THE DRIFTING CLASSROOM (漂流教室) de Ôbayashi Nobuhiko (1987)

THE DRIFTING CLASSROOM

Titre original : Hyôryu Kyôshitsu – 漂流教室
1987 – Japon
Genre : Fantastique
Durée : 1h44
Réalisation : Ôbayashi Nobuhiko
Musique : Hisaishi Joe

Scénario : Hashimoto Izô, Ishigami Mitsutoshi, Ogura Yôji et Ôbayashi Nobuhiko d’après Umezu Kazuo

Avec Hayashi Yasufumi, Asano Aiko, Vajra Barzaghi, Leana D’Aloisio, Marcus Daub, Troy Donahue, Dennis Falt, Kwanchai Faulkner et Harada Kiwako

Synopsis : L’école internationale de Kobe a bien des soucis après qu’une catastrophe catapulte l’école dans le futur. Une classe va tenter de survivre dans ce futur désertique et peuplé de créatures étranges.

Film plutôt méconnu bien que signé par un réalisateur culte et tourné en parti en langue Anglaise, The Drifting Classroom m’a immédiatement fait de l’œil, et d’ailleurs, les raisons de me lancer étaient nombreuses. Déjà, autant je suis familier avec le cinéma Japonais des années 70 et le renouveau dans les années 90 avec l’apparition d’une vague de réalisateurs maintenant connue (Miike, Tsukamoto, Kurosawa et j’en passe), autant j’admet ne pas franchement connaître le cinéma Japonais des années 80. L’entre deux. Ensuite, j’aime bien Ôbayashi Nobuhiko. Quiconque a vu Hausu de 1977 me comprendra. Et puis, pour enfoncer le clou, Ôbayashi qui adapte sur grand écran un manga de Umezu Kazuo, un des mangaka les plus connus avec Itô Junji quand il s’agît d’horreur, ça interpelle encore plus. Peut-être que la déception vient en partie de là d’ailleurs, tant The Drifting Classroom est une œuvre hybride, qui ne sait pas trop ce qu’il doit être, sans arrêt tiraillé entre les tics de son réalisateur, quelques visions horrifiques folles et un contenu visant finalement avant tout le spectacle familial. Alors, au départ, il y a donc un manga signé Umezu, datant de 1972 (entre 1972 et 1974 pour les 43 chapitres). Ôbayashi en signe une première adaptation en 1987. Une autre pseudo adaptation aura lieu en 1995, The Drifting School, avec Billy Drago et Caroline Williams, à la réputation peu encourageante. Puis en 2002 finalement, c’est un drama pour la télévision Japonaise qui est produit, The Long Love Letter. Mais revenons en 1987 au Japon avec l’œuvre d’Ôbayashi, qui, il faut le dire, s’entoure d’une équipe technique plutôt compétente pour un métrage qui a du constituer un petit défi, visuel déjà. Des effets spéciaux en tout genre, il y en a.

Des créatures en animatronics, des maquettes, des marionnettes, du morphing, du fond bleu (bien voyant, mais alors, vraiment), du mate paiting. Puis il y a des décors, désertiques, immenses. Et des acteurs le plus souvent plongés dans le sable. Quand on sait à quel point il peut être difficile de tourner avec des enfants, et même des adolescents, encore plus quand ceux-ci sont à la fois Japonais et Américains, et donc que les deux langues se côtoient constamment dans le métrage, on se doute que le tournage n’a pas du être de tout repos. Curiosité plus intéressante derrière la caméra, c’est Hisaishi Joe (de nombreux Kitano, Parasite Eve) qui signe la bande son, et il faut avouer que celle-ci est réussie et contient même quelques très jolis thèmes. Mais il y a clairement quelque chose qui coince dans le dit métrage. Je voulais l’aimer, et on y retrouve clairement la patte de son auteur, comme si, 10 ans après, il voulait refaire son Hausu. Mais là où le manga mélangeait apparemment le Shonen et l’horreur, en gardant un ton résolument horrifique tout le long, le métrage d’1h44 ne sait clairement pas ce qu’il doit être, ou ce qu’il veut être. En bref, l’histoire, c’est une école internationale à Kobe qui après un étrange tremblement de terre, se retrouve catapultée, comme ça, dans un paysage désertique, avec tous les étudiants qui peuplent l’école bien entendu. Le danger est présent à la fois à l’extérieur de l’école, avec un climat dangereux et d’étranges créatures qui rodent, et à l’intérieur, avec une situation qui épuise les personnages psychologiquement. La relation conflictuelle entre le héros, Takamatsu, qui va guider les survivants, et sa mère, avec qui il s’embrouille dés le début, avant la catastrophe, et avec qui il sera par la suite en lien psychique est intéressante. Non, il y a des choses intéressantes, mais Ôbayashi tente de faire tout ce qui lui passe par la tête avec le métrage, et ça laisse un sentiment fort étrange.

Comme si l’on naviguait en permanence entre comédie, horreur, mélodrama, le tout sur un ton résolument enfantin et tout public, et n’hésite même parfois pas à verser dans un style proche de la comédie musicale psychédélique. Et puis, il y a cette envie de mixer des acteurs Japonais et Américains, dont pas mal d’amateurs, et de faire parler l’ensemble du casting assez souvent dans un anglais approximatif qui, dans le feu de l’action, dans l’urgence, devient parfois gênant et ridicule. Niveau casting, ça coince, surtout avec l’envie du film de toucher un large public, et notamment, un public jeune. On aura après tout droit à quelques dialogues assez gratinés, que l’on ne sait jamais s’il faut prendre au premier ou second degré. Quand la prof de notre jeune héros se met à pleurer et que celui-ci lui lance le plus sérieusement du monde « tes larmes sont plus belles qu’un lac », je ne sais pas comment le prendre moi. Tentative de rendre un moment poétique et surréaliste, sérieux raté à toute épreuve ou volontaire second degré ? On passera par contre sur le budget du film, sans doute très bas, ce qui rend cette école transportée dans le futur désertique avec tous ces étudiants étonnement vide (oui basiquement, il n’y aura finalement que les acteurs présents dans la classe où notre héros se trouve et point barre). Car malgré son bas budget, Ôbayashi se fait plaisir, met des monstres dans tous les coins, utilise encore des effets totalement psychédéliques comme dans Hausu, mais le ton général du film lui semble inoffensif, bon enfant, enfantin même. Et il faut l’avouer, le décalage entre le propos, le ton et les idées est parfois énorme. La déception ne peut qu’être présente, mais The Drifting Classroom a néanmoins quelques atouts, et quelques scènes qui marqueront la rétine des rares spectateurs se laissant tenter. Mais ça aurait pu être tellement mieux, tellement plus fort, tellement plus fou, surtout avec l’association Umezu et Ôbayashi.

Les plus

Des idées
Un certain charme dans les effets spéciaux
La musique de Hisaishi Joe

Les moins

Un film aux idées et au ton qui varient trop
Le ton, enfantin la plupart du temps
Parfois, ça joue mal, et ils galèrent avec l’anglais

En bref : L’association entre le réalisateur Ôbayashi Nobuhiko et le mangaka Umezu Kazuo était intéressante, le premier retournant à un style psychédélique proche de Hausu tandis que le premier est un maître de l’horreur sur papier. Mais à l’écran, le film varie toujours le ton, les idées, le fond, les effets, et on a l’impression de voir un film ciblant avant tout un jeune public et dont les changements de ton ne fonctionnent pas vraiment. Une curiosité intéressante, mais une déception.

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