AVANT QUE NOUS DISPARAISSIONS de Kurosawa Kiyoshi


AVANT QUE NOUS DISPARAISSIONS

Titre original : 散歩する侵略者 – Sanpo Suru Shinryakusha
2017 – Japon
Genre : Science Fiction
Réalisation : Kurosawa Kiyoshi
Musique : Hayashi Yusuke
Scénario : Kurosawa Kiyoshi

Avec Nagasawa Masami, Matsuda Ryuhei, Hasegawa Hiroki, Takasugi Mahiro, Tsunematsu Yuri et Maeda Atsuko

Synopsis : Narumi et son mari Shinji traversent une mauvaise passe. Un jour, Shinji disparaît soudainement et revient quelques jours plus tard, complètement transformé. Il semble être devenu un homme différent, à la fois tendre et attentionné. Au même moment, une famille est brutalement assassinée et de curieux phénomènes se produisent en ville. Le journaliste Sakurai est chargé de l’enquête.

S’il est moins populaire à l’international, Kurosawa Kiyoshi pourtant est bien apprécié des critiques Françaises. La raison est simple finalement. L’approche de Kurosawa se rapproche bien plus du cinéma d’auteur, même lorsque son cinéma aborde des genres bien balisés. Le polar pour Cure, le film de fantôme pour Kairo. Ici, avec Avant que Nous Disparaissions, la Science Fiction, qu’il a déjà touché à plusieurs reprises avec ce même côté de film d’auteur, avec Real en 2013 par exemple. Et ce côté auteur lui vaut souvent l’honneur d’une projection à Cannes, et d’être en compétition. Avant que Nous Disparaissions, c’est donc son opus de 2017, qui dans le fond, tient un peu d’Hidden, de Jack Sholder. Dans le fond, car dans la forme, le métrage de Kurosawa n’a absolument rien à voir. Il n’est pas question ici d’un alien qui va voler des voitures, faire n’importe quoi, tuer pour le plaisir. Mais il est bien question d’êtres venus d’ailleurs qui ne connaissent rien à notre culture et qui vont apprendre au contact des autres. Enfin, « apprendre », voler en réalité. Le concept de l’invasion venue d’ailleurs, des envahisseurs qui se fondent dans la masse, ou tout simplement qui prennent apparence humaine, ce n’est pas nouveau, on peut même remonter aux années 50. Mais Kurosawa oblige, la façon de faire est, elle, totalement différente. Des envahisseurs prennent donc forme humaine. Des éclaireurs, qui sont venus ici pour en apprendre plus sur l’humain, leur façon de vivre. Et pour se faire, ils prennent des corps, et se retrouvent comme des coquilles vides. Ils vont devoir apprendre, et pour se faire, voler aux humains des concepts.

Des concepts que nous textualisons tous, avec des mots donc. Et ces envahisseurs vont voler ces concepts, ces mots, à leurs utilisateurs. Un concept simple. Pensez à un mot, visualisez dans votre esprit ce que ce mot signifie, l’envahisseur va alors vous toucher du bout du doigt, et voilà, il comprend le concept. Vous par contre, c’est la fin, vous ne comprenez plus ce concept. Voir Shinji, un des premiers envahisseurs, voler le concept de « famille » a sa belle sœur, et voilà que celle-ci en oublie le concept, se fera agressive envers sa sœur et préférera quitter la maison pour retourner à ses occupations, seule. Il y a des scènes, comme ça, qui fonctionnent à merveille dans le récit. Des scènes au ton un peu grave, avant que ne débarque, avec les deux autres envahisseurs du récit, des scènes parfois au ton un peu plus léger, avec leur guide, comme lorsqu’ils volent le concept de toi-même et soi-même, des autres, à un pauvre flic qui se retrouve tout perturbé par la suite. Ou mieux, le concept du travail, volé au patron un brin limité de la femme de Shinji. Un équilibre assez fragile dans le fond entre gravité et légèreté. Le film est aidé par une réalisation aussi simple que limpide de la part de Kurosawa, qui s’amuse avec des effets tout simples par moment. Et puis il y a aussi le casting, qui a quelques fausses notes près, demeure plutôt excellent, avec Matsuda Ryuhei en tête, qui alterne toujours cinéma commercial et cinéma plus intime, avec des Izo, Nana, Rampo Noir, Nightmare Dectective ou encore The Raid 2 dans sa carrière. Mise en scène de haute volée, bon voir excellent casting par moment, de l’humour qui fonctionne bien, des scènes un peu plus graves, et un récit qui malgré des failles fonctionne. Que demander de plus ? Que le film tienne sur la durée.

