VIVA EROTICA (色情男女) de Derek Yee et Lo Chi-Leung (1996)

VIVA EROTICA

Titre Original : 色情男女
1996 – Hong Kong
Genre : C’est le cinéma ma bonne dame
Durée : 1h39
Réalisation : Derek Yee et Lo Chi-Leung
Musique : Chiu Tsang-Hei et Duck Lau Cho-Tak
Scénario : Derek Yee et Lo Chi-Leung

Avec Leslie Cheung, Karen Mok, Shu Qi, Law Kar-Ying, Elvis Tsui, Lau Ching-Wan, Anthony Wong, Allen Ting et Paul Chun

Synopsis : Un réalisateur se voit proposer de faire un film érotique pour relancer sa carrière. Il devra choisir entre son intégrité artistique et l’argent.

Malgré sa bonne réputation, Viva Erotica trainait dans ma collection depuis des lustres, et il aura finalement fallut attendre que le métrage débarque en France pour que je m’y intéresse plus sérieusement. Oui je sais, une erreur de plus de ma part, surtout que Viva Erotica avait absolument tout pour me plaire sur le papier. Un casting en or, des caméos qui font plaisir, deux réalisateurs qui font plaisir, et un sujet qui me parle, pour avoir eu assez de tournages à mon actif, avoir aidé sur les tournages des autres, et avoir des connaissances dans le milieu du X. Oui, toutes les planètes étaient alignées. Sans surprise, j’ai adoré Viva Erotica, qui parvient en 1h40 seulement à nous offrir un portrait de l’industrie du cinéma à Hong Kong de l’époque, mais aussi à placer toutes les interrogations d’un artiste voulant travailler à l’écran, ainsi que tous les soucis possibles et imaginables (ou presque) pouvant arriver sur un tournage, le tout avec un regard malgré tout plutôt bienveillant la plupart du temps. Ce qui pourrait d’ailleurs un peu se traduire à l’écran par un final en dessous du reste, un brin surréaliste, beaucoup trop positif en réalité, en mode « tout est bien qui finit bien ». Viva Erotica dresse donc en premier lieu le portrait de son personnage principal, Sing, interprété par Leslie Cheung, réalisateur qui n’a pas travaillé depuis un an après le flop de ses deux dernières productions, et qui vit avec sa petite amie, May, qui travaille dans la police. Oui, moralement, ce n’est pas facile, mais on pourrait toujours se dire que les choses pourraient être pires. Mais on le sait depuis le début, les choses doivent empirer avant que tout n’aille mieux, et Viva Erotica, c’est un peu ça dans les grandes lignes. Quand son producteur le contacte, ayant enfin trouvé un investisseur pour un nouveau projet, tout semble être parfait, sauf qu’en réalité, le fameux investisseur, joué par Paul Chun, est plutôt du genre triade, et surtout plutôt du genre film à bas coûts pour un rendement rapide.

Dés lors, le métrage met alors deux visions en opposition. La vision de l’artiste, qui croit en son art, veut être reconnu comme tel, et la vision du producteur, de l’investisseur, la vision commerciale. Le film s’en amuse d’ailleurs lors de la scène dans la salle du cinéma, où le public court voir A Chinese Torture Chamber Story pour se détendre et rire un bon coup, et va tacler et bouder un film d’auteur. L’éternel souci des investisseurs ayant des demandes non artistiques, mais répondant également à ce que le public veut voir. Car oui, faire de l’art, c’est bien, mais il ne faut jamais oublier que quelqu’un met de l’argent derrière pour cet art. A contre-cœur donc, Sing va accepter de réaliser un film érotique, et le métrage va nous montrer son parcours, parfois avec humour, parfois en étant finalement très réaliste, et parfois en étant aussi dur, comme avec le suicide du réalisateur joué par Lau Ching-Wan après l’échec commercial de son dernier film, les triades derrière les financements, le rabaissement de certaines équipes de films dits bas de gamme par les autres qui ont les moyens de leurs ambitions. Ça, on le remarque bien dans la scène du bar où Anthony Wong vient faire coucou le temps d’une scène, en se moquant ouvertement de l’équipe, en les rabaissant. Le film parvient finalement avec une certaine justesse à traiter de tout ça, à le faire bien, et à rendre le tout divertissant et prenant. Le gros du film évidemment, ce sera le tournage du fameux film, où notre réalisateur va devoir surmonter toutes les galères qu’un petit film peut rencontrer. Le budget à ne pas dépasser, les acteurs qui font leurs caprices, les arrêts de tournages, les soucis d’autorisation avec la police qui débarque, les scènes tournées à l’arrache dans la rue pour se faire un peu de pub, les réécritures en urgence…

