CRY MACHO de Clint Eastwood (2021)

CRY MACHO

Titre original : Cry Macho
2021 – Etats Unis
Genre : Drame
Durée : 1h44
Réalisation : Clint Eastwood
Musique : Mark Mancina

Scénario : Nick Schenk et N. Richard Nash

Avec Clint Eastwood, Dwight Yoakam, Eduardo Minett, Horacio Garcia Rojas, Ivan Hernandez, Fernanda Urrejola, Lincoln A. Castellanos et Natalia Traven

Synopsis : Mike, star déchue du rodéo, se voit confier une mission a priori impossible : se rendre au Mexique pour y trouver un adolescent turbulent et l’amener jusqu’au Texas. Il lui faudra pour cela affronter la pègre mexicaine, la police et son propre passé.

Parler du dernier film de Clint Eastwood, devant et derrière la caméra à la fois, n’est pas chose aisée. Car après la vision du film, film qui aura eu besoin de très longues années pour se faire, c’est la déception qui domine, sans que le spectacle ne soit mauvais ou honteux. Après tout, c’est Clint Eastwood, et les faux pas dans sa carrière de metteur en scène sont rares. Bien entendu, on a des œuvres mineures, mais à côté, combien de grands films ? Impitoyable, Un Monde Parfait, Mystic River, Sur la Route de Madison, Gran Torino et j’en passe, les exemples ne manquent pas. Le souci de Cry Macho, c’est qu’il débarque maintenant, alors que l’acteur réalisateur a 91 ans, et que, forcément, sa fin de carrière est proche, c’est inévitable. Triste, mais inévitable. Ce qui serait dommage au final, ce serait si Cry Macho était son dernier film. Ce que je n’espère pas, n’allez pas me dire que je n’ai pas de cœur, je suis juste réaliste. D’ailleurs, on pourrait presque dire que Clint Eastwood en a conscience, tant ici, malgré des thèmes que l’on connaît bien, Cry Macho est un film positif, presque un film qui parle de la vie. Mais Cry Macho est un film mineur dans la carrière d’Eastwood, et la bande annonce me laissait déjà songeur. Après vision du film, assez court (1h44), je suis toujours songeur. Oui, le film n’est pas désagréable, le savoir faire d’Eastwood est toujours présent, la mise en scène propre et élégante, certains plans très jolis, Eastwood à l’écran malgré son âge, ça fait toujours oh combien plaisir. Mais Cry Macho souffre de quelques défauts, d’un scénario finalement pas toujours bien crédible, ou de quelques situations qui auraient simplement pu être évitées. Et ce dés le début, avec cette scène d’ouverture pas forcément utile où le vieux Clint se rend à son boulot et se fait virer, soulignant qu’il n’est plus la gloire qu’il était par le passé.

L’intention est claire dés le départ, surtout avec Clint dans le rôle. Démystifier un archétype de personnage et l’inscrire dans un film réaliste. Clint a 91 ans, il ne peut plus être le cowboy qu’il était par le passé, ne peut plus chevaucher à pleine vitesse ou casser des dents au premier loubard qu’il croise au coin de la rue. Mais cette première scène, outre le fait qu’elle s’annonce bien trop facile (rien qui n’aurait pas pu nous être expliqué autrement, voir sans dialogues), montre déjà les limites du film, puisque contre toute attente, son ancien patron l’envoie dés la scène suivante en mission au Mexique pour récupérer son fils. Pourquoi pas hein, mais le périple de Clint, Mike ici donc, avec le jeune adolescent de 13 ans accumule les facilités et moments moins convaincants. Et ce dés leur première rencontre. Car le jeune garçon ne connaît pas Mike, ne l’a jamais vu, est décrit comme un jeune vivant presque dans les rues, se faisant de l’argent avec des combats de coq, et ne donnant pas facilement sa confiance. Voir la rencontre entre les deux et une confiance naitre en trois minutes chrono en mains car Clint parle de chevaux et de son passé, c’est un peu gros. Quand la mère, ne voulant absolument pas laisser son fils aux mains de Mike et donc par extension de son père au Texas, demande à un homme de main de suivre Mike pour récupérer son fils, mais que cet homme de main attendra le dernier acte du film pour passer à l’action, ça sonne faux également. Pourquoi ne pas avoir agit plus tôt, lors d’une des nombreuses nuits où les personnages dorment à la belle étoile et sont sans défense ? Pire, lors du moment où nos deux héros s’arrêtent dans un petit village et vont faire connaissance avec les locaux, très bon passage ceci dit en passant, on a du mal à croire à la relation naissance entre cette mère de famille veuve Mexicaine et ce bon vieux Mike de 91 ans.

