DARK GLASSES (Occhiali Neri) de Dario Argento (2022)

DARK GLASSES

Titre Original : Occhiali Neri
2022 – Italie
Genre : Thriller
Durée : 1h25
Réalisation : Dario Argento
Musique : Arnaud Rebotini
Scénario : Dario Argento et Franco Ferrini

Avec Ilenia Pastorelli, Asia Argento, Andrea Gherpelli, Mario Pirrello, Maria Rosaria Russo, Gennaro Iaccarino, Andrea Zhang, Ivan Alovisio et Fabrizio Eleuteri

Synopsis : Une prostituée italienne rendue aveugle par un tueur en série lors d’une attaque, recueille un jeune chinois, dont la vie a également été détruite par les actions du maniaque. Il va devenir son allié dans une lutte terrifiante pour se débarrasser définitivement du tueur en série…

Si en 2022, pour beaucoup, la mode est au multiverse, je remarque une autre tendence, qui elle me fait bien plus plaisir dans les faits. Car après David Cronenberg et ses Crimes du Futur, c’est au tour de Dario Argento de revenir au cinéma, après une pause de 10 ans, en revenant lui aussi à ses préoccupations premières après l’écart que fut Dracula 3D, et en ressortant du placard un script qu’il avait lui-même écrit avec Franco Ferrini en 2002, exactement comme Cronenberg. Bon, la différence, c’est que passé les années 2000, la carrière de Cronenberg tenait toujours la route, alors que celle d’Argento a fait un saut vertigineux dans le néant de la médiocrité, pour rester gentil, avec des films à la frontière entre le navet et le nanar, des films comme Mother of Tears, Giallo ou donc Dracula 3D. Un retour inespéré, inattendu, que l’on ne s’explique pas vraiment, surtout que donc, Argento revient au giallo, et qu’il est dedans depuis son premier film en 1971, autant dire qu’il a fait le tour du genre. Surtout aussi que contrairement aux thématiques de Cronenberg, le giallo, c’est un genre hyper codifié, que j’apprécie certes, mais qu’il me semble difficile de pouvoir renouveler en 2022. Bref, le métrage faisait peur, Argento allait-il revenir en forme après un détour chez Gaspar Noé comme acteur, ou allait-il continuer sa descente aux enfers avec un film inutile de plus ? Alors, ni l’un ni l’autre. Occhiali Neri de son petit nom, ou Dark Glasses à l’international, ce qui sera sans doute son film également pour son exploitation Française future (et probablement en DTV comme depuis un bout de temps), ressemble à du Argento, la maîtrise en moins, et a le plus souvent des allures de thriller un peu fauché, mais étrange et parsemé de moments qui relèvent clairement le niveau.

En gros, le genre de métrage clairement difficile à totalement détester lorsque l’on est fan d’Argento, mais qu’en ayant un minimum de bonne foi, difficile à totalement défendre tant Argento nous aura donné par le passé Les Frissons de l’Angoisse, Ténèbres et tant d’autres. Aucune surprise donc, nous sommes là face à un giallo, avec on tueur sadique portant des gants en cuir (sans doute encore joué par Argento pour les gros plans), et une héroïne devenue aveugle après un accident de voiture provoqué par le dit tueur, prostituée de profession, et qui tente de s’adapter à sa nouvelle vie pendant que comme souvent, la police galère à mener une enquête compétente. Je dois l’avouer, le duo de flics d’ailleurs, il me fait rire. Ils regardent une vidéo de sécurité, floue, et là « hmmm, le tueur a pu voler le véhicule et changer la plaque, c’est un indice ». Deux meurtres plus tard, en interrogeant notre héroïne certifiant que le van étant blanc « hmmm il a pu le repeindre, c’est un indice ». Bon, je me moque, et après tout, Argento, un peu comme Fulci également à l’époque, n’a jamais été pointilleux quand aux dialogues, ou même finalement, en étant un brin réaliste, les personnages secondaires. Ce ne sont que des artifices pour faire avancer l’intrigue. Le surjeu dans les films de genre Italien, on connait depuis le temps, pareil pour les éléments cités, et si c’est dommage de voir que la formule n’évolue toujours pas en 2022, l’amateur accepte ces points. Ce qui est plus dommage en réalité, c’est la qualité de la mise en scène, pas mauvaise, mais ayant un aspect un peu fauché, pas toujours aidé par la photographie, qui sort du lot pour une poignée de plans, mais aborde un ton beaucoup plus naturel et terne la plupart du temps. Ah, et puis il y a Asia Argento. Va-t-elle briser la malédiction qui fait qu’elle joue toujours mal dans les films de son père (à l’exception du Syndrôme de Stendhal, mais Le Fantôme de l’Opéra, Trauma, Mother of Tears et Dracula 3D ne viendront pas me contredire) ? Et bien étonnement, enfin débarrassée du rôle de premier plan et en étant donc uniquement secondaire dans l’intrigue, elle s’en sort beaucoup mieux. Débarrassée du poids d’un rôle à temps plein devant son père ? Allez savoir !

