MALIGNANT de James Wan (2021)

MALIGNANT

Titre original : Malignant
2021 – Etats Unis
Genre : Horreur
Durée : 1h51
Réalisation : James Wan
Musique : Joseph Bishara
Scénario : Akela Cooper

Avec Annabelle Wallis, Maddie Hasson, George Young, Michole Briana White, Jean Louise Jelly, Susanna Thompson, Jake Abel, Jacqueline McKensiz et Christian Clemenson

Synopsis : La vie de Madison Mitchell est perturbée lorsque de terribles visions viennent la hanter. Quelle est cette créature malveillante qui la poursuit et commet ces meurtres atroces ?

Depuis le début des années 2000, et en l’espace de quelques films, James Wan est devenu un chouchou pour le public. Il faut dire que même si je n’adhère pas à toute sa carrière, celle-ci est intéressante, et l’homme tente toujours de nouvelles choses, tout en lançant un peu malgré lui de gigantesques succès commerciaux. Oui, en signant son premier long, Saw, il aura lancé une saga, et pas une des meilleures, la faute notamment au choix des réalisateurs, et à des scénarios toujours plus invraisemblables. Puis, c’est Dead Silence qui ne met personne d’accord, et que même Wan n’apprécie pas beaucoup. Vint ensuite l’excellent Revenge movie Death Sentence avec Kevin Bacon, film violent, réaliste, génial en fait. Pour le grand public par contre, Wan n’était que l’homme d’un film, à savoir Saw. Sauf que le bougre rebondira alors en signant Insidious, et en lançant la saga (à présent 4 films, un cinquième en préparation) puis en signant Conjuring, faisant naître un univers étendu qui en met plein les poches à la Warner. Tout n’est pas parfait oui, mais Wan derrière la caméra a un savoir faire technique qui l’éloigne clairement du premier tâcheron travaillant dans le genre. Et à la surprise générale, Wan s’éloigna de son propre univers, se contentant de produire jusqu’au dernier Conjuring en date, pour lorgner du côté du blockbuster, avec un Fast and Furious 7 (choix étonnant), sans doute le meilleur en terme de mise en scène pure d’ailleurs, puis un Aquaman, sympathique mais bancal (comme toujours chez DC ?). Wan semblait avoir tourné une page. C’est pour cela que son dernier bébé, Malignant, faisait autant envie qu’il ne faisait peur. Retour à ses premiers amours, redite totale, auteur en perte de créativité, nouvelle page de sa carrière ? Les premiers avis tombent et sont mitigés, et après avoir vu la bête, je dois bien avouer que je comprends. Je comprends pourquoi Malignant peut plaire, mais aussi pourquoi il peut décevoir. Car James Wan, dans le fond, ne fait pas dans le redite, s’essayant là à l’hommage (trop) appuyé aux films des années 70 et 80, mais avec sa mise en scène fluide et habituelle. Sauf qu’à force de tenter des choses, à force d’hommages, à force de passer d’un genre à un autre, d’une idée à une autre, il donne à son métrage une impression de fourre tout, alors que ses deux grandes influences (un certain film de De Palma que je mentionnerais pas pour ne pas spoiler et une adaptation de Stephen King que je ne mentionnerais pas non plus) parvenaient elles à être aussi limpides que logiques.

