L’INSPECTEUR HARRY (Dirty Harry) de Don Siegel (1971)

L’INSPECTEUR HARRY

Titre original : Dirty Harry
1971 – Etats Unis
Genre : Policier
Durée : 1h42
Réalisation : Don Siegel
Musique : Lalo Shifrin

Scénario : Harry Julian Fink, R.M. Fink et Dean Riesner

Avec Clint Eastwood, Andy Robinson, Harry Guardino, Reni Santoni, John Vernon, John Larch, John Mitchum et Woodrow Parfrey

Synopsis : Si la police de San Francisco ne remet pas immédiatement 200 000 dollars à un homme qui vient de commettre un crime, il recommencera au rythme d’un assassinat par jour. L’inspecteur Harry Callahan est sur ses talons.

Il y a des films qui laissent une emprunte à jamais dans le monde du cinéma, mais aussi dans la filmographie de leurs auteurs et acteurs. L’Inspecteur Harry de Don Siegel en 1971 en est un, puisqu’il offre à Clint Eastwood un nouveau rôle marquant, si bien que l’inspecteur Harry reviendra à l’écran plusieurs fois, dans Magnum Force, L’Inspecteur ne Renonce Jamais, Le Retour de l’Inspecteur Harry et La Dernière Cible finalement. Une saga qui s’étale donc sur presque 20 ans, de 1971 à 1988, et dont Clint Eastwood réalisera en 1983 le quatrième opus. Tout le monde connaît de nos jours l’inspecteur Harry. Cette nouvelle collaboration entre Don Siegel et Clint Eastwood, après Un shérif à New York (1968), Sierra Torride (1970) et Les Proies la même année a plus d’un atout dans sa poche. Déjà, un réalisateur culte qui sait clairement ce qu’il fait, en plus d’avoir avec Clint Eastwood une valeur sûre à l’écran, mais pas que, puisque même à la musique, on retrouve Lalo Shifrin, qui livre une impressionnante partition. Le film, en plus, lance quelque peu un sous-genre du film policier, avec ces flics immoraux prêts à tout, et à contourner les lois pour faire ce qui leur semble juste. Un flic hard boiled donc ! Et pourtant, entre sa sortie en 1971 et sa genèse, il s’est passé des années, le projet est passé de mains en mains, entre une histoire qui se déroulait au départ à New York, un final différent, puis une délocalisation à Seattle, avant que le projet ne passe de studio en studio, de réalisateur en réalisateur. L’Inspecteur Harry finit presque par être un téléfilm, avant que le scénario n’atterrisse entre les mains d’Eastwood, qui le propose à Siegel. Souvent jugé trop violent par de nombreux acteurs ou réalisateurs, L’Inspecteur Harry trouve alors son équipe et peut voir le jour. Parmi les scénaristes non crédités qui sont passés par là, que du beau monde, avec John Milius (qui a bossé sur le scénario d’Apocalypse Now et réalisé Conan le Barbare) et Terrence Malick (La Ligne Rouge), alors en début de carrière.

Et que reste-t-il donc de l’Inspecteur Harry, ce film précurseur, en 2021 ? Soit pour les 50 ans du film d’ailleurs tiens ! Et bien malgré les nombreuses années, malgré l’archétype de personnages un peu trop connu de nos jours, l’Inspecteur Harry reste encore aujourd’hui un excellent moment, et un sacré morceau de cinéma. Il suffit pour s’en convaincre d’ailleurs de regarder la longue ouverture du film, qui, à la manière de Michael Winner deux ans plus tard avec Le Flingueur, n’a pas de dialogue. Oui, le film se raconte par l’image, en une poignée de minutes, nous voyons notre tueur, son mode opératoire sur les toits avec un fusil sniper, sa première victime, l’arrivée de notre inspecteur, et toujours sans dialogue, le spectateur comprend que notre inspecteur sera l’homme de la situation pour résoudre cette enquête, puisqu’en un coup d’œil sur la victime et les lieux, il déduit automatiquement que notre tueur était posté sur le toit d’un autre bâtiment, et en inspectant seul les lieux, il en vient à trouver la douille provenant du tir. En l’espace de plusieurs minutes, nous savons tout ce qu’il faut savoir, sans dialogues, et ça, c’est fort, et finalement, c’est con, mais c’est tout simplement cinématographique. Une ouverture magistrale. Mais le reste n’est pas en reste, même si avec les années, je pourrais bien faire quelques écueils sur certains aspects du métrage. Notamment son bad guy, joué par Andy Robinson (que l’on retrouvera dans les années 80 dans Hellraiser, ou dans Cobra pour la Cannon), pas mauvais en soit bien que ses motivations sont peu expliquées, et pas mauvais non plus par son jeu d’acteur, mais qui se fait parfois bancal, passant d’un extrême à un autre, d’un homme méticuleux à un peureux en un clin d’œil. Il fait un méchant parfois cruel, parfois tordu, mais pas mémorable à mes yeux.

