CURSED de Wes Craven


CURSED

Titre original : Cursed
2005 – Etats Unis
Genre : Carnage de production
Réalisation : Wes Craven
Musique : Marco Beltrami
Scénario : Kevin Williamson
Avec Christina Ricci, Jesse Eisenberg, Judy Greer, Portia de Rossi, Scott Baio, Joshua Jackson, Shannon Elizabeth et Scott Foley

Synopsis : Ellie et Jimmy vivent seuls depuis la mort de leurs parents. Elle travaille pour une chaîne de télévision et lui est encore au lycée. Un soir, en rentrant chez eux, ils percutent un animal et ont un accident de voiture avec leur chien, Zipper. De là, un loup-garou les attaque et les griffe. C’est ainsi qu’ils sont contaminés, et vont peu à peu devoir empêcher la malédiction du loup-garou de se réaliser.

Cursed, c’est un cas d’école, un bataille constante, une bataille de 2 ans et demi, un carnage cinématographique, un four au box office, et surtout, un mix improbable entre le navet et le nanar, le tout financé à hauteur de 38 millions de dollars, une somme tout simplement hallucinante pour un film d’horreur, un film de loup garou, un film de Wes Craven, tout ce que l’on veut. Un cas assez spécial dont l’on discute encore aujourd’hui. En 2014, l’actrice Judy Greer, ayant un rôle important dans le métrage, en parlait encore en interview, ne comprenant pas pourquoi les choses sont devenues ce qu’elles sont. Lister tous les soucis du métrage sont nombreux. Wes Craven devait au départ faire un autre métrage, mais a été amené sur le projet Cursed pour les frères Weinstein et Dimension Films. Un projet rapide qui aurait pu le faire patienter avant de se lancer dans un autre projet. Tout se passait bien au début, sauf qu’une fois 90% du métrage tourné, en réalité, quasiment tout sauf le final, sauf que Bob Weinstein changea d’avis et ordonna à l’équipe de retourner intégralement le film. Le film fut donc réécrit au fur et à mesure qu’il fut retourné. De nombreux acteurs ne peuvent revenir, soit à cause de conflits d’emploi du temps, soit parce qu’ils n’aiment pas la direction que le projet prend, le final est intégralement changé, l’intrigue même du film est changé. Au départ, Cursed parlait de trois personnages réunis par un accident de voiture et qui vont essayer de comprendre qui est le loup garou pour stopper la malédiction. Dans la version réécrite, il n’y a plus que deux personnages, le troisième étant Shannon Elizabeth et mourant d’entrée de jeu.

Mandy Moore qui avait tournée toutes ses scènes est remplacée par Mya, Skeet Ulrich quitte le métrage suite aux changements apportés au script et est remplacé par Joshua Jackson, les trois personnages principaux sont totalement réécrits (deux deviennent frère et soeur, alors qu’ils étaient des inconnus qui ne se connaissaient pas dans la première version), et du aux réécritures et au retournage quasi intégral, les scènes de Illeana Douglas, Heather Langenkamp, Scott Foley, Omar Epps, Robert Forster, James Brolin et Corey Feldman sont coupées. Au final, que reste-il du carnage Cursed en regardant le métrage terminé, tel qu’il est ? Et bien on ne va pas mentir, c’est mauvais. Pas si catastrophique que ça dans le sens où quelques scènes tirent leurs épingles du jeu, mais disons le clairement, le film est, à 30%, un film sérieux, mais également à 35% un navet au choix chiant ou embarrassant, et à 35% un nanar totalement à mourir de rire. Et à vrai dire, qu’est ce qu’il y avait à ajouter au mythe du loup-garou en 2005 ? Le Loup-Garou de Londres et Hurlements en 1981 avaient au final déjà fait le tour de la question, même si dans les années 2000, Dog Soldiers se faisait fun et Ginger Snaps était une grande surprise. Il suffit de voir Wes Craven à la mise en scène et Kevin Williamson au scénario pour comprendre les intentions de base du métrage, à savoir démythifier le mythe du loup-garou, le prendre à contre sens, avec ironie. Le souci, c’est que le scénario n’est pas passionnant et parfois risible. Les rebondissements sont prévisibles, les situations s’enchaînent sans être convaincantes. En fait, c’est simple, Cursed c’est juste Scream mais avec un loup-garou. Il faudra encore deviner l’identité du tueur (de la bête), il y a encore des prétextes bidons (la jalousie, tout ça). Scénaristiquement, ce n’est pas une réussite, et il faut avouer que les réécritures n’ont pas du faire du bien à un projet sans doute fragile mais peut-être mieux pensé au départ.

