TWIXT de Francis Ford Coppola (2011)

TWIXT

Titre original : Twixt
2011 – Etats Unis
Genre : Comédie Horrifique Étrange
Durée : 1h28
Réalisation : Francis Ford Coppola
Musique : Dan Deacon et Osvaldo Golijov
Scénario : Francis Ford Coppola
Avec Val Kilmer, Bruce Dern, Elle Fanning, Ben Chaplin, Joanne Whalley, David Paymer et Anthony Fusco

Synopsis : Un écrivain au succès déclinant arrive dans une petite ville à l’occasion d’une tournée de promotion. Il découvre qu’un meurtre mystérieux impliquant une jeune fille s’est produit. Une nuit, en rêve, un fantôme nommé V lui raconte une étrange histoire, qui pourrait avoir un rapport avec le meurtre….

Si je vous dis Francis Ford Coppola, il y a fort à parier que vous répondez comme moi. Apocalypse Now, la trilogie du Parrain. Pour certains, le très décrié Dracula, qui a autant de fans que de détracteurs. Moi même, je le détestais à l’époque, et maintenant je l’apprécie beaucoup, sans être sûr de quoi en penser. D’ailleurs, il est facile de voir que si la famille est un thème très récurent dans sa carrière, la mort y trouve une place tout aussi importante, limite encore plus depuis 1986 est un tragique événement de sa vie privée, avec la mort de son fils, qui trouve échos dans le film qui nous intéresse aujourd’hui, à savoir le très décrié Twixt. Mais comme un peu d’histoire pour la culture, c’est toujours bon à prendre, continuons en précisant que depuis des années, la carrière de Coppola en tant que réalisateur continue, mais que le réalisateur s’attarde sur des tout petits budgets, 7 millions dans le cas qui nous intéresse. Depuis les années 2000, son cinéma est donc très différent, plus brut, et plus fauché, et aussi plus rare. Entre 1997 et 2007, pas un seul film avant son retour cette année là avec Youth Without Youth, soit l’Homme sans âge en France, un film qu’il écrit, produit et réalise pour 5 millions au total. On est loin des excentricités d’Apocalypse Now avec son tournage à rallonge, son enfer littéral et son budget qui explose. Et son cinéma divise beaucoup plus, Coppola se produisant et ayant une liberté totale, il en profite pour se remettre en cause et expérimenter. Beaucoup. Viendra ensuite Tetro en 2009, jugé beaucoup trop bavard et prétentieux par beaucoup, drame en noir et blanc filmé encore pour 5 millions. Et en 2011, voilà le film qui nous intéresse, intéressant à bien des égards, puisque Coppola s’attaque à la série B, au vrai faux film d’horreur. Sauf que s’il avait touché à l’horreur avec Dracula, il lui avait donné un côté artsy qui en faisait une oeuvre à part, alors qu’avec Twixt, on ne va pas mentir, Coppola plonge dans la bonne grosse série B, ramenant alors en quelque sorte à ses débuts chez Roger Corman avec Dementia 13.

Twixt aux premiers abords, avec son budget de 7 millions de dollars, son casting intéressant (Val Kilmer en écrivain de seconde zone, Bruce Dern en flic un peu fou, Elle Fanning en fantôme hantant les rêves du premier), et son histoire et son visuel qui osent tout et n’importe quoi, ça a tout de l’œuvre indigeste où l’auteur balance tout ce qui lui passe par la tête à l’écran. Et il y a un peu de ça, mais pas que. Car Twixt est une œuvre qui en effet ose tout, quitte à se planter la moitié du temps, et toucher au génie l’autre moitié du temps, et une œuvre qui par ses thèmes se veut très personnelle de la part de Coppola. Il y est question de création et de remise en question par le personnage de Val Kilmer, il y est question également du deuil de son enfant, thème qui le touche très personnellement comme on l’a vu plus haut. Twixt donc, ça parle de Val Kilmer, alias Hall Baltimore, écrivain spécialisé dans les sorcières, qui débarque dans un coin paumé, une ville très étrange qui nous est présenté par une voix off un brin ridicule et comme toujours bien grave, pour faire la tournée promotionnelle de son roman. Il y fait la rencontre du shérif Bobby LaGrange, joué par Bruce Dern, qui veut lui présenter une histoire à lui concernant les morts qui ont lieu dans la ville. Une victime se tient là, à la morgue, avec un pieux géant dans le cœur. Se rendant à l’hôtel du coin pour s’y reposer et trouver une possible inspiration, Hall va se retrouver plongé dans des rêves étranges où il va rencontrer la possible victime, qui se fera nommer V, jouée par Elle Fanning. À partir de là, difficile de parler de Twixt, qui part littéralement dans tous les sens, entre les obsessions de Hall (et donc de Coppola), sa difficulté à écrire, des rêves étranges où il rencontre des morts, des jeunes, Edgar Poe aussi, qui va lui donner des conseils d’écriture et lui montrer la voie de la vérité. Oui oui mon bon monsieur !

