LE GRAND JEU (Molly’s Game) de Aaron Sorkin (2017)

LE GRAND JEU
Titre original : Molly’s Game
2017 – Etats Unis
Genre : Biopic
Durée : 2h20
Réalisation : Aaron Sorkin
Musique : Daniel Pemberton
Scénario : Aaron Sorkin

Avec Jessica Chastain, Idris Elba, Kevin Costner, Michael Cera, Jeremy Strong, Chris O’Dowd et J.C. MacKenzie

Synopsis : La prodigieuse histoire vraie d’une jeune femme surdouée devenue la reine d’un gigantesque empire du jeu clandestin à Hollywood ! En 2004, la jeune Molly Bloom débarque à Los Angeles. Simple assistante, elle épaule son patron qui réunit toutes les semaines des joueurs de poker autour de parties clandestines. Virée sans ménagement, elle décide de monter son propre cercle : la mise d’entrée sera de 250 000 $ ! Très vite, les stars hollywoodiennes, les millionnaires et les grands sportifs accourent. Le succès est immédiat et vertigineux.

Faire un biopic, c’est assez casse gueule. Il faut savoir doser le propos, savoir le rendre passionnant à l’écran, le rythmer. Quand c’est réussi, un biopic peut accrocher un spectateur même si le sujet de base ne l’intéresse pas forcément. Quand c’est raté, trop académique, rien à faire, la pilule ne passe pas. En terme de biopic, Aaron Sorkin s’y connait. Il avait écrit le génial Social Network pour David Fincher et le très sympathique Steve Jobs pour Danny Boyle. Deux scénarios réussis, pour deux réalisateurs avec des styles parfaitement identifiables. Et après ces réussites, le revoilà au scénario d’un nouveau biopic sur un sujet au départ qui ne m’intéresse pas spécialement, et en plus, il passe ce coup-ci réalisateur. Pourquoi pas, après avoir travaillé avec des grands, il peut se lancer. Molly’s Game, adapté du roman du même nom et renommé Le Grand Jeu en France, c’est donc l’histoire vraie de Molly Bloom, une femme surdouée, qui a du abandonner le ski après plusieurs accidents, et qui au lieu d’aller en fac de droit, décide de se rebeller contre son père et de partir pour la citée des anges, pour Los Angeles. Très rapidement, elle va se retrouver à gérer des parties de poker pour un patron pas forcément très sympathique, qui la paye peu vu sa charge de travail journalier (450$ la semaine), mais heureusement, les pourboires lors des parties de poker compensent. Énormément. De parties en parties, de connaissance en connaissance, de salaires montant à un autre salaire qui continue de monter, Molly prend goût à cette vie, et lorsque ça tourne mal et que son patron la vire tout simplement, la voilà fin prête à lancer son propre business, à lancer ses propres parties de poker, avec son carnet d’adresse bien fourni. Une success story à l’Américaine assez classique dans le fond, avec cette fille qui n’a pas de rêve particulier, qui débarque, et qui par un heureux hasard, se retrouve à monter, jusqu’à prendre sa vie en main, quitte à, pour tenir le rythme, s’engouffrer un peu dans la drogue, et face à des coûts de plus en plus importants, verser un peu plus dans l’illégalité.

Mais ce qui fait de ce Molly’s Game un bon biopic finalement, ce n’est pas forcément son sujet, ou le parcours de son héroïne, classique, mais bel et bien la plume de son auteur dans un premier temps. Les dialogues sont ascérés, parfois percutants, parfois amusants, et cela laisse les acteurs s’exprimer. Bon point, puisque le casting est aussi une réussite. Comme pour Social Network d’ailleurs, Aaron Sorkin divise son intrigue suivant trois temporalités. Il y a la jeunesse de notre personnage, et ses conflits avec son père (le trop rare Kevin Costner), puis les débuts à Los Angeles et son ascension dans le milieu, et enfin, les soucis de justice, où Molly va s’allier avec son avocat. Trois temporalités qui vont se mélanger, s’alterner, parfois se faire des jeux de miroir. Rien de neuf bien entendu, mais on peut dire que ça fonctionne, puisque Aaron Sorkin sait écrire. Et il a embauché de biens bons acteurs pour les rôles importants. Jessica Chastain est toujours juste dans le rôle de Molly, Kevin Costner est donc convaincant même si souvent en retrait dans le rôle du père. Mais il ne faut pas oublier les deux autres personnages les plus importants de l’intrigue, à savoir, l’avocat, et celui qui sera nommé Joueur X. L’avocat, ce sera Idris Elba, toujours juste, rien à redire. Le Joueur X, pour quiconque connait un peu l’histoire vraie (ou quiconque fouillera un minimum, comme moi), ce n’est pas bien difficile de savoir de quelle personnalité importante il s’agît, même si le film a quelque peu adoucit certains événements. C’est Michael Cera qui s’y colle. Lui qui parait par moment si gentil, comme dans Juno ou Scott Pilgrim, il avait déjà prouvé par le passé qu’il pouvait jouer des personnages plus troubles, comme dans Magic Magic. Ici, il joue tout simplement un enfoiré, qui dit clairement les choses. Son but n’est pas tant de gagner face à son adversaire. Non, ce qui lui plait, c’est tout simplement de ruiner la vie des autres.

