U-TURN de Oliver Stone


U-TURN – ICI COMMENCE L’ENFER

Titre original : U Turn
1997 – Etats Unis
Genre : Policier
Réalisation : Oliver Stone
Musique : Ennio Morricone
Scénario : John Ridley d’après son roman
Avec Sean Penn, Jennifer Lopez, Nick Nolte, Billy Bob Thornton, Jon Voight, Powers Boothe, Claire Danes et Joaquin Phoenix

Synopsis : Bobby doit de l’argent à la mafia. Sans le sou, il part à Las Vegas pour tenter de négocier. Il tombe en panne dans un petit village paumé. En attendant que sa voiture soit réparée, il perd tout l’argent qu’il a sur lui suite à un hold-up. Il finit par rencontrer Grace et son mari Jake. Jake lui propose de tuer sa femme contre une grosse somme d’argent.

Il y a une époque où chaque film d’Oliver Stone était attendu. Oui, l’homme avait derrière lui un bon paquet de films cultes, et de films possédant de forts messages, souvent politiques. Platoon, Wall Street, JFK, Nixon, Tueurs Nés. En 1997, il se lance dans U-Turn, l’adaptation d’un roman de John Ridley (il signe lui-même le scénario), un petit polar sans prétention, sans message, juste du divertissement. Du coup oui, je comprends que les fans de Stone pouvaient être déçus face au film. Mais quand on aime les polars, les femmes manipulatrices, l’ambiance sombre pleine de poussière, de sang et de luxure des petites villes paumées, et bien forcément, U-Turn attire le regard, surtout avec un tel casting. Sean Penn faillit d’ailleurs ne pas faire le film, prit sur un autre projet et remplacé par Bill Paxton, qui une semaine avant le tournage, quitta tout. Sean Penn de nouveau disponible rejoint alors l’équipe. Donc oui, U-Turn bénéficie de la présence de l’excellent Sean Penn dans le rôle principal de Bobby, le mec qui a la poisse. Bobby doit de l’argent, une grosse somme, et alors qu’il est en route pour payer ses dettes, il a la poisse. Seule opportunité devant lui, se rendre au village de Superior. Et croyez-moi, il n’y a rien de supérieur dans ce village. Dés son arrivée, Bobby cumule les « pas de bol ». Il laisse sa voiture chez Harlan, le mécanicien du coin (joué par Billy Bob Thornton), qui tant qu’il n’est pas payé continuera de bricoler la voiture pour augmenter les prix. Puis il se fait draguer par Grace, jouée par Jennifer Lopez, qui trouve là son second bon rôle au cinéma après Hors d’Atteinte de Soderbergh. Sauf que forcément, la jeune femme est mariée à Jake, excellent Nick Nolte.

Jake veut que Bobby tue sa femme contre de l’argent, mais Bobby fuit, comme il l’a toujours fait durant toute sa vie. Il compte bien sortir de cette merde le Bobby, sauf qu’en cours de route, à l’épicerie du coin, il est témoin d’un braquage qui tourne mal et perds tout son argent. Il ne peut donc plus payer le mécanicien, ni rembourser ses dettes. Et pour ne rien arranger, Superior est peuplée de personnages hauts en couleurs. Oui, il y a aussi le shérif qui ne le voit pas du bon œil, Toby (Joaquin Phoenix) qui aime se faire appeler TNT (il a même fait des trous dans ses cheveux pour y graver les lettres) et qui veut le frapper car sa copine (Claine Danes) lui court après, l’indien aveugle du coin qui se trimbale avec son chien mort (Jon Voight). Oui, de bien beaux personnages pour un bien beau village. Seule solution pour Bobby, retourner voir Jake pour tenter de tuer Grace, obtenir l’argent, pouvoir quitter Superior et rembourser ses dettes, dettes qui lui auront déjà coûtées 2 doigts. U-Turn, c’est du polar Américain tout ce qu’il y a du plus classique sur le papier, et absolument irrésistible à l’écran. Olivier Stone après Tueurs Nés en 1994, continue d’expérimenter avec sa caméra et n’a peur de rien. Contre-Plongées, grand angles, effets de styles, montage cut, gros plans qui déforment, utilisation d’objectifs fish eye, U-Turn se veut tape à l’œil, racoleur visuellement dirons certains. Et pourtant, cette ambiance visuellement survoltée vient donner un aspect différent à une histoire toute simple et déjà vue.

Le personnage qui n’a pas de bol, arrive dans un bled paumé et est payé pour tuer quelqu’un, cela rappelle grandement Red Rock West de John Dahl, datant de seulement 1993. Mais Oliver Stone, en stylisant sa mise en scène, s’en éloigne radicalement, donnant alors une impression de rêve, ou plutôt de cauchemar sans fin, un cauchemar parfois surréaliste duquel Bobby n’arrive jamais à s’en sortir, tout comme le spectateur, prisonnier à ses côtés durant 2h. Durant 2h, Bobby subit sa propre vie, ses emmerdes, et personne autour de lui ne semble être assez honnête pour lui en venir en aide. Au final, seul l’indien aveugle parait presque normal dans ce portrait de l’Amérique profonde, et chaque personnage semble ajouter sa pierre à l’édifice du n’importe quoi, donnant un petit aspect comique aux situations, mais un comique encré dans un monde bien réel, et qui transforme ce monde en univers grotesque. Et bien entendu, ce qui amènera Bobby à sa perte, comme toujours, ce sera la femme, manipulatrice, dont on finit par douter de chacune de ces phrases, chacun de ces actes. Jennifer Lopez parvient même à être crédible dans son rôle. Acteurs parfaits, mise en scène surréaliste, Ennio Morricone à la musique rajoute sa pierre à l’édifice, donnant quelques thèmes absolument géniaux au métrage qui baigne dans une ambiance des années 50 (avec des vieux tubes passant souvent à la radio). U-Turn est un gros coup de cœur pour moi, un métrage amusant parfois, glauque à d’autres, survolté, officiant dans un genre que j’affectionne particulièrement. Peut-être quelques petites longueurs sur la fin néanmoins, et si on n’adhère pas au délire, une mise en scène beaucoup trop tape à l’œil, ce qui n’est donc pas du tout mon cas.

Les plus

Un excellent casting
Un aspect de cauchemar éveillé
La mise en scène d’Oliver Stone
La bande son d’Ennio Morricone

Les moins

Un poil trop long sur la fin

 
En bref : Un petit thriller totalement déjanté, tant par ses personnages hauts en couleurs que par sa mise en scène surréaliste. U-Turn est une plongée dans le cauchemar de Sean Penn, le mec qui n’a vraiment pas de bol.

2 commentaires

  1. Un grand film que tu nous présentes là ! L’un de mes films favoris d’ailleurs ^^

    Faut dire que l’univers est complètement déjanté (limite à côté de la plaque), la BO est diablement bonne, l’humour noir est omniprésent (ça me rappelle l’époque où j’avais une humeur caustique ultra-séduisante), et puis Sean Penn et Jennifer Lopez quoi, deux acteurs vraiment inattendus pour l’époque mais ô combien « captivating » (je préfère le dire à l’anglaise) !!! Super article Rick !

    1. Et bien, voilà qui fait plaisir, tu as donc très bon goût. Comme beaucoup de films je l’avais vu à l’époque sur Canal + et enregistré sur VHS, je devais avoir quoi, 12 ans. Ça fait parti des films que je regarde de temps en temps car je les adore, aux côtés de trucs très très variés (genre Donnie Darko, Possession, les Goonies, Robocop, Prince des Ténèbres).

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