Mais, et là on entre dans le gros du sujet, à côté il y a le reste, notamment la mise en scène, peu inspirée, et les effets spéciaux, voir des scènes en particulier qui semblent venir d’autres métrages tant elles sont en décalage avec l’approche sérieuse que le film veut se donner par moment. Ainsi, quand on ne s’ennuie pas devant une intrigue cousue de fil blanc, nous voilà face à un film mettant en avant un loup-garou, le plus souvent en CGI totalement dégueulasses. Quand vont-ils comprendre que les loups-garous les mieux faits sont ceux faits sur le plateau, comme dans les films des années 80, ou même à la même période dans les Ginger Snaps. Van Helsing, Underworld (même si j’aime bien certains Underworld), les loups sont moches dés qu’ils sont en CGI. Que ce soit les déplacements de la bête ou les transformations, Cursed utilise des CGI qui agresse les yeux tant l’ensemble manque de finition, de réalisme, de textures. Un carnage. Et comme passé la première moitié du film, le métrage veut se faire « généreux », la bête sera beaucoup présente, le film se transforme même en affrontement, le plus souvent raté. Car il n’y a pas que le look du loup qui est raté, mais les scènes en elles-mêmes sont ridicules, avec par exemple Jesse Eisenberg qui fuit en marchant au plafond, ou le pire du pire, cette scène dont tout le monde a entendu parler, la scène du loup-garou qui débarque et fait un doigt.

Véridique, cette foutue scène est dans le film. Et si elle est, en terme de crédibilité, la pire, elle est en terme de divertissement nanar la meilleure. Du grand cinéma je vous dis ! Mais comme je l’annonçais, si le film est un carnage, tout n’est pas à jeter. 35% du film est à jeter intégralement soit par sa nullité, soit par son ennui, et un autre quart du métrage est également à jeter, mais ironiquement nous réveillera et nous fera rire, car on hallucine. Oui, la scène du doigt, mais également l’affrontement final, totalement nawak. Et à côté, il y a des scènes sérieuses qui étonnement s’en sortent vraiment bien. On pourra noter la première attaque au début du film dans la voiture, plutôt bien foutue, tout en suggestion, et avec une bête certes ultra furtive mais qui n’a pas l’air d’être générée par informatique. Ou encore, bien plus tardivement, la scène des miroirs, plutôt réussie dans sa mise en scène et sa tension qui semble s’étirer. Des moments rares qui semblent venir d’un autre film vu le sérieux de ces scènes. Et puis malgré la stupidité de l’ensemble, certains acteurs font du bon boulot, comme les deux principaux, Christina Ricci et Jesse Eisenberg (que l’on découvrait, bien avant Zombieland et compagnie), plutôt investis. Un gâchis de talent sans aucun doute. Cursed est donc un mauvais film, un film maudit qui porte donc bien son nom. Je ne suis pas un grand fan de Wes Craven, et quand on ne lui laisse pas faire ce qu’il veut, c’est sans doute pire.

Les plus

Quelques bons acteurs
Des scènes nanardes qui font rire
Quelques rares scènes efficaces

Les moins

Parfois l’ennui pointe le bout de son nez
Une narration classique et prévisible
Des moments ridicules
Le loup-garou en CGI, ignoble

 

En bref : Cursed est maudit, et raté. Quelques rares moments à sauver dans un film qui n’invente rien et est souvent de mauvais goût.

7 commentaires

  1. Sans doute le Craven qui se traîne la réputation la plus calamiteuse (quoique, « la Créature du Marais »…) et je constate que ton texte ne vient pas à son secours.
    Je me suis toujours gardé de ternir la bonne image que j’ai de Craven (quoique, « la Créature du Marais »…) en évitant ce « Cursed » comme la peste.
    Il faut dire, come tu le rappelles dans ton texte, que le thème du lycanthrope a été battu et rebattu avec plus ou moins de bonheur d’ailleurs. Tu cites à l’époque les formidables « Ginger snaps » et dans une (très) moindre mesure le film de Marshall, mais je me souviens aussi d’un film avec Julie Delpy, comment s’appelait-il déjà ?… 😉
    De toute façon, les films de Loups-Garous, à commencer par les plus anciens (celui avec Chaney Jr) ne m’ont jamais vraiment convaincus. J’ai toujours trouvé qu’ils reprenaient peu ou prou l’histoire de Stevenson et de son savant bipolaire. Mais tout de même, c’est vrai, il y a eu Fisher, Brahm, Wadleigh, Dante, Landis, voire Tourneur pour une variante plus « Féline ». 😉