Et Twixt, autant narrativement que visuellement, va un peu tenter tout et n’importe quoi donc. Déjà narrativement, c’est difficile à suivre et à expliquer, le film mélangeant de manière simple, du moins au début le rêve et la réalité, avant de briser tardivement ses différentes frontières. On se demande en tout cas souvent où Coppola veut en venir. Mais il y a surtout le visuel, là où ça a coincé pour beaucoup. Coppola a tourné son film en numérique, et a utilisé de très lourds procédés en post production pour altérer l’image. Si quand le film se déroule de jour et nous présente les recherches de Hall (ou la scène très comique où il essaye d’écrire la première ligne du roman), ça a un côté assez brut de décoffrage (ou moche, selon certains, mais je n’irais pas jusque là), dés que le film passe de nuit, et donc dans le monde des rêves, ça se laisse aller à tous les excès, entre les filtres, le noir et blanc très contrasté, le maquillage des acteurs, les incrustations numériques dégueulasses de partout. Et pourtant, ça a un certain charme qui ne m’a pas laissé indifférent. Soyons clairs, certaines images sont dégueulasses, certaines idées à la limite du nanar (la lune moustachue ?), et malgré des scènes amusantes ou d’autres très réussies, Twixt reste un film obscur. Trop plein d’idées. Mais oui, à côté de ses catastrophiques ratages, il y a de bonnes choses. Les acteurs déjà sont très bons pour la plupart, le cadrage ose parfois sortir des sentiers battus pour proposer des cadrages originaux qui marquent la rétine, et si l’usage de filtres et autres sont très (trop) nombreux, cela donne à certaines scènes un feeling assez unique qui ne m’aura pas déplu. Sans doute que si Twixt avait été le premier film d’un artiste inconnu, on aurait pardonné plus facilement ces ratages. Car les ratages sont nombreux et assez abyssaux. Mais de mon côté, il y a aussi des hauts, et Twixt parvient à être presque touchant dans ses plantages. Du coup oui, j’ai aimé. Mais ça ne veut pas dire que le film est bon.

Les plus

Ça fourmille d’idées
Parfois un visuel beau et intéressant
Sur le papier, des thématiques personnelles
Le casting

Les moins

Mais trop d’idées justement
Des moments clairement ridicules
On se demande souvent où Coppola veut en venir

En bref : Twixt est bancal, tente tout et n’importe quoi, narrativement et visuellement, jusqu’à épuisement parfois. Traversé par de très beaux moments, il est aussi traversé par des moments totalement ridicules. Une œuvre vouée à diviser quoi qu’il arrive, surprenante de la part de Coppola.

4 réflexions sur « TWIXT de Francis Ford Coppola (2011) »

  1. Tu t’en es très bien sorti avec « Twixt », objet filmique pas facile à saisir, encore moins à transposer par écrit.
    Il faut dire qu’à l’instar du précédent, il contient une matière évanescente propre aux songes, propre aux suceurs de sang qui semblent être une autre constante de l’œuvre Coppolienne. Le cinéma est un vampire qui pompe l’âme de ses auteurs, et c’est un peu comme s’il s’était abandonné totalement à son art cette fois-ci, sachant peut-être venue son oeuvre dernière, tandis qu’il lorgne de plus en plus sur une retraite couleur lie de vin. A l’époque j’aurais aimé le voir dans une des rares salles parisiennes qui proposait une séquence en 3D. Il m’a manqué encore une dimension à ma vision. Quoiqu’il en soit, tu m’as donné très envie de le revoir.

    1. Je savais qu’un cinéphile comme toi saurait apprécier ce que le film a à proposé, malgré son côté bien bancal. Partout où j’ai été voir, il se fait descendre, en flèche. Je trouve ça dommage, car il y a quelque chose, clairement, une mise en abîme, sur l’art, sur la vie de Coppola même, tout n’est que miroir.
      Tu sais de quelle séquence il s’agît pour la 3D ? J’ai tenté de fouiner un peu mais j’ai juste lu des gens qui s’en moquaient, mais sans en détailler la scène même, du coup j’ai préféré laisser la dite scène hors de mes propos.

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