The Chant (2022 – Survival Horror – Playstation 5)

THE CHANT

Sortie : 3 Novembre 2022
Genre : Ceci est une secte
Studio : Brass Token
Editeur : Prime Matter
Existe sur : PC, Playstation 5, Xbox Series
Joué et testé sur : Playstation 5

Synopsis : Jess, une jeune femme marquée par un drame qui a coûté la vie de sa sœur lorsqu’elle était plus jeune, accepte l’invitation de son amie Kim pour se ressourcer sur une petite île au sein d’un groupe faisant un peu trop penser à une secte. Le soir même, tout tourne mal, et des forces malfaisantes se manifestent sur l’île, et tous les membres commencent à perdre pieds.

The Chant, c’est le genre de petit jeu que personne n’attendait, qui n’a pas beaucoup fait parler de lui, et que les gros médias n’ont pas forcément mit en avant. Développé par le nouveau studio Brass Token, constitué de vétérans de l’industrie, The Chant est en effet un petit jeu, très loin d’un AAA, avec sa petite équipe de développeur ne dépassant pas la trentaine de personnes. La publicité fut minime même si quelques trailers avaient pu attirer l’œil des amateurs, et aujourd’hui, un peu plus d’un an après sa sortie, The Chant, plus personne n’en parle. Et c’est bien dommage, puisque sans être un grand jeu, The Chant coche pas mal de cases pour faire plaisir à l’amateur, et surtout, propose une aventure horrifique qui, à défaut de faire peur, a son style bien à elle, se fait avec grand plaisir, et à l’heure où la majeure partie des petits studios se lançant dans le genre ont recours à la vue subjective et aux parties de cache-cache donnant une absence totale de gameplay (puisqu’un personne dans un jeu horrifique ne sait même pas ramasser un balais ou un couteau pour se défendre, c’est bien connu), The Chant ne prend pas du tout cette voie. Vue à la troisième personne derrière le personnage, pas de cache-cache, des armes de fortune que l’on craftera au fur et à mesure de l’aventure pour défoncer ce qui se trouve sur notre route, combats de boss, vraies énigmes à base de jeux de lumières ou de plantes à mixer dans le bon ordre… Mieux, après même pas quelques minutes, on comprend immédiatement les influences du titre, et on se dit bien évidemment que The Chant, si Stuart Gordon était encore en vie et Brian Yuzna encore en activité, ça aurait pu être leur bébé si ils avaient bossés dans le monde du jeu vidéo, rien que ça.

Oui, et rien que ça, ça donne forcément envie. Après un court prologue, nous incarnons Jess, qui arrive sur une petite île pour rejoindre son amie Kim, qui a rejoint un groupe afin de se ressourcer, un groupe qui immédiatement, avec leur tenue blanche, leur amour des plantes et leur croyance envers la science prismique, fait penser à une secte, même si pendant longtemps, personne n’osera l’avouer, ni même utiliser ce fameux mot. Mais qu’importe. Durant notre arrivée sur l’île, on se familiarise avec le gameplay, pas bien compliqué il est vrai. On explore, on collecte des matériaux, ce qui permet, avec quelques plantes et de la ficelle de confectionner des torches ayant différent attribut (pour des ennemis différents donc), ce qui nous permettra de nous défendre. Tout cela est très rapide et très simple à prendre en main, et l’on pourra y rajouter par la suite la collecte de sel pour repousser des ennemis, et d’huiles afin de confectionner des cocktails maisons qui brûleront nos ennemis. Car passé les déambulations sur l’île, nous arrivons en son centre, ce qui servira de hub par la suite, là où les résidents sont installés. Le jeu nous force à parler avec les rares habitants, que ce soit Hannah la blonde amoureuse et peu sûre d’elle, Maya et son trauma, Sonny qui n’en fait qu’à sa tête, ou bien entendu, le gourou de cette secte, qui en a totalement le look avec son style hippie. Quelques bavardages, quelques petites quêtes annexes qui nous permettent de nous familiariser avec le reste des commandes et les différentes « barres de vie » (à savoir, la vie, la santé mentale, et une autre barre, peu utile en soit, si ce n’est qu’en l’utilisant, on fait remonter notre santé mentale). Et là, le drame arrive, lors de la réunion nocturne qui tourne mal, très mal, avec Kim qui panique, comme possédée, s’enfuie, et des créatures infernales qui commencent à apparaître.

En quelques instants, cette belle île de jour se transforme en cauchemar nocturne, où il va falloir explorer chaque partie de l’île (une par personnage), avec un boss à la fin, afin de récupérer des cristaux et espérer mettre fin à tout ce bordel, et sauver le plus de monde possible. D’entrée de jeu, les inspirations sont encore plus évidentes, avec ces éclairages colorés qui, dans le monde du jeu vidéo, donne un cachet unique à The Chant, mais qui, dans le fond, nous rappelle bel et bien quelques excentricités de Gordon et Yuzna (From Beyond par exemple), ou encore les récents Beyond the Black Rainbow et Mandy, de Panos Cosmatos. Et c’est exactement ça. Une secte, un culte étrange, une porte vers une autre dimension, des hallucinations, des créatures tentaculaires souvent venues d’ailleurs, des esprits qui se fragilisent pour laisser le mal en prendre le contrôle. The Chant, c’est du pur Lovecraft vidéoludique, qui se rapproche de ses influences cinématographiques, là où les autres adaptations (Call of Cthulhu, The Sinking City) se rapprochaient bien plus de l’influence première, et donc, de l’influence littéraire. Pendant environ 6 ou 7 heures, le joueur va évoluer dans un cauchemar psychédélique, à base de brume multicolores, de créatures douteuses et de secte, pour récupérer des cristaux et espérer se barrer bien vite de cette île, de préférence avec notre amie Kim, et si possible quelques autres membres du culte qui n’avaient en réalité rien demandé. Pendant cette durée honnête pour le genre, encore plus pour un petit jeu développé par une petite équipe et vendu de base à un prix décent (40 euros à sa sortie), le joueur va en baver, devoir résoudre des énigmes, affronter des boss, gérer sa santé mentale (qui diminue dès que l’on pénètre dans la brume), et bien évidemment, tenter de rester en vie. Et ce ne sera pas si simple.

