PERVERSION STORY de Lucio Fulci


PERVERSION STORY

Titre original : Perversion Story / On Top of the Other / Una Sull’Altra
1969 – Italie / France / Espagne
Genre : Policier
Réalisation : Lucio Fulci
Musique : Riz Ortolani
Scénario : Lucio Fulci, Roberto Gianviti et José Luis Martinez Molla
Avec Jean Sorel, Marisa Mell, Elsa Martinelli, Alberto de Mendoza, John Ireland, Riccardo Cucciolla et Bill Vanders

Synopsis : À San Francisco, le docteur George Dumurrier, le directeur endetté d’une clinique qu’il dirige avec son frère Harry, vit avec sa femme acariâtre Susan, asthmatique et malade, qu’il trompe avec la photographe Jane. Peu de temps après, lorsqu’il revient d’un voyage avec sa maîtresse, ils apprennent la mort de son épouse, décédée dans d’étranges circonstances. Cette dernière lui laisse une assurance vie d’un million de dollars, ce qui attire bien évidemment l’attention de la police sur lui.

Si tous les amateurs de cinéma de genre connaissent Lucio Fulci, la plupart de ses défenseurs connaissent surtout sa période de cinéma gore commençant avec l’Enfer des Zombies en 1979 et finissant grosso modo avec l’Éventreur de New York en 1982. Ses détracteurs par contre s’amuseront le plus souvent à citer toute la période qui suivie, à coup de Conquest, Aenigma, Murder Rock, Soupçons de Mort et j’en passe. Pourtant il y a bien une autre période très intéressante de la carrière de Fulci qui se déroule bien avant, dans les années 60 et 70, où Fulci toucha plus d’une fois au giallo, ou dans le cas présent, au film policier. Car Perversion Story, s’il hérite très certainement du giallo un côté érotique assez poussé par moment, est avant tout un film qui rappelle Vertigo de Alfred Hitchcock. En moins bon, mais tout de même, comme inspiration, il y a bien pire. Après quelques plans d’hélicoptères (malheureusement un brin tremblants) sur la ville de San Francisco, Fulci place doucement, peut être un peu trop justement, son intrigue et ses personnages. Un docteur gérant une clinique, sa femme malade souffrant d’asthme, la maîtresse, le frère travaillant à la même clinique. Tous les éléments se mettent très doucement en place, et le principal reproche que l’on pourra faire au métrage sera sa première partie clairement un poil trop lente, ou hésitante dans sa mise en place. Le docteur voit sa femme, couche avec sa maîtresse, ça discute, on comprend bien vite la réputation du docteur, ses choix de vie. Mais on ne comprend pas très exactement où tout cela nous mène, jusqu’au jour où sa femme, Susan, est retrouvée morte, et qu’il se retrouve avec un paquet d’argent en terme d’héritage. Dès lors, la police commence à douter de lui, pensant qu’il a assassiné sa femme.

Un schéma très classique, auquel vient alors s’ajouter celui du double, lors de la rencontre par hasard d’une stripteaseuse /prostituée du nom de Monica et ressemblant comme deux gouttes d’eau à la défunte femme du docteur. Dès lors, George (le docteur) et Jane (son amante) vont commencer à douter et mener leur petite enquête en tentant de se rapprocher de Monica. Vu son métier, une tâche pas bien difficile pour George le tombeur, et de même pour Jane qui est photographe. C’est à partir de ce moment là que Perversion Story prend son envol, et qu’il devient un extrêmement bon film, solide techniquement et scénaristiquement, malgré ses ressemblances avec le cinéma d’Hitchcock. Soyons clair, jamais le film de Fulci n’atteindra le niveau des films du maître, et dans son approche un brin « hommage » on pensera plutôt au style de De Palma. Mais au De Palma de la bonne époque. George et Jane vont donc chacun de leur côté se rapprocher de Monica pour comprendre un peu mieux la machination qui semble les entourer, sans pour autant se retrouver sans obstacles, car la police est derrière eux assez souvent. Mais Fulci, aidé par Riz Ortolani à la musique, livre des scènes prenantes, n’hésitant pas à mettre comme c’est souvent le cas en parallèle la mort et le sexe. Chose d’autant plus facile avec ce concept de double. La première fois que George approche Monica sur le lit, alors qu’elle l’attend, nue, lui rappelle forcément la dernière fois qu’il se sera approché de sa femme, morte sur le lit. Et avec ce genre de moments pourtant tout simple, Fulci peut poser une ambiance assez lourde et énigmatique.

Quelques autres personnages rejoindront l’aventure, sans avoir au départ de réelle incidence sur l’intrigue, comme l’avocat devant défendre George, qui au final ne parviendra pas à grand-chose, ou encore cet homme mystérieux débarquant en plein milieu des fouilles de la police et qui n’apporte au départ absolument rien. Du moins, le film veut nous le faire croire, nous le faire oublier, mais il reviendra et se montrera plus important que prévu. Ce qui prouve finalement que le script, bien qu’ayant eu un peu de mal à démarrer, sait exactement où il va pour nous livrer une intrigue policière bien construite. Et au fur et à mesure que l’ensemble avance, et que la Police croit dur comme fer que George est le tueur de sa femme, Fulci fait preuve d’une noirceur assez surprenante, amenant doucement son film vers une fin nihiliste sans jamais vouloir en dévier, et révélant toutes ces cartes de manière appliquée (et en se rapprochant parfois encore une fois du cinéma de De Palma avec l’usage de la demi bonnette ou du split screen… avant que De Palma ne commence sa carrière). Pour l’amateur du genre, Perversion Story se révèle être une très agréable surprise, et un très solide divertissement à base de meurtres et de manipulations. Pour l’amateur de Fulci, Perversion Story surprendra encore plus, puisqu’il s’agît sans doute de son thriller (policier/giallo) le moins sanglant, sans une seule goutte de sang quasiment, et qui pourtant se révèlera passionnant pour peu que l’on se prenne au jeu. Plutôt malin scénaristiquement et proprement emballé malgré quelques plans tremblants, c’est une très bonne pioche.

Les plus

Une intrigue bien construite
Bon suspense
La musique de Riz Ortolani
Quelques moments très forts

Les moins

Première partie un peu lente

 

En bref : Métrage policier plutôt rare de Lucio Fulci, Perversion Story lorgne du côté d’Hitchcock tout en empruntant au giallo une certaine connotation érotique. L’ensemble est prenant et sérieux, parfois tendu, et on pardonne quelques approximations et hésitations en se prenant au jeu.

4 commentaires

  1. Un grand « giallo machination », très classe, avec une Marisa Mell qui embrase tout le film. Le titre « Perversion Story » est très représentatif de l’ensemble mais j’aime bien aussi son titre italien, « Una sull’altra » (« L’une sur l’autre »). D’ailleurs, j’attends toujours une sortie dvd/blu-ray made in France…

    1. Oui pour le coup le titre alternatif US est plus proche du titre original. Je crois que c’était souvent le cas avec les films de Fulci d’ailleurs, comme pour Frayeurs. Vu comment Fulci est plutôt gâté en sorties Blu-Ray en France, possible que l’on finisse par avoir ses oeuvres moins connues par la suite, mais toujours au prix fort (les sorties récentes vont me ruiner). Surtout que tous ces films encore inédits en France en DVD ont certes de très beaux zone 1, celui-ci ayant en bonus un CD de l’OST, mais la qualité d’image comme beaucoup de Fulci laisse à désirer avec encore pas mal de petits défauts de pellicule.

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