En terme de personnage peu sympathique, il se pose là. Reste donc la mise en scène, et à ce niveau là, Aaron Sorkin est un débutant. Heureusement, comme déjà signalé, il a travaillé avec des réalisateurs confirmés, aux styles bien distinctifs, et cela s’en ressent. Toute l’ouverture par exemple semble montrer une influence allant vers le cinéma de Danny Boyle, avec son montage affuté parfois un peu speed, ces indications venant s’inscrire à l’écran et cette vois off parfois envahissante. Sorkin maitrise le style, mais l’abandonne à peine l’introduction terminée, pour avoir un montage plus calme, plus classique, qui ne sera pas là pour dynamiser la narration, mais pour la servir. Et ce choix est tout à son honneur finalement, il laisse du coup son propre scénario respirer, filme ce qui doit être filmer, et à l’intérieur du cadre, il laisse les acteurs s’exprimer. Du coup, on peut le dire, visuellement, il livre un film efficace, bavard certes, mais jamais fatiguant ou lourd dans ce qu’il raconte et ce qu’il nous montre. Il ne cède pas aux excès qui auraient donnés un côté plus fou à l’histoire (à la manière par exemple de Scorsese sur le génial Le Loup de Wall Street), il ne veut pas non plus donner l’illusion d’un faux rythme et de faux rebondissements en surdécoupant sa manière de filmer, comme Boyle a tendance à le faire, parfois avec joie et réflexion, et parfois, beaucoup moins (Trainspotting 2 par exemple, inutile et visuellement pas très beau). On pourra par contre regretter le happy ending de ce biopic, classique et pour le coup, semblant bien américanisé, et certains petits événements qui semblent débarquer comme ça, comme l’irruption du père, tout à coup, dans une patinoire, après des années de silence. Le hasard fait bien les choses hein ? Mais rien de vraiment dommageable, car pour son premier essai à la mise en scène, on a là avec Le Grand Jeu un biopic intéressant et très plaisant.

Les plus

De très bons acteurs
Un scénario qui sait où il va
Une mise en scène le plus souvent sobre
Un biopic efficace qui n’en fait pas trop

Les moins

Quelques événements un peu faciles

En bref : Le Grand Jeu nous montre les dessous du poker illégal à Los Angeles et New York, le tout dirigé par Molly Bloom. Intéressant, rythmé, aux dialogues souvent affutés. Pas parfait, et parfois un peu facile sur la fin, mais bien sympathique.

11 commentaires

  1. Classique mais efficace donc. Et puis porté par Mrs Chastain, la femme est forcément à l’honneur. Ça nous change des biopic de mâles milliardaires. J’y prêterai attention à l’occasion. Merci du conseil.

    1. De rien, j’espère que tu apprécieras autant que moi. Si tu as aimé les précédents scénarios de mister Sorkin, The Social Network et Jobs donc, tu seras en terrain connu.

        1. Là comme je dis, tu vois qu’il a été assez influencé par les réalisateurs qui ont mis à l’écran ses écrits. Un montage parfois assez affuté et cutté façon Boyle, et par moment un côté plus millimétré et froid façon Fincher. Le résultat manque peut-être un poil de personnalité par moment, mais sa copie est intéressante. Et on est d’accord pour Social Network, que j’avais découvert au cinéma sans rien attendre, vu que le sujet de base ne m’intéressait absolument pas.

  2. Vu. C’était pas mal, sans être renversant, loin de là. La voix off est parfois un peu fatigante, le film un peu long aussi, je trouve. Mais l’histoire est intéressante, d’autant plus qu’elle est vraie. Et le casting est excellent (purée, Kevin Costner, il m’a fait pleurer il intervient peu dans le film mais il intervient avec talent – on veut le voir plus souvent !). Et c’est marrant de savoir que le Player X est sans doute… cette « green-screen shit » que tout le monde aura reconnue après avoir farfouillé sur Google. ^^

    1. Il est clairement moins bon qu’un Social Network, mais pour un premier film, il s’en sort je trouve avec les honneurs. Comme tu dis, c’est intéressant, il a su trouver un bon casting et bien les diriger. C’est ce film d’ailleurs qui m’a donné envie de revoir quelques films avec Costner, malheureusement un peu trop rares sur les écrans comme tu dis aussi. Faut d’ailleurs que j’écrive sur Open Range que j’ai adoré.
      En fait, pour raconter un peu ma life… J’ai voulu voir le film après être tombé sur un article sur le net qui parlait justement de ce fameux « Player X », et c’est après avoir donc lu la vérité, qui va plus loin que le film, que j’ai voulu voir le métrage dont j’ignorais même l’existence.
      Comme quoi, toujours être curieux de tout, ça peut amener à d’autres choses, et à de bonnes découvertes.

      1. Et moi j’ai découvert MOLLY’S GAME grâce à ta chro, et comme il était dans l’offre Amazon Prime, je me suis laissé tenter. Merci.
        PS : ma femme a bien aimé aussi.
        PS : ah ! OPEN RANGE ! Je l’avais aimé à l’époque mais j’en garde peu de souvenirs… Tu vas me faire relancer les films de Kevin comme c’est parti !

        1. C’est la raison pour laquelle j’essaye souvent d’écrire sur tout ce que je vois. Faire découvrir des petits films bien sympas, ou justement mettre en garde.
          Bien content que vous ayez tous les deux appréciés le métrage.
          OPEN RANGE je peux te le filer si tu ne l’as pas ou qu’il n’est pas sur Prime. Je l’ai découvert pour la première fois sur les conseils du grand Prince il y a un mois ou deux, adoré. La mise en scène bien maitrisée, le casting aux petits oignons, le long final tendu. Ce film respire la classe et l’amour du genre !

    1. Roh je n’avais même pas fait gaffe non plus ! Et je regarde un peu sa filmo récente, j’ai enchainé sans le savoir les films où il joue, dont un que j’ai détesté et ne prendrais même pas la peine de parler…

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