    1. Tu devrais le tenter pourtant, rires assurés 😉 Sauf oui si tu es fan de Craven, là ça doit faire bien plus mal. Personnellement, à l’exception des Griffes de la Nuit et à la limite du Sous-Sol de la Peur, je ne suis pas fan du monsieur. Par contre tu m’as rendu très curieux pour La Créature du Marais, que je n’ai jamais vu.
      Le Dog Soldiers de Marshall, c’est un plaisir coupable pour moi, c’est pas franchement bon, mais divertissant et j’aime bien le look des loups, donc capital sympathie malgré tout. « Le Loup-Garou de Delpy » je l’ai heureusement un peu totalement zappé de ma mémoire suite à la première vision sur Canal + donc il y a bien 20 ans….

      1. J’ai eu mes hauts et mes bas avec Craven, mais à bien y regarder, et après m’être un peu documenté sur le bonhomme, c’est tout de même un réal qui a compté et qui compte encore.
        Tu peux tenter « la créature du marais », rires garantis également, et s’il te reste un peu de courage, « le retour de la créature du Lagon » signé d’un des plus grands artistes du Z en la personne de Jim Wynorski.
        Les loups de Marshall sont effectivement très chouettes, même s’il sont très clairement inspirés de ceux de Hurlements. Celui de Delpy est clairement effaçable.

      2. Disons que je trouve qu’il compte en effet, c’est indéniable, et qu’il a un certain capital sympathie, mais je trouve la plupart de ses oeuvres assez bancales (La Dernière Maison sur la Gauche et La Colline a des Yeux, j’adhère pas rien à faire. La Ferme de la Terreur ben c’est du téléfilm et ça se sent. Même Scream j’ai beaucoup de mal mais pour des raisons complexes, au final je reconnais que c’est pas mal.
        Mon dieu, Jim Wynorski, j’ai vu quelques films de lui (son Sorority House Massacre 2 m’aura tellement fait rire), et j’en ai d’autres à voir, notamment l’apparemment immonde Camel Spiders, mais une amie joue dedans, donc bon, pour compatir…
        Ironiquement, même si je préfère largement Le Loup-Garou de Londres par exemple à Hurlements, qui a un peu vieillit, j’ai toujours une préférence pour les loups-garous qui se tiennent sur leur patte arrière, ce qui en fait un bon croisement entre l’homme et l’animal, donc Marshall m’a brossé dans le sens du poil on dira.

      3. C’est vrai que ses films ont des défauts, mais ce qui me plaît, c’est la manière qu’il avait, dans ses meilleurs films (et même dans « le sous-sol » qui me séduit moins) c’est de montrer par le fantastique ou le slasher comment la violence infuse en chaque être, comment la victime peut soudain se changer en bourreau (Freddy lynché par les parents, la famille de « la colline », celle de « la dernière maison sur la gauche »). Et puis j’ai aimé cette exploration de nos peurs véhiculées par les médias et les images populaires (Shoker, les Scream, le dernier Freddy) et le folklore traditionnel (« the serpent and the rainbow » ou même ce « Cursed » ).

        Entre comédie et ironie, on sent que Marshall tente de se frayer une place entre les deux jalons du genre, sans pour autant avoir le même talent de mise en scène me semble-t-il.

      4. J’aime bien Le Sous-Sol de la Peur, et je ne l’explique pas, le film utilisant un humour parfois assez… « lourd » on dira, qui est quasi le même que dans Shocker, avec lequel j’ai beaucoup de mal. Enfin je pense que ça reste un metteur en scène intéressant malgré ces défauts en tout cas. The Serpent and the Rainbow est le second film de Craven que je n’ai pas vu.

        Marshall est en quelque sorte tombé dans le piège du premier film qui veut être référentiel mais essaye d’utiliser l’humour pour avoir une certaine distance, sans pour autant vraiment savoir sur quel pied danser. Les gros défauts techniques de Dog Soldiers sont clairement son montage parfois trop cut quand ça se bouge, et l’éclairage nocturne parfois bien trop lumineux, mais j’y reviendrais quand je me déciderais de parler du film ^^

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