Alors que tout ce qui gravite autour de notre Dirty Harry l’est justement. Son côté immoral, son côté rentre dedans, sa façon de répondre à ses supérieurs, sans oublier ses fameuses punchlines, excellentes et iconiques, et parfois parodiées ailleurs (dans Alarme Fatale par exemple). La scène du braquage de banque dans le premier acte en est le parfait exemple, établissant son caractère impulsif et rentre dedans après nous avoir démontré dans l’ouverture sa rapidité de déduction et ses capacités dans son boulot. Et ce personnage, il était taillé pour Eastwood, il est tout simplement parfait dans le rôle, et est sans nul doute une des raisons du succès du film, et de son impact. Sans doute la raison aussi pour laquelle il reste l’un des plus cultes de la saga, et un de ses meilleurs malgré quelques petits défauts. Il va à l’essentiel, pose des bases, pose un personnage iconique, et fait bien les choses, jusqu’à son final radical, et devant lequel il n’est impossible de ne pas avoir un petit sourire, tant l’on sentait venir à l’avance cette fameuse punchlines, nous ramenant donc à une des premières scènes du métrage, pour nous amener sa variante, prévisible, attendue, mais satisfaisante. Récompensant en quelque sorte le spectateur donc. Dirty Harry, ça a quelque chose finalement d’assez primaire dans sa proposition, mais c’est exactement pour ça qu’on l’apprécie, surtout que primaire ou pas, le film a été fait avec sérieux et compétence par Don Siegel.

Les plus

L’ouverture magistrale, sans dialogue
Mise en scène appliquée de Don Siegel
Eastwood parfait dans le rôle
Les punchlines
Quelques moments bien violents

Les moins

Un méchant en demi-teinte

En bref : L’Inspecteur Harry reste 50 ans après sa sortie un film génial et important, porté par la mise en scène de Don Siegel et par l’interprétation de Clint Eastwood de ce personnage devenu iconique avec les années. Un excellent film policier.

5 réflexions sur « L’INSPECTEUR HARRY (Dirty Harry) de Don Siegel (1971) »

  1. Sorti il y a un demi-siècle ! J’arrive pas à réaliser.
    Tu as tout dit, ce film est implacable de par sa mise en scène, son propos, son acteur, sa musique. Plus qu’un polar, c’est même un western urbain, il y a quelque chose du far west qui vient se mêler à cette explication entre un tueur en série inspiré du Zodiac, et un flic encore plus badass qui fait fi du respect de la procédure pour le mettre hors d’état de nuire. En sort une critique virulente du système, une veine très eastwoodienne initiée par son mentir Siegel.
    Incontournable, n’en déplaise à Pauline Kael.

    1. Oh mais! Je n’avais même pas fais gaffe mais oui, pile 50 ans cette année ! Et ça se regarde toujours avec le même plaisir, tant le film vieillit très bien, comparé à d’autres (forcément les films à effets vieillissent parfois plus vite, ou ceux avec un contexte un peu trop dans leur époque).
      Du coup, j’en profite pour te poser la question maintenant vu que je vais tenter d’enchaîner tous les autres assez vite : Le meilleur et le moins bon Dirty Harry pour toi ? Je crois en plus n’avoir jamais vu le dernier de ma vie… Ce sera la découverte.

      1. Le dernier, signé de son ancien cascadeur Buddy Van Horn, est clairement le plus faible selon moi.
        Le meilleur est peut-être celui qu’il réalise, « Sudden Impact », hyper sombre, un chouya au-dessus du Siegel. Mais j’aime aussi beaucoup « Magnum Force » de Ted Post avec David Soul en flic criminel.

        1. Bon ça va, j’ai encore le temps avant d’arriver au dernier. De mémoire, mon préféré était Magnum Force à l’époque, mais pas revu depuis bien 10 ans, et bon, à l’époque, vu en VF, donc ça ne compte pas 😉

          1. C’est vraiment la réponse aux attaques contre le premier film : on y montre un flic encore plus immoral que Callahan, en plus incarné par le Hutch de la fameuse série avec Starsky.
            Je suis curieux d’avoir tes impressions sur Sudden Impact, qui arrive après un épisode plus faible.

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