SHIROME (シロメ) de Shiraishi Kôji (2010)

SHIROME

Titre original : シロメ
2010 – Japon
Genre : Les idoles crient et pleurent souvent
Durée : 1h23
Réalisation : Shiraishi Kôji
Musique : –
Scénario : Shiraishi Kôji

Avec Momota Kanako, Sasaki Ayaka, Hayami Akari, Ariyasu Momoka, Takagi Reni, Shiraishi Kôji, Imani Eisuke et Kamashima Kenjirô

Synopsis: Shiraishi Kôji (oui oui, le réalisateur de pas mal de films de genre) est sollicité pour réaliser une émission mettant en vedette un groupe d’idole, Momoiro Clover, qui en est déjà à leurs troisième album, qui était classé numéro un au top des ventes. Le but de l’émission est d’amener le groupe des six jeunes filles sur les traces de la légende de Shirome. Il est dit que dans un bâtiment abandonné, si l’on s’arrête en face d’un papillon gravé sur le mur en répétant trois fois un vœu, celui-ci se réalisera. Mais si notre vœu n’est pas pur, Shirome viendra s’occuper de vous.

Shiraishi Kôji avait une carrière tout à fait intéressante, jusqu’en 2010. Après plusieurs films marquants (Noroi), commercialement rentables (Carved – The slit Mouthed Woman) ou ayant défrayés la chronique (Grotesque), le réalisateur s’enfonça dans le V-Cinéma avec les deux opus de Teke Teke en 2009, pourtant encore tout à fait recommandables. La même année (il avait également signé Grotesque), il retourne à un genre qui lui a permis de faire parler de lui en 2005 avec Noroi : le faux documentaire, ou documenteur. Il signa ainsi le film Occult (un des seuls films de Shiraishi que je n’ai pas vu par ailleurs). Et dés 2010, le bonhomme ne se fait pas attendre en signant deux films méconnus prenant encore la voix du documenteur (rassurez vous, il continuera également cette année avec Chô Akunin, que j’aimerais bien me procurer) Bref, 2010 fut l’année de son Shirome, le film qui nous intéresse aujourd’hui. Pour qui connaît ou s’intéresse à la carrière du réalisateur, il est amusant de constater que ces films les moins intéressants sont… ceux mettant en scène des idoles. Oui, avec Kami Idol Sousenkyo Battle sorti cette année, Shirome est la pire mer… le pire film livré par son metteur en scène. Pourtant, comme dans le titre précité, tout commence bien. On nous présente en quelques instants dans un style documentaire auquel nous sommes à présent habitué le vrai groupe Momoiro Clover. Les répétitions, puis Shiraishi Kôji himself débarque pour expliquer à nos jeunes idoles le principe du film en lui-même. Une mise en bouche rapide, intéressante, qui a le mérite de donner envie d’aller plus loin. Et oui, on ne se doute pas encore de tout ce qui nous attend par la suite. Ou plutôt de tout ce qui ne nous attend pas par la suite. Le concept donc, mettant en scène le vrai groupe, et Shiraishi lui-même dans son propre rôle également, demanderait quelques recherches pour savoir comment tout cela s’est vraiment préparé, mais le concept est intéressant. Des idoles, un réalisateur qui livre parfois  des films qui tâche, parfois des films de tensions, une légende , un bâtiment abandonné. Tout pour faire plaisir au fan du genre. Seulement oui, mais en fait non.