Car on meurt, parfois injustement certes, même si ce n’est jamais bien grave. L’esquive (avec la touche rond sur Playstation 5), il va falloir la maitriser. Nos armes de fortune, elles ne durent jamais vraiment longtemps, et si l’on a l’impression que les ressources à ramasser sont rares, elles sont en réalité souvent bien positionnées certes, mais toujours dans un nombre « idéal ». Si bien que l’on aura souvent l’impression d’être au bord du gouffre, en manque d’armes, surtout qu’au début du jeu, l’inventaire est très limité. Rapidement ceci dit, en utilisant ce qui nous tombe sous la main, en se soignant, en éliminant des créatures, on gagne de l’expérience dans les différentes catégories (santé, mentale), ce qui nous permet d’augmenter la taille de notre inventaire, les dégâts infligés et reçus, et nos barres de santé et de mental. Vu que les ennemis deviennent rapidement plus robustes, parfait. The Chant n’est pas un jeu difficile en soit, mais il est vrai qu’il paraît dosé pour que l’on s’en sorte bien mais jamais parfaitement. Il n’est pas rare de terminer un chapitre avec très peu de munitions et d’objets restants, et si l’on ne maitrise pas l’esquive, peu de vie. Est-ce volontaire de la part des développeurs pour coller à l’ambiance et l’intrigue des personnages, ou juste un choix de design pour faire flipper le joueur quant à la suite de l’aventure ? Telle est la question, dont l’on n’aura jamais la réponse probablement. Par contre, il faut bien l’avouer, autant l’ambiance du titre est top, doublée d’un excellent sound design, autant le jeu ne fera jamais peur, ne nous prendra jamais aux tripes. The Chant est même plutôt fun, et étant prenant, se termine très rapidement.

Sans mériter de prix ou quoi que ce soit, l’aventure est intéressante, bien écrite, se suit très bien et respire bien les B movies dont elle s’inspire, avec l’incorporation de tout un tas de clichés qui feront sourire, et de situations toujours plus grosses. Les personnages, en soit tous des archétypes bien connus, sont plaisants à découvrir, et il y a surtout le culte et les créatures derrière tout ça, dont l’on va apprendre énormément en ramassant des notes un peu partout, et en récupérant dix bobines que l’on pourra regarder en se servant de projecteurs. Dans le fond, nous avons donc là le parfait petit jeu rendant hommage à Lovecraft et surtout à ses extensions audiovisuelles, le tout dans un jeu ni trop long, ni trop court, qui contient juste ce qu’il faut de challenge (autant en combats qu’en énigmes) pour maintenir en haleine sur toute sa durée. Qu’est ce qui cloche donc ? Petit jeu oblige, The Chant est loin d’être parfait. Objectivement, si le jeu est beau dans sa direction artistique et ses décors, il impressionne moins au niveau des animations faciales, ou des animations tout court. On regrettera par moment quelques petits soucis de hitbox, heureusement peu pénalisantes lors des combats. D’ailleurs, en parlant des combats, autant le gameplay reste sympathiques et ces mécaniques simples, mais arrivé au bout de l’aventure, on pourra les trouver limite trop simples, peu variées dans l’ensemble. Car ça n’évolue pas vraiment. Mais qu’importe, le tout reste fun et prenant, et finalement, le plus gros défaut du titre, et tout cela reste subjectif, c’est que la peur est absente, malgré une ambiance au top. Rien de dramatique en soit, mais il faut le savoir pour ne pas être déçu en se lançant dans The Chant. Un petit coup de cœur malgré tout pour moi. Dommage qu’en ne sortant que sur les nouvelles générations de consoles (même si en soit, après 3 ans maintenant, c’est normal et il serait même temps), The Chant est sans doute encore plus passé inaperçu.

Les plus

Beau visuellement
Du pur Lovecraft
Pour un jeu, son univers coloré est original
Du background intéressant
Les affrontements, ni trop durs, ni trop faciles
Une durée honnête pour le genre
Excellent design sonore

Les moins

Ne fait jamais peur
Les animations, notamment faciales, pas parfaites
Des affrontements funs, mais peu variés au final

En bref : The Chant, on n’en a pas assez parlé. Petit jeu développé par une équipe de passionné, fortement influencé par Lovecraft et ses adaptations filmiques (l’ombre de Gordon et Yuzna est là), l’aventure proposée est fun, intéressante, parsemée de créatures monstrueuses et d’énigmes bien fichues, et on se prend clairement au jeu pendant environ 7h. Quelques défauts, et une peur absente, mais qu’importe, le jeu est vraiment prenant, à tel point qu’il est difficile de lâcher la manette avant le final.

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