À ce niveau-là, le film est d’ailleurs très réaliste, puisqu’il montre un point très important et que l’on oublie souvent. Oui, sur un plateau, le réalisateur doit être compétent, savoir diriger l’équipe, savoir prendre des décisions rapidement. Mais un réalisateur doit surtout, quoi qu’il arrive, mettre ses propres soucis de côté pour s’assurer que l’ambiance est bonne sur le plateau. Sing l’apprendra, puisqu’une fois qu’il acceptera enfin de faire le film en prenant les choses au sérieux, en se disant qu’après tout, pourquoi ce ne serait pas possible de mettre sa propre vision, même si le film est érotique, l’ambiance sur le plateau changera, l’équipe sera plus motivée, les acteurs plus attentifs et prêts à faire plus de choses, et c’est alors l’entre-aide entre une équipe soudée qui ressort d’une expérience humaine. Et c’est bien pour ça que malgré les hauts et les bas montrés dans Viva Erotica qu’il reste plutôt bienveillant à mon sens, malgré son aspect parfois bien critique. Et puis, Viva Erotica déborde d’idées de mise en scène et de montage qui rendent le tout à la fois attractif (oui, c’est beau à regarder) et divertissant (on ne s’ennuie jamais, tout est fluide). Si l’on rajoute par-dessus tout ça des caméos qui font plaisir, des petites blagues envers la profession, et une Shu Qi nue magnifiquement filmée, et bien c’est du tout bon. Remarquons d’ailleurs pour la blague que l’on aperçoit furtivement lors du final une scène de All of a Sudden de Herman Yau, sorti la même année et dont je vous ai parlé il y a peu, genre, une semaine. Ce final d’ailleurs, qui même s’il continue la logique du film, m’aura semblé un peu trop facile donc, trop attendu. Il aurait dû oser plus de choses en réalité. Mais là, c’est vraiment moi qui chipote.

Les plus

Un excellent casting
Parfois drôle, parfois dur, parfois très réaliste
Les caméos
Le milieu du cinéma et l’envers du décor

Les moins

Un final optimiste peut-être un peu too much ?

En bref : Viva Erotica est une invitation sur un tournage d’un film érotique où les soucis s’enchaînent, humainement et techniquement, pour un portrait de l’industrie fort divertissant.

A FEW WORDS IN ENGLISH
THE GOOD THE BAD
♥ An excellent cast
♥ Sometimes funny, sometimes rough, and sometimes realistic
♥ Many actors coming for a small part
♥ A pretty good representation of how filming really is
⊗ The ending, maybe too easy, too optimistic
Viva Erotica is an invitation on the set of an erotic film with many obstacles to overcome, many human and technical problems. Its portrait of the industry is highly entertaining.

2 réflexions sur « VIVA EROTICA (色情男女) de Derek Yee et Lo Chi-Leung (1996) »

  1. Shu Qi (qui semble avoir percé dans le métier grâce à ce film, très étonnamment), Leslie Cheung et un passage d’Anthony Wong, tu me fais rêver avec ce « Viva Erotica » !
    Sans doute pas facile à dénicher sous nos contrées néanmoins.

    1. Et bien détrompes toi, puisque comme je l’annonce au début de mon article, il vient de sortir en blu-ray en France chez Spectrum Films, en ce début de mois (reçu avec 4 jolies petites cartes postales, et avec l’autre film du mois, EBOLA SYNDROME, avec un Anthony Wong déchainé, film que je devais revoir car ma première vision était en qualité VCD et que, ben, voilà…). Donc tu peux le tenter si l’envie te dit, surtout qu’il est très bon.

      Shu Qi je connais finalement peu sa carrière, et le peu que j’ai vu, je n’avais jusque là pas franchement apprécié (LE TRANSPORTEUR meeeeeeeeh, GORGEOUS avec Jackie Chan, soit la définition d’une romance niaise, ce qui m’insupporte, ou récemment, THE ASSASSIN sur lequel ne pas dormir fut dur). J’ai pas mal de films de son début de carrière avec elle, et d’autres de très bonne réputation (MILLENNNIUM MAMBO, qui me fait peur vu que même réal que THE ASSASSIN). Leslie Cheung comme toujours parfait, dommage qu’il ne soit plus là…

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