BIRDSHOT de Mikhail Red (2016)

BIRDSHOT

Titre Original : Birdshot
2016 – Philippines
Genre : Thriller
Durée : 1h56
Réalisation : Mikhail Red
Musique : Teresa Barrozo
Scénario : Mikhail Red et Rae Red

Avec Arnold Reyes, Mary Joy Apostol, John Arcilla, Ku Aquino, Argo, Dido Dela Paz, Elora Espano et Ronnie Quizon

Synopsis : Une jeune fermière tue par erreur un pithécophage des Philippines (rapace ressemblant à un aigle), espèce menacée d’extinction et parfois considérée comme sacrée par la population locale. Alors que les autorités lancent une battue pour retrouver le ou les responsables, elles se retrouvent face à une découverte pour le moins déstabilisante.

Et bien, moi qui ne connais pas du tout le cinéma Philippin, en dehors de ce que quelques réalisateurs venus d’autres pays allaient y faire dans les années 80 et 90, Birdshot avait tout d’une porte d’entrée vers leur cinéma. Si j’ai vu des Godfrey Ho ou d’autres Girls With Guns tournés sur place, cela reste des productions de Hong Kong, et si j’ai vu des Bruno Mattei tournés là-bas, ça reste du bis (Z) Italien. Birdshot, récompensé plusieurs fois en festival, qui fut le premier film Philippin à sortir sur le Netflix Asiatique, et qui eu droit à une sortie en France chez Spectrum Films, le tout en mettant en avant donc un réalisateur plutôt prometteur, puisque si jeune, et pourtant avec déjà au moins 6 ou 7 films derrière lui. Prometteur ? Oui, car niveau mise en image, Birdshot est un délice. Niveau scénario, puisque Mikhail Red le signe aussi, c’est une autre histoire par contre, une histoire de paradoxe. Birdshot fait le choix de nous raconter deux histoires différentes, avant de les rattacher pour former un seul et même film cohérent. Le procédé n’est pas nouveau. D’un côté donc, nous avons Maya et son père Diego, qui vivent dans une zone rurale, et dont le père apprend à Maya comment se défendre et chasser, à coup de gros fusil. Ce qui nous offre d’ailleurs une magnifique ouverture venant montrer les capacités du réalisateur, mais on y reviendra. De l’autre côté, Domingo, jeune père, avec sa femme, son petit bébé, policier intègre et idéaliste, que l’on place avec son capitaine sur une enquête simple, la disparition d’un bus et de ses passagers alors qu’il se rendait à Manille. Deux intrigues permettant une multitude de thématiques, et croyez-moi, elles sont nombreuses.

Le rapport à la nature et le passage à l’âge adulte du côté de Maya et de son père, et du côté de Domingo, c’est bien entendu la corruption policière, les violences policières, même dans un lieu aussi reculé que le lieu de l’action. Birdshot est donc un film qui a des choses à raconter, tant mieux, cela justifiera les images du réalisateur. Car voilà, comme je le disais, niveau technique, c’est du tout bon, et ce dés l’ouverture, avec les forêts, les couchers de soleil, les lents travellings sur les fusils. C’est appliqué, millimétré même, et ça en met pleins les yeux. Surtout quand le travail sur le son se met au service de l’image, là c’est encore meilleur. La photographie est sublime, la mise en scène fonctionne et en met pleins les yeux, et en plus, les acteurs sont bons. Que ce soit Arnold Reyes dans le rôle de Domingo ou Mary Joy Apostol dans le rôle de Maya, ils sont bons, crédibles à l’écran. Le film adopte un rythme posé, lent, trop lent sans doute pour certains, mais qui lui donne une identité propre, et évite de tomber dans les quelques pièges des thrillers du genre qui misent beaucoup trop sur un montage artificiellement musclé pour faire croire à du rythme. Et c’est aussi tout à son honneur. Techniquement, le film prouve que les Philippines peuvent faire de grandes choses, alors que le budget, dont j’ignore le montant, ne doit pas être si élevé que ça. Mais la preuve qu’avec un peu de motivation, de sérieux, et d’ambitions, on y arrive. Le problème pour moi dans Birdshot, c’est son scénario. Non pas qu’il soit mauvais, mais qu’il alterne entre le trop ambitieux, ou plutôt le trop plein de thématiques, et une certaine maladresse pour former un tout cohérent et satisfaisant. Satisfaisant voilà, c’est ça le mot clé.

