GONE GIRL de David Fincher


GONE GIRL

Titre original : Gone Girl
2014 – Etats Unis
Genre : Policier
Réalisation : David Fincher
Musique : Trent Reznor et Atticus Ross
Scénario : Gillian Flynn d’après son roman
Avec Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris, Tyler Perry, Kim Dickens, Carrie Coon, Patrick Fugit et David Clennon

Synopsis : 5 juillet 2012. Voici près de 2 ans que Nicholas « Nick » Dunne et son épouse Amy ont quitté New York pour s’installer dans une petite ville du Missouri. Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, Amy disparaît mystérieusement et Nick retrouve la table de salon pulvérisée.

Au risque de me faire un peu fusiller par une horde de fans, je n’ai jamais été fan de David Fincher. Alors attention, pour ma défense, je ne dis absolument pas que c’est un mauvais réalisateur, loin de là, et j’adore même certains de ses films. Mais ce ne sont en général pas les mêmes que la plupart des gens. Car oui, malgré quelques CGI dégueulasses, sa production bancale et tout ce que l’on veut, j’aime beaucoup l’aspect noir et sans espoir d’Alien 3, son pari osé après le 2 de tout détruire. Seven, c’est un excellent polar, mais je n’ai pas pris la même claque que la majeure partie des spectateurs. The Game, je n’avais pas du tout aimé à l’époque, et Fight Club n’a pas fait l’effet d’une bombe sur moi. Panic Room, je n’avais pas aimé non plus à l’époque (mais j’ai envie de le revoir par contre). Quand à Zodiac, je dois bien avouer que le film m’avait profondément ennuyé lors de sa vision au cinéma. Et si sa version de Millenium ne m’avait pas emballé car je venais de voir le téléfilm original, The Social Network avait su me passionner malgré son sujet au départ peu intéressant à mes yeux. Suite à cette longue intro, je peux donc vous parler de Gone Girl, le dernier opus réalisé par Fincher en 2014, qu’un ami connaissant mes goûts et mon amour pour les polars m’avait chaudement recommandé et que j’aurais mis quasi 4 ans avant de l’écouter et de le voir. Je me suis lancé, sans même savoir l’intrigue, le casting, ni même le genre du film (c’est comme ça que j’aime découvrir les films, vierge de toute information pour laisser les surprises m’envahir). 2h30 plus tard car c’est long tout de même, et bien j’ai été agréablement surpris. Mieux, j’ai adoré, sans doute le meilleur Fincher à mes yeux, rien que ça. Gone Girl donc est un polar, du moins, en apparence, car suivant les degrés de lecture, et il y en a plusieurs, on pourrait voir le film comme une comédie très noire, un film bourré d’humour qui critique à 200% deux choses.

En premier lieu, le mariage, et en second, les médias. La critique des médias n’est pas nouvelle, on aura bien eu Tueurs Nés déjà en 1994 qui défonçait le milieu à coup de bazooka. Gone Girl par contre se fait plus subtil. Nous y suivons donc, en partie, Nick, joué par Ben Affleck qui m’aura d’ailleurs surpris (qu’elle est loin l’époque de ses calamiteux débuts et de ses quelques navets comme Daredevil), qui rentre chez lui et se rend compte que sa femme a disparue. Amy a disparue, des traces de sang sont trouvées, les flics enquêtent, les médias se font une joie de le défoncer car Nick ne semble pas vraiment concerné. Car Nick a ses secrets. Mais Amy a aussi ses secrets. Et au final, Gone Girl, en plus de prendre des allures de petit jeu de manipulation via les médias et également via leurs proches, prend des allures de jeu d’apparence. Un jeu souvent succulent de par son utilisation d’un humour noir bien dosé, mais également de par ses quelques rebondissements. Car comme si le film voulait dés le départ nous emmener dans des fausses pistes (ce qui pourrait être considéré comme un peu facile parfois il faut le reconnaître), il ne se contente pas de suivre une simple ligne directrice, celle de Nick donc, pour nous fournir un twist au bout de 2h30, mais nous offre son premier twist au bout d’une heure, un twist venant changer notre perception de l’histoire et des personnages. Nick, qui nous apparaissait alors comme le héros un peu niais, trompeur, ayant beaucoup de choses à se reprocher, nous apparaît alors comme une victime.

Amy, qui nous apparaissait alors comme une victime via les nombreux flashbacks, se retrouve au final être un personnage beaucoup moins innocent que prévu. Dans Gone Girl, les tendances s’inversent, les personnages ne sont pas forcément manichéens, ils ont leurs faiblesses, leurs tics, mais aussi leurs bons côtés. Gone Girl s’amuse à manipuler ses personnages en plus de manipuler le spectateur, passe alors du polar non dénué d’humour à une analyse de personnages, à un jeu de manipulation (et dieu que j’aime les films de femme manipulatrice) qui s’amuse à défoncer le rêve Américain, le mariage. Parfaitement construit pour peu que l’on y adhère, Gone Girl fait fort, et Fincher s’applique. Pas d’effets inutiles comme dans certains de ses métrages (un certain mouvement de caméra digital inutile m’avait marqué dans Panic Room), mais une mise en scène appliquée de tous les instants, un montage précis et même impressionnant, et deux acteurs absolument grandioses dans les rôles principaux. Car comment parler de Gone Girl sans souligner la prestation de Ben Affleck et surtout de Rosamund Pike, qui trouve ici un rôle à la mesure de son talent. Non parce que je l’aime bien la petite, mais Gone Girl, c’est tout de suite d’un autre niveau que Doom ou Meurs un Autre Jour. Gone Girl m’aura impressionné et captivé sur toute la ligne, de par ses personnages que j’ai aimé détester (ou détesté aimer), de par son rythme, ses twists, mais surtout sa manière d’aborder des thèmes, avec humour, mais également en restant fidèle à ses thèmes, jusqu’à l’utilisation de la musique de Trent Reznor et Atticus Ross venant appuyer tel ou tel point. L’utilisation du morceau Like Home par exemple à la fin, morceau doux et presque joyeux, alors que la situation devant nous n’est que de la poudre aux yeux, de l’hypocrisie, de la manipulation. Gone Girl, c’est clairement Fincher à son meilleur.