Car Avant que Nous Disparaissons dure 2h10. Si la première heure est excellente quasi à tout point de vu, Kurosawa va se laisser aller dans la seconde, en incorporant des militaires dans son récit pour contrer cette menace. Des militaires forcément pas très doués et pas très à jour sur la situation, et donc se faisant avoir bêtement. Et le film trouve alors un gros déséquilibre, entre son traitement et son cheminement toujours intéressant, et quelques scènes expéditives (lorsque les deux aliens tombent sur des flics), et d’autres beaucoup moins inspirées, ou beaucoup moins maitrisées. Quelques scènes qui veulent en faire trop tombent à l’eau, Kurosawa n’étant pas à l’aise pour réaliser des scènes musclées. De même, on peut dire que la finalité de toute cette histoire ne fonctionne pas pleinement, partant dans des concepts éculés, voir niais dans leur mise en application, notamment lors de la scène finale, partant d’un principe simple mais pouvant fonctionner, avant finalement de se planter. On a donc une première heure excellente, puis une demi-heure très sympathique avant que le concept ne s’écroule en quelque sorte sous ses propres ambitions. Ce qui n’en fait pas un mauvais film pour autant, il y a assez de bonnes scènes, des moments touchants et d’autres assez intriguant pour plaire. Mais ça ne motive pas des masses à se lancer dans le reste de l’aventure, car si Avant que Nous Disparaissions demeure fort sympathique voir très bon, Kurosawa ne s’est pas arrêté là, livrant la même année une série de 5 épisodes, qui a ensuite donné un film résumant l’ensemble, appelé à l’international Invasion, et qui se déroule à priori durant les mêmes événements, mais avec d’autres personnages. Était-il utile d’étirer le concept sur une telle durée ? Probablement pas, mais curieux comme je suis, je verrais bien malgré tout si Kurosawa trouve un autre angle d’approche sur ces thèmes avec d’autres personnages.

Les plus

Excellente mise en scène
Un concept intéressant
Des scènes drôles, d’autres plus graves
Le casting, solide

Les moins

Le final
Quelques scènes musclées ratées

En bref : Kurosawa retourne à la science fiction avec son style unique et en parlant encore et toujours de l’humain, de ses émotions et sentiments. Parfois amusant, parfois bien prenant, Avant que Nous Disparaissions reste excellent la plupart du temps, puis se plante un peu dans sa dernière partie.

4 commentaires

  1. Oui, un film bancal. J’ai trouvé sa première partie, comme toi, plus réussie. Je pense aussi que Kurosawa en profite un peu pour régler ses comptes avec la « famille japonaise » actuelle. Qui oublie parfois ses priorités… à la manière de ces mots dérobés, dans le film.

    1. Bancal, mais néanmoins intéressant, et bon. Un film de paradoxe peut-être dans le fond.
      C’est fort probable, d’ailleurs quand tu regardes bien, la famille Japonaise a été un sujet pour pas mal de cinéastes entre 2005 et encore maintenant (même si je ne suis pas très à jour actuellement). Un sujet qui accroche et/ou intéresse du moins.

  2. J’adore les histoires de body snatchers, mais là, visiblement, ce n’est pas toujours convaincant. Je ne le mets donc pas en tête des Kurosawa à rattraper.

    1. Oh, attend….. J’ai vu un Kurosawa… que tu n’as pas vu !!! Toi, le fan !!!! Me voici presque « outragé » haha.
      Pourtant, comme on disait avec Oli, ça a beau être bancal, il y a de beaux restes, et on peut même dire que la première heure est magistrale ! Tu devrais aimer. C’est plus la « suite », enfin, le film INVASION se déroulant dans le même univers qui me fait peur perso, et je l’ai, je le prévois bientôt. Là c’est vraiment une série de plusieurs épisodes remontée en un film, et du coup, peur que ce soit moins bancal, que ça tente moins de choses visuellement aussi.

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