Passé cette très rapidement introduction qui met dans le ton, le réalisateur décide de faire intervenir dans son récit (si les sources imdb sont correctes, Shiraishi a également écrit le scénario – bon par contre il n’est pas cité comme acteur, donc info ou intox ?) différents personnages qui apporteront des explications tout le long du film. Intéressant comme ça sur le papier. Nous aurons donc droit, comme dans les vraies émissions japonaises, à un écrivain sur le paranormal, un prêtre, tout ça. Sauf que Shirome est censé être un film de fiction, et très rapidement, tout s’écroule sous le poids de ces nombreux dialogues expliquant encore et encore la légende de Shirome. Une fois, ça passe, une seconde, ça devient lourd, mais quand on le répète encore et encore, non ! Shiraishi poussera même le bouchon encore plus loin, en plaçant à divers endroits des interviews des six idoles pour faire encore plus vraie émission. Sauf que bon, les jeunes filles se répètent tout le long du film. Une fois, deux fois, trois fois. Oui, on le sait, elles ont peur, ne veulent pas y aller, mais comme c’est pour demander à Shirome d’apparaître dans une émission concours, elles vont le faire, unies. Une pour toutes et toutes pour une. Cette répétitivité ne se remarquera pas seulement dans les dialogues ou quelques scènes, mais également dans les réactions de nos idoles. Pour faire simple, tout le long du film, elles ne font que deux choses : crier et pleurer. Je suis mauvaise langue, par moment, elles chantent et dansent aussi. Chronologiquement, pour résumer, ça danse, ça chante, ça parle, ça a peur, ça pleure, ça écoute des directives, ça parle à la caméra, ça dort, ça prend la voiture, ça reparle, ça se représente encore une fois, ça parle, ça chante encore, ça a encore un peu peur, et ça pleure encore. Spectacle jouissif en prévision n’est ce pas ? Ah, j’ai oublié de préciser que jusque là, j’avais résumé les 50 premières minutes du métrage, ne durant que 1h23, tout de même. Pendant tout ce temps, on l’attend notre légende, notre fantôme ou peu importe, Shirome quoi. On l’attend également longtemps notre bâtiment abandonné. Car si après une demi heure, elles arrivent devant le dit bâtiment, en fait, une école (et j’adore les écoles abandonnées pourtant), non, il faudra encore parler devant l’école, écouter le prêtre, écouter encore l’écrivain spécialisé, prier, et attendre la nuit pour pénétrer dans l’enceinte de l’école.

Et là, il ne reste que 30 minutes au compteur. Maigre constat pour le moment, même si Shiraishi, réalisateur néanmoins (en général) intéressant et ingénieux, peut encore nous révéler quelques surprises. Pourtant, on les attend les bonnes surprises, longtemps, très longtemps, car elles ne viendront pas. Le film continue son petit bonhomme de chemin tranquillement, se transformant alors en film de couloir assez mou du genou. Avec un éclairage d’émission télévisée, les idoles évoluent avec un prêtre et l’équipe de tournage dans le bâtiment, avancent, sursautent, avancent à nouveau, s’arrêtent au moindre bruit étrange, avant de reprendre leur route. Et quand finalement on se dit que ça va bouger, le réalisateur nous inflige à nouveau quelques chansons et chorégraphies  (et pourtant, je n’ai absolument rien contre la J-Pop, j’en écoute parfois, mais là je voulais voir un film). A se demander si l’on est devant un vrai film ou un foutage de gueule pour la promotion du nouvel album de Momoiro Clover. Du début à la fin, il ne se passera rien de véritablement passionnant, puisque l’intrigue n’évoluera pas vraiment. Shiraishi Kôji devrait véritablement s’éloigner des idoles, tant cela n’apporte absolument rien à son cinéma. Il a pourtant prouvé avec Noroi qu’il savait réaliser un faux documentaire, avec en main un scénario intéressant et travaillé. Dans Shirome, le scénario ne semble n’être composé que de longs dialogues de remplissage. Et comme pour Kami Idol Sousenkyo Battle réalisé un an ensuite, Shiraishi nous fait le coup du final pas si final que ça qui remet tout le film en doute. Et si l’idée n’est pas mauvaise en soit, elle ne fonctionne absolument pas, comme pour Kami Idol… Shiraishi, je t’en prie, je t’aimais bien, tu ne veux pas retourner faire des vrais petits films inspirés comme au début ?

Les plus
Le début donne envie
Un beau décor avec l’école
Pas trop mal filmé
Les moins
Que c’est long
Répétitif
Ça parle ça parle mais il ne se passe rien
Tout ça pour… ça

En bref : Shiraishi Kôji tombe de haut et continue sa descente aux enfers. Shirome, s’il part d’un concept usé, avait de bonnes cartes en main. Le problème, c’est que jamais il ne les utilise. Au lieu de ça, ça parle beaucoup, ça tourne en rond, et les idoles passent leur temps à crier et pleurer.

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