MANDY de Panos Cosmatos (2018)

MANDY

Titre original : Mandy
2018 – Etats Unis / Belgique
Genre : Horreur
Durée : 2h01
Réalisation : Panos Cosmatos
Musique : Johan Johannsson
Scénario : Panos Cosmatos et Aaron Stewart-Ahn
Avec Nicolas Cage, Andrea Riseborough, Linus Roache, Ned Dennehy, Olwen Fouéré, Richard Brake et Bill Duke

Synopsis : Pacific Northwest, 1983. Red Miller et Mandy Bloom mènent une existence paisible et empreinte d’amour. Quand leur refuge entouré de pinèdes est sauvagement détruit par les membres d’une secte dirigée par le sadique Jérémie Sand, Red est catapulté dans un voyage fantasmagorique marqué par la vengeance, le sang et le feu…

Dire que j’attendais Mandy relève de la blague, tant le premier film de Panos Cosmatos, datant déjà de 2010, m’avait marqué malgré son final raté. Oui, je suis fan de Beyond the Black Rainbow. Du coup, Mandy, avec son trailer laissant présager un Revenge movie plus rythmé mais toujours aussi psychédélique, ça ne me laissait pas de marbre, loin de là. Surtout si l’on ajoute la présence du bien décrié Nicolas Cage au casting, capable du meilleur comme du pire. Au final, sans doute attendais-je trop de Mandy, puisque si j’ai apprécié le film, il m’a quelque peu déçu. Tous les éléments sont là, mais ils m’ont parfois apparu moins bien dosé que dans la première œuvre de Cosmatos. On y retrouve sa patte visuelle, ses éclairages colorés et parfois criards, mais en plaçant son intrigue dans un contexte plus classique et donc moins expérimental, la sauce prend moins également. Mandy donc nous raconte l’histoire de Red et Mandy, un couple heureux, vivant dans leur maison, entourés par la forêt. Pas de bol, un culte religieux dans le coin décide de kidnapper Mandy, et la demoiselle n’étant pas très sage, elle se fera purifier… par le feu. Nicolas Cage, laissé en vie, prépare donc sa vengeance, armé d’une arbalète et d’une hache géante confectionnée par ses soins. Première chose qui frappe au début, Panos Cosmatos a ses tics et semble avoir une affection particulière pour certains thèmes, et même certaines époques. Comme Beyond the Black Rainbow, Mandy se déroule en 1983, et les thèmes tournent autour de la religion et du mystique. Cela me convient parfaitement. Johan Johannsson signe une magistrale bande son, l’éclairage et le son sont sublimes. Et bien que connaissant l’œuvre de Cosmatos fils, et bien que possédant une magistrale ouverture, Mandy souffre de quelques défauts, notamment dans sa première demi-heure où la sauce a bien du mal à prendre.

C’est sublime pour les yeux, sublime pour les oreilles, Nicolas Cage et Andrea Riseborough forment un couple crédible à l’écran, mais il manque quelque chose. Les dialogues s’étirent, les plans également, mais là où un Beyond the Black Rainbow nous balançait direct dans un univers étrange et mystérieux, l’ensemble paraît ici parfois bien plus classique pour obtenir le même effet. Résultat, là où le rythme de Beyond the Black Rainbow me paraissait parfait (même si c’était très lent), la même lenteur dans Mandy passe moins bien, et je me serais surpris à m’ennuyer un peu par moment. Oui, la première demi-heure paraît longue, et certains aspects plus expérimentaux paraissent en décalage avec le reste. Jusqu’à ce que tout à coup, sans prévenir, Mandy change radicalement de ton, mais pas de forme ni de rythme. D’un bout à l’autre, à l’exception de quelques scènes, Mandy adopte un rythme posé, un visuel psychédélique, mais le ton lui change. Du couple heureux et banal vivant dans un coin reculé, le métrage fait apparaître des bikers en cuir qui ont même un petit côté cénobites venus tout droit d’Hellraiser. Et là le film change clairement de visage, ça devient violent, grotesque, plus surréaliste, et même parfois proche du nanar volontaire, ce qui permet à Nicolas Cage de s’en donner à cœur joie d’ailleurs. Son personnage, commençant en homme banal amoureux, se change alors soudainement en homme animé par la vengeance qui va traverser le film en criant, en grognant dés qu’il prend des coups, et à sortir des phrases qui en soit sont totalement ridicules, mais qui aidées par le ton du film, deviennent alors totalement fun. Par moment, on retrouve même plutôt un Nicolas Cage en mode psychopathe dans Volte/Face. Ça surprend, dans le bon sens.

Néanmoins comme je l’ai dit, Mandy ne s’éloigne jamais de son rythme habituel, et les non initiés trouveront le film mou du genoux, et du coup, incroyablement prétentieux. S’il l’est dans un sens, Mandy reste pourtant un divertissement, mais juste calibré totalement différemment, entre œuvre psychédélique et expérimentale, métrage d’art et essai et gros délire nanar gore. Alors vous pouvez facilement imaginer que lorsque Nicolas Cage décide de se venger, en fait des tonnes, et que le réalisateur met dans les pattes de son personnages quelques substances illicites, ça devient bien pire, et notre Nicolas Cage, couvert de sang et avec ses grands yeux exorbités se fait plaisir. Et nous fait plaisir par la même occasion. La seconde heure de Mandy est dans les faits beaucoup mieux pensée et calibrée que la première, et c’est là qu’elle parvient à trouver l’équilibre parfait entre les différents aspects abordés. Sans pour autant atteindre la portée euphorisante de la première heure et demi de Beyond the Black Rainbow, encore une fois. Mais le plus étonnant dans tout ça, c’est que bien qu’il soit destiné à un public de niche, Mandy s’est fait rapidement sa petite réputation en festival et a trouvé son public. Car des films de ce genre ayant une moyenne imdb de 7, alors que le résultat tient autant du Revenge movie que du trip métaphysique, le tout avec un rythme lent, et bien ça tient bel et bien du miracle. Avec de la chance, cela permettra à Panos Cosmatos de ne pas attendre encore 8 ans pour refaire un film. Du coup, j’ai aimé Mandy, même si j’en sors relativement déçu.

Les plus

Le visuel à tomber
Très bon travail sur la musique et le son
Nicolas Cage se fait plaisir
La seconde heure

Les moins

La première demi-heure un peu ennuyeuse
Un mix improbable qui pourrait rebuter

En bref : Semi déception pour ce Mandy, même si durant sa deuxième heure, le métrage trouve un fragile équilibre et devient fun. On retrouve la patte de Panos Cosmatos mais le début peine à intéresser.

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