Malignant est donc un film d’extrêmes. On peut tout dire sur lui. Tout et son opposé. Je pourrais vous dire qu’Annabelle Wallis est excellente dans son rôle et très charismatique… Et qu’à côté, on a deux inspecteurs semblant tout droit sortir des suites de Saw, tant ils sont peu intéressants, et surtout peu utiles au déroulement de l’intrigue (s’ils n’étaient pas là, finalement, ce serait presque pareil). Je pourrais vous dire que James Wan soigne des ambiances de malades, ce qui est le cas, avec ces plans larges sur de splendides décors, des contre plongées, des plans de travers sur des lieux plongés dans le noir ou la brume, et c’est le cas, mais il passe trop souvent d’une ambiance à une autre pour leur permettre d’avoir un véritable impact. Je pourrais vous dire également qu’il nous balance des effets gores fait sur le plateau qui font fichtrement plaisir, sauf que l’instant d’après, et à quelques moments, il abuse clairement de CGI, qui sont les premières fois très bons, puis lassants. Que son intrigue rend hommage à De Palma, qu’il filme certains meurtres comme des giallos de la bonne époque, qu’il filme la maison comme une authentique maison hantée, et qu’il ose par moment partir dans une violence frontale et radicale. Que son film à des relans de Cronenberg ou même de Yuzna, avec la mise en scène dynamique habituelle de Wan, à coup de travellings hyper classes, de photographie à tomber par terre. Et tout ça, c’est vrai, mais justemet, tout ça, ce n’est pas un peu trop ? L’on pourrait signaler également un travail sur le son magistral, mais le plus souvent plombé par une musique pas mauvaise en soit, mais qui en fait beaucoup trop pour appuyer tel ou tel effet. Avec oui, quelques jumpscares à la clé. L’on pourrait également surtout dire que le twist principal du film (que je ne révélerais pas, ce serait dommage) fait autant plaisir tant il évite ce que l’on pouvait attendre avec les éléments que l’on avait jusque là qu’il déçoit tant il a un côté nanar (assumé).

Par contre, il y a bien une chose qui est sûre, c’est que Malignant plaira avant tout à ceux qui en connaissent les influences globales, et qui auront un petit sourire en coin en ayant l’impression de voir un film qui aurait très bien pu être tourné dans les années 70 ou 80. De par la liberté de ton abordée, la liberté dans son intrigue et dans ses twists, qui n’a jamais peur donc d’en faire trop et d’y aller à fond. Car outre le parallèle avec deux auteurs déjà cités, j’ai véritablement eu l’impression par moment de voir un scénario que Yuzna aurait pu valider, mais le tout filmé par Wan (donc avec une technique bien plus affûtée), et qui donc, malgré un certain côté nanar, a parfois peur d’aller trop loin, alors que justement, un Yuzna lui aurait été encore plus loin, sans jamais avoir peur du ridicule, juste parce qu’il croyait à ses idées, et qu’il savait que plus il y allait à fond, plus finalement cela donnerait une certaine cohérence à ces idées folles (voir le final de Society pour s’en convaincre). Par contre, pour le spectateur bien plus jeune, pour qui le cinéma de genre se résume aux films bien plus sages des années 2000, ou bien plus formaté dans un sens, la pilule risque d’être plus dure à avaler, tant il y verra un mélange de styles et d’influences qui ne lui parle pas. Et là est le gros dilemme du métrage. Sur le moment, j’ai eu ce que je voulais. Une mise en scène classe, voir même techniquement parlant sans doute ce que Wan a fait de mieux, des influences très marquées envers le giallo, envers De Palma, envers Yuzna, envers Cronenberg. Mais après réflexion, est-ce que tout cela tient la route ? Est-ce que ça n’en fait pas trop au point d’en être presque une parodie ? Et surtout, il y a ce happy ending qui vient quelque peu décevoir, et dans un sens, ramener les défauts du film sur le devant de la scène, un peu comme le studio tapant sur l’épaule de Wan, déjà créateur de 3 grosses licences, pour lui dire qu’en cas de succès, Malignant pourrait être une saga aussi. Mais vu comment le film divise, pas certain que cela arrive. Mais donc, Malignant, c’est bien ou pas ? Et bien dans le doute, on va y aller avec l’éternel 13/20. À savoir, j’ai passé un bon moment, mais sans plus.

Les plus

Une mise en scène ultra classe
Des moments ultra violents
Des hommages de partout…
Les effets pratiques au top…
Annabelle Wallis excellente…
Bon design sonore…
Un twist qui évite les clichés…

Les moins

… Mais trop d’hommages pour un côté fourre tout
… Des CGI parfois envahissants
… Le reste du casting moins convaincant
… Mais musique parfois trop bruyante
… Mais sonne un peu nanar non ?

En bref : Malignant est un peu tout et son opposé. Une œuvre du coup pas forcément facile à aborder, qui peut autant plaire qu’être détesté. Bancal, oui. Un peu fourre tout, oui. Mais aussi techniquement à tomber souvent, prenant, et avec quelques scènes jouissives. Mais toujours pas loin du nanar.

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