Car au début du film, nous avons bien deux intrigues. Le film prend son temps avec son rythme lent et posé, et donc on s’intéresse évidemment à ces personnages et à ses situations. Le passage à l’âge adulte pour Maya, et la disparition du bus pour Domingo. Mais lorsque l’élément perturbateur survient après une demi-heure, à savoir le fait que Maya se serve de son fusil sur une espèce d’aigle menacée et vénérée aux Philippines, on place Domingo et son collègue sur cette enquête. Il fallait bien relier les deux intrigues et les deux duos de personnages en effet, mais du coup, de nouveaux éléments et thématiques arrivent (la perte d’innocence de Domingo, qui arrive il est vrai un peu trop vite, d’un coup), et autant le film dure déjà presque 2h, autant la multiplication d’intrigues et de thématiques pour un film au rythme aussi lent et posé ne fonctionne pas toujours. La preuve, c’est l’intrigue du bus, alors totalement oubliée, et qui ne reviendra que le temps d’un plan à une minute de la fin histoire de boucler cette intrigue. L’idée est louable, mais la mise en application pas vraiment satisfaisante. Birdshot aurait mérité d’être moins gourmand thématiquement et de laisser certains éléments sur le côté dés le départ pour resserrer son propos et se faire ainsi plus incisif, sans avoir forcément à changer son rythme de croisière. Car oui, il y avait aussi l’option d’allonger la durée du film, mais toutes les intrigues et personnages ne m’ayant pas passionnés au même niveau, pas sûr que j’aurais accepté de me taper 30 minutes de plus. Et c’est dommage, car Mikhail Red prouve qu’il peut devenir un grand (ce que ces films suivants prouveront, ou pas, je dois voir), qu’il maitrise pleinement le langage audiovisuel, mais son film aurait mérité des réécritures pour mieux équilibrer l’ensemble.

Les plus

Visuellement somptueux
De bons acteurs
Beaucoup de thématiques profondes
Un rythme posé, limite hypnotique par moment

Les moins

Un surplus de thématiques et intrigues qui ne conviennent pas au rythme lent
Tout n’est pas traité aussi bien

En bref : Birdshot est intéressant, et prouve que le cinéma Philippin est carré et à des choses à dire. Mais si visuellement c’est un sans faute, j’ai trouvé que le surplus de thématiques et d’intrigues, dont une laissée sur le côté pendant quasiment tout le film, n’allait pas forcément avec le rythme du film, du coup assez avares en rebondissements, et parfois, en pertinence.

A FEW WORDS IN ENGLISH
THE GOOD THE BAD
♥ Visually stunning
♥ Good cast
♥ A lot of interesting themes
♥ Slow pacing, sometimes it can hypnotized you
⊗ Too many themes and stories for the slow pacing
⊗ Not everything is well treated
Birdshot is interesting, and is the proof that Philippines cinema is strong and has things to say. Visually, there is nothing to say, it’s gorgeous, but I personally found the film had too many things to say, too many themes, too many little stories, and it doesn’t really suit the style of the film.

2 réflexions sur « BIRDSHOT de Mikhail Red (2016) »

    1. Je me doutais que tu ferais le rapprochement tellement c’est voyant. Le réalisateur ayant un style qui à mon sens rappelle clairement le cinéma Européen, tout en contemplation, je pense que ce n’est pas innocent. Un réalisateur à suivre en tout cas, puisque j’ai pu voir son dernier film, ARISAKA, et il s’est amélioré à fond, un tout autre niveau.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

%d blogueurs aiment cette page :