Les plus

Ben Affleck et Rosamund Pike
Les thèmes abordés
Un film qui va à fond dans son délire
L’humour noir parfaitement dosé
Techniquement irréprochable
La bande son de Reznor et Ross

Les moins

Dans un sens, quelques éléments faciles

 

En bref : Gone Girl, c’est Fincher à son meilleur à mes yeux. Un film aux mécaniques parfaitement huilées, entre le polar manipulateur et la comédie noire qui s’amuse avec ses personnages et les apparences.

6 commentaires

  1. J’ai toujours bien adhéré à l’univers (bien sombre et bien déprimant quand même) de Fincher, quel que soit le film visionné. Il a une vision toujours très détachée de ses sujets et de ses acteurs, j’ai l’impression de sentir un regard presque glacial derrière la caméra. Dans un film comme Gone Girl, ça donne un résultat proche de la perfection, pour moi.
    Je ne sais pas si tu as lu le roman dont le livre est adapté (Les Apparences de Gillian Flynn), mais cela vaut le coup d’y jeter un œil. La version papier d’Amy est encore plus fascinante et dérangeante que sa version cinéma. Franchement, avant de découvrir la prestation de Rosamund Pike, je pense que je n’aurais jamais cru possible de transposer un tel personnage à l’écran. Je comprends pas qu’elle ne soit pas plus connue et vue (non parce que Clones avec Bruce Willis chevelu, ça ne compte pas).
    Même réflexion pour Nick et la prestation de Ben Affleck. Avec Argo, je trouve que c’est là un de ses meilleurs rôles.

    1. Ah ça oui, son univers est bien sombre, et ça se voit dés son premier film même s’il le renie et ne veut pas en parler.
      Adorant le personnage manipulateur d’Amy, la version papier me tente bien, merci pour la recommandation, et ça tombe bien, venant de finir de lire le dernier livre de Mark Frost sur Twin Peaks, je vais pouvoir me plonger dans autre chose. Rosamund Pike est extra mais sa carrière dans son ensemble…. mouais voilà quoi. Pas osé le voir le Clones.

  2. Tiens c’est marrant, j’ai l’impression qu’on a le même rapport au cinéma de Fincher 😀
    J’ai toujours beaucoup de mal à faire de Fight Club le chef d’œuvre dont tout le monde parle, je n’aime ni The Game ni Benjamin Button, et je considère Panic Room comme un thriller bien fichu mais sans plus (pas revu depuis sa sortie néanmoins, tout comme j’ai très envie de revoir Zodiac contrairement à toi). Par contre, c’est vrai que Seven m’avait scotché à l’époque.
    Mais comme toi, tout le talent du réalisateur (et substance grise de House of Cards ou
    Mindhunter) fait surface dans ces œuvres au profil bas, plus insidieuses, comme The Social Network ou ce Gone Girl que je ne suis pas loin de mettre également au pinacle de sa carrière.

    1. Tu es bien le premier qui ne me descend pas quand je dis « je ne suis pas fan de Fincher » 😀
      Zodiac non merci, le souvenir cinéma est trop présent encore, malgré d’excellents acteurs et une excellente mise en scène, je m’étais juste ennuyé. Seven je l’ai revu justement l’année dernière. Très bon oui, mais encore une fois, je n’arrive pas à y voir le chef d’oeuvre que beaucoup voient.
      Dans un sens, je suis d’ailleurs très étonné d’avoir autant adhéré à ce Gone Girl, et c’est bien pour ça que j’ai décidé d’écrire dessus, alors que je pense que depuis sa sortie, tout le monde a déjà tout dit.

  3. J’aime bien le cinéma de Fincher (même si je n’ai pas encore osé voir son remake de « Millenium ») mais j’avais visionné « Gone Girl » sans rien savoir dessus. Et j’avoue avoir été scotché, je ne m’attendais pas à me faire retourner au milieu du film et cette fin tellement dérangeante… ça m’a fait du mal pour le personnage de Ben Affleck

    1. En soit, son remake de Millenium est bon, voir très bon. Belle mise en scène, bons acteurs, bonne musique. Juste, ben, si tu as déjà vu l’original, à part une vraie mise en scène de cinéma, ça n’ajoute pas grand-chose.
      À la fin ce pauvre Ben se retrouve vraiment dans la pire situation qui soit. Alors certes, il évite la prison tout ça, mais ce n’est au final pas forcément mieux…

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