ailleurs, fonctionnent bien. On comprend rapidement où tout cela va nous mener, mais ça fonctionne. Bill Sage est convaincant en grand chef de cette communauté, et du côté des gentils, Charlotte Vega est également convaincante. Le reste du casting est malheureusement plus anecdotique, voir vide et sans intérêt, à l’exception de Matthew Modine. Mais ce qui coince dans ce Wrong Turn version 2021, c’est que passé la présentation de cette communauté, le film change alors de temporalité, encore, se focalisant donc sur le père cherchant sa fille, et se fait beaucoup moins convaincant. Pire, lors d’une scène d’évasion de la communauté, on en viendra à sourire tant tout semble se dérouler avec une facilité déconcertante. La deuxième partie, malgré un twist innatendu, se fait bien moins convaincante, bien moins prenante, bien moins captivante que la première partie. Sans doute car le film retombe dans les travers qu’il tentait d’éviter jusque là, ceux des clichés, du genre slasher dans tout ce qu’il a de plus facile, accumulant alors les morts pour que l’on ne s’attarde pas trop sur le fond, sur les facilités. Oui, entre le début et la fin, il s’est écoulé quoi, un mois, un mois et demi, et nos personnages sont devenus des pros dans l’utilisation d’armes à feu ou au tir à l’arc. Et c’est dommage, car avec cette communauté recluse depuis plus de 100 ans, qui a son fonctionnement bien à elle, et bien il y a matière à avoir un lore bien plus intéressant qu’une famille de trois dégénérés qui se cachent dans une forêt en bouffant des gens un peu par hasard. J’ai un peu eu la sensation d’un film qui abandonne un peu mi-parcours. Alors attention, ce n’est pas mauvais, même si les fans de Détour Mortel vont crier au scandale (et encore le moment où j’ai écris ces mots, en Janvier 2021, et le moment où ces mots sont en ligne, fin Août 2021, c’est le cas, la fanbase a vu le film), les intentions de départ étaient bonnes et nobles, mais au niveau du traitement, il y a encore à revoir.

Les plus

Ose s’éloigner de la saga de base
Une première heure efficace
L’idée de cette communauté
Des moments bien sanglants

Les moins

La seconde heure bien moins convaincante
Les fans vont crier
Clichés et facilités sont toujours présents

En bref : Personne ne voulait le retour de Détour Mortel sauf les fans les plus hardcore, mais voilà le reboot de 2021. On évite la catastrophe, et on peut même dire que c’est mieux que certains de la saga de base. Il y avait même matière à avoir un fond beaucoup plus intéressant et fouillé. Mais si la première heure est efficace, l’idée intéressante et que ça tâche parfois beaucoup, la seconde heure lâche un peu prise, en devenant plus classique, plus clichée, et finalement ratée.

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