Un défaut que j’avais d’ailleurs déjà souligné en revoyant Créance de Sang, 20 ans en arrière, bien que cela pouvait s’expliquer dans l’intrigue à l’époque, mais me paraissait déjà peu crédible. Avec 20 ans de plus, cela me paraît encore moins crédible. C’est clairement dans son scénario, ses ramifications, ses retournements de situations que Cry Macho ne fonctionne pas vraiment. Alors que quand il se pose, avec le quotidien dans ce petit village, l’apprentissage de comment monter à cheval, les rapides discussions avec les enfants, c’est là que le film fonctionne le plus, trouvant un ton doux, optimiste, célébrant en quelque sorte la vie. Mike ne se servira pas d’armes, ne se servira pas de ses poings pour faire passer le message. Il n’a par contre absolument pas perdu de sa joute verbale, comme le prouve cette fouille du véhicule par la police, se terminant par un échange au langage bien fleuri. C’est dans un sens toute l’ironie de Cry Macho. On y retrouve quelques éléments chers à Eastwood, l’enrobage est excellent, de la photographie à la musique, les acteurs ne sont pas mauvais, loin de là, bien que beaucoup de personnages sont en arrière plan et restent donc en surface, quelques moments sont très beaux, mais le film dans son ensemble laisse un grand goût de déception. Du film qui par moment veut en faire trop, ou veut absolument partir dans certaines directions, quitte à en faire un peu trop, ou à ne pas être pleinement crédible. L’accueil à la fois public et critique relativement tiède du film (5,7 de moyenne sur imdb, bas pour un Eastwood) le prouve, et j’espère qu’Eastwood repassera une nouvelle fois derrière la caméra pour un nouveau film, peut-être plus mature, plus différent de ces habitudes. L’avenir le dira.

Les plus

Revoir Clint devant et derrière la caméra
Un film posé et optimiste
Le passage dans le village
Ça se suit très bien

Les moins

Des moments un peu forcés
D’autres moments pas toujours crédibles

En bref : Cry Macho est un Eastwood mineur, mais pas du tout un mauvais film. Il déçoit certes de la part de son auteur, notamment à cause de son scénario qui accumule les facilités ou moments peu crédibles, mais il demeure un sympathique métrage fait avec sérieux.

6 réflexions sur « CRY MACHO de Clint Eastwood (2021) »

  1. Un Eastwood très mineur en effet, à l’image d’ailleurs que ce furent les derniers films de quelques geants de l’âge classique. Le problème est clairement que Clint est trop vieux pour le rôle, ce qui rend certaines situations absurdes. Déjà, tu as raison, la première scène ne fonctionne pas. Mais le pire, c’est quand la mère du gamin, une sorte de mafieuse locale (un petit revival Barbara Stanwick dans « 40 guns » on dirait) se met à vouloir séduire le vieillard ! Et puis, il y a cet homme de main grotesque. Les Mexicains de The Mule étaient caricaturaux mais quand même plus crédibles. L’appeivoisemenr du gamin, c’est aussi raté. Comme tu dis, on nous le présente comme un sauvageon des rues et il est finalement très poli avec le vieux Mike. Pour couronner le tout, il joue très mal. Même son coq joue mieux.
    Par contre, je suis en désaccord avec toi concernant la veuve mexicaine. C’est assurément la plus belle partie du film et là, lorsque deux êtres esseulés se rapprochent et se réconfortent. C’est très beau, un côté « route de Madison ». La fin fonctionne globalement mieux que le début, mais rien de transcendant, même pas la photo signée d’un nouveau chef op’ (plutôt habitué aux blockbusters de chez Marvel).
    Espérons comme tu dis que ce ne sera pas son dernier Cry.

    1. Mineur oui, mais voilà, il y a malgré tout quelques bons et beaux moments. C’est presque étrange de voir Clint en fait récupérer ce projet qui lui serait allé comme un gant à l’époque de son début de production il y a des années, mais non, ça arrive en 2021. Et en effet, le côté des femmes qui le séduisent, c’est encore plus flagrant avec la mère, de par son statut de mafieuse. En fait, le film aurait soit du être trop long pour mieux développer certaines idées qui ici tombent à plat, soit simplifier le tout et tout simplement jeter certaines idées.
      Par contre, j’ai tout de même trouvé qu’il y avait quelques beaux plans, en valeur grâce à la photo. Pas exceptionnelle certes, mais malgré tout honorable, comme lorsque Clint conduit et que l’on voit cette étendue désertique tout autour, ou les passages à chevaux. En tout cas, heureusement, grâce à sa vitesse assez incroyable, il est possible que Clint soit déjà en préparation d’un autre projet pour 2022, on a le droit de rêver ^^

      1. Je ne pense pas qu’il ait l’intention d’arrêter d’ailleurs. Arrêter de filmer, c’est un peu l’antichambre de la mort à son âge. Tant qu’il y a de l’image, il y a de la vie. Et même s’il passe son temps à regarder vers le passé, il en injecte pas mal ici à travers chaque rencontre.

        1. Je ne pense pas. On s’était déjà fait la remarque avec un ami il y a quelques années, je crois vers 2005, quand Eastwood a tout à coup grandement accéléré le rythme de ses films, avec certaines années quasi deux films. Il a du remarquer son âge, le temps qui passe, et tous les sujets qu’il voulait encore traiter, les genres qu’il voulait tenter, les hommages ou retour vers le passé avec nostalgie, et depuis, il tourne, sans cesse, non stop. J’espère sincérement qu’il en refera au moins un voir plusieurs, et ce serait cool de le revoir faire un film où il est à la fois devant et derrière la caméra, comme ici, mais avec un propos plus adapté, pouvant ainsi en quelque sorte conclure sa longue carrière ! (En plus, j’ai 4/5 articles sur des vieux Eastwood qui attendent d’être postés, comme LA RELÈVE, quelques INSPECTEUR HARRY).

          1. Il va falloir attendre un poil, mais voilà, j’ai planifié du Dirty Harry ce mois-ci 😉 (et juste pour te faire plaisir, un petit Bronson made in Cannon haha).

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