Bref, du bon et du moins bons. Là où Argento se fait clairement plaisir, c’est dans les mises à mort, souvent très sanglantes voir gore par moment, et qu’il n’hésite pas à faire durer pour rendre l’acte encore plus sadique. Autre point très positif et assez surprenant, dés les premières minutes où la musique retentit, on sent que l’on va avoir ici un superbe score musical (déjà un bon point car les derniers Argento à ce niveau…), et alors qu’on s’attend à voir un Claudio Simonetti à la barre tant les sonorités nous ramènent des années en arrière, et bien non, c’est un certain Arnaud Rebotini qui s’occupe de mettre en boite la musique. Félicitations à lui en tout cas, son travail, je peux clairement le conseiller. Quand au film, à vous de voir, selon vos attentes, suivant votre affinité avec Argento, suivant votre tolérance. Car même si c’est un grand pas en avant, techniquement, on est assez proche d’un Card Player, en bien plus violent, mais Card Player quand même, et le film n’est déjà pas bien apprécié du public (je l’aime pour ce qu’il est, un petit Argento). On y retrouve cet aspect un peu plus téléfilm, ainsi qu’un tueur aux motivations un peu légères (et ici, tueur révélé trop tôt). Jamais exceptionnel, mais jamais ennuyeux, un peu cheap mais fait avec sérieux, pas toujours convaincant ou crédible mais à d’autres moments plus convaincants. Bancal mais intéressant en soit, un film qui finalement montre qu’en s’appliquant un peu, Argento peut encore au moins fournir un travail potable et digeste.

Les plus

Des meurtres souvent graphiques
La musique
Quelques scènes sortant du lot

Les moins

Des acteurs pas tous au top
Un côté cheap visuellement
Des scènes bien plus maladroites

En bref : Dario Argento revient après 10 ans d’absence, en retournant au giallo. Clairement meilleur que ces derniers métrages, mais toujours un côté assez cheap en général, rattrapé par les meurtres, la musique, et finalement, le simple fait que ce soit plaisant à regarder.

A FEW WORDS IN ENGLISH
THE GOOD THE BAD
♥ Some pretty graphic murders
♥ The soundtrack
♥ A few really good scenes
⊗ All the actors are not that great
⊗ It looks often a little cheap
⊗ Some scenes hard to believe
After 10 years away from the industry, Dario Argento is back to giallo. Clearly, it’s better than his previous films, even if at times, it looks a bit cheap. But the killings, the soundtrack, and the simple fact that it’s a nice film to watch is enough.

2 réflexions sur « DARK GLASSES (Occhiali Neri) de Dario Argento (2022) »

  1. Je tombe des nues en découvrant un Argento nouveau ! Visiblement, ce n’est pas un retour prodigieux, et je note dans ton article plus de points négatifs que véritablement positif (le plus important étant le nom du réalisateur a qui on donne le bénéfice de la carrière prestigieuse). Je pense qu’il faut se filer les mauvais films qui précédent pour mieux aporicer celui-ci. J’espère qu’il sortira en salle, ça peut lui donner un peu plus de tenue.

    1. Quand tu regardes, il a pas mal de défauts en commun avec CARD PLAYER, qui s’était souvent fait descendre à sa sortie. Je l’avais perso acheté day one à l’époque, au bon vieux Virgin Megastore de La Défense alors que je rentrais du lycée (ah, Virgin…. RIP), et je ne le détestes pas. Il a pas mal de défauts, mais il se regarde, il a son charme, et j’adore la musique. Là un peu pareil, d’ailleurs le thème principal de ce OCCHIALI NERI tourne en boucle depuis, faisant parfois office de fond sonore quand je fais certains trucs sur l’ordinateur. Mais il est clair que le ressenti général, et l’état d’esprit en se lançant dans le métrage était aidé par les précédents méfaits d’Argento, qui permettent dans un sens de relativiser. Mais disons que même sans ça, le film a pourtant encore de beaux restes, éparpillés ci et là.
      Quand à une sortie en salles, je n’y crois pas, bien que Wild Bunch soit co-producteur du métrage. Déjà car Argento ne fait plus vendre auprès du grand public depuis 20 ans (comme pour De Palma et tant d’autres), et que je ne vois pas Wild Bunch prendre le risque de lancer une grande campagne marketing pour sortir ça sur les écrans face à ce même grand public qui niveau horreur ne comprendra pas trop la proposition, clairement encrée dans ce qu’Argento a toujours fait, et donc plus du tout dans l’ère du temps.

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