MOURIR PEUT ATTENDRE (No Time to Die) de Cary Joji Fukunaga (2021)

MOURIR PEUT ATTENDRE

Titre original : No Time to Die
2021 – Angleterre / Etats Unis
Genre : Action
Durée : 2h43
Réalisation : Cary Joji Fukunaga
Musique : Hans Zimmer
Scénario : Neal Purvus, Robert Wade, Phoebe Waller-Bridge et Cary Joji Fukunaga

Avec Daniel Craig, Rami Malek, Léa Seydoux, Lashana Lynch, Ralph Fiennes, Jeffrey Wright, Ana de Armas, Christoph Waltz, Ben Whishaw, Naomie Harris et Billy Magnussen

Synopsis : James Bond n’est plus en service et profite d’une vie tranquille en Jamaïque. Mais son répit est de courte durée car l’agent de la CIA Felix Leiter fait son retour pour lui demander son aide. Sa mission, qui est de secourir un scientifique enlevé, va se révéler plus traître que prévu et mener Bond sur la piste de Safin, un ennemi particulièrement dangereux.

250 millions de budget, un report d’un an et demi, une production difficile, un changement de réalisateur en cours de route, 2h43 au compteur, l’ambition de boucler un arc narratif de cinq films, première dans la saga, et un titre qui fit rire pas mal de monde, car oui, avec une telle durée, et un tel report dans la sortie, on l’a attendu ce nouvel épisode de James Bond. Surtout que Mourir Peut Attendre, titre qui a beaucoup plus la classe en VO quoi qu’il arrive, No Time To Die, passe après Spectre, pas le meilleur opus de la franchise, bancal a plus d’un niveau. Et que finalement, son accueil auprès des fans fut plutôt tiède, certains allant jusqu’à crier à la trahison, certains le qualifiant de Star Wars 8 de la franchise James Bond. Ce qui n’est pas rien il faut l’avouer. Mais ça me rendit curieux, car je ne suis pas un fan de la franchise, et donc mon rapport au film dans son ensemble sera forcément différent, moins pointilleux sur certains détails. Curieux oui, mais pas forcément enthousiaste ou pressé, il ne faut pas pousser. Et maintenant que j’ai vu le film, je peux le crier haut et fort : ben c’était sympa. Blindé de petits défauts, évitant certains pièges du précédent film, s’engouffrant dans d’autres pièges, mais malgré tout divertissant, avec de très bons moments. Un film qui comme souvent, ne mérite pas toute cette haine qu’on lui déverse dessus. Mais en fait, ce que beaucoup lui reprochent, et bien je trouve que ce sont au final des idées qui s’inscrivent dans une logique, et qui du coup, ont leur place dans le récit. Mais oui, ce récit, il a des failles dans son développement. Mais commençons par le commencement, car ce nouveau film estampillé 007 commence fort, par une double scène d’ouverture, étendant donc sa scène pré générique habituelle à la durée inhabituelle de 30 minutes, et ces trente minutes, elles sont fort réussies.

Entre cette première scène avec une ambiance froide qui finalement semble provenir d’un autre film tant ce n’est pas l’action qui est en avant mais plus une tentative de tension qui pourrait venir directement d’un thriller sombre (voir d’un slasher si c’était plus violent), et qui nous ramène finalement à un élément narratif déjà raconté dans le précédent film (on pourra regretter dans le fond cette facilité de nous montrer un élément déjà connu), avant d’enchainer sur une grosse scène d’action où l’on retrouve James Bond et Madeleine Swann, se déroulant donc logiquement après Spectre, et qui malheureusement, a vu ses plus grands moments être dans la bande annonce. Mais oui, ce nouvel opus envoi du lourd pendant 30 minutes, avant son générique, habituel de la saga, et que j’aurais trouvé franchement moyen. Non, non pas car ce générique manque de femmes dénudées comme le veut la franchise (ce qui fait crier certains fans), mais juste car la chanson me paraît très moyenne. Maintenant, la vraie intrigue peut enfin commencer, et après tout, il reste bien 2h10 au compteur ! Et c’est la même chose ici, c’est sympa. Mais parsemé de petits éléments qui viennent sans arrêt abaisser le verdict, et faire de No Time to Die un opus sympa, au même titre que Spectre, mais juste sympa. Felix Leiter, agent de la CIA que l’on connaît bien, vient retrouver James, 5 ans après les événements précédents, alors qu’il est retraité, pour lui demander de l’aide, et l’envoyer à Cuba récupérer un scientifique enlevé. Tout ceci aurait un lien avec Spectre et une possible arme bactériologique. Au moins on peut dire qu’avec son intrigue à base de virus, le film est dans l’ère du temps. De quoi en faire crier certains au complot, et à en faire sourire d’autres en se rappelant ccs fameux plans de méchants mégalomanes dans la saga dans les années 70, ère Roger Moore. Et en fait, on pourrait dire que le souci du film, en premier lieu, c’est qu’il veut en faire trop, dans tous les domaines. De l’action, de l’émotion, beaucoup de personnages, boucler la boucle, introduire de nouveaux personnages, des anciens, et que du coup, il n’a jamais pleinement le temps de se focaliser sur ce qu’il faudrait. Trois exemples flagrants de ce défaut ?

Ana de Armas, Lashana Lynch et Rami Malek ! La première, Ana de Armas, découverte du grand public par Blade Runner 2049, mais à la carrière bien plus longue (et passionnante, j’ai toujours adoré cette actrice), joue un agent travaillant pour Felix et qui va devoir travailler avec James à Cuba pour récupérer le fameux scientifique kidnappé. Elle rayonne à l’écran, elle est drôle, son alchimie avec Daniel Craig fonctionne à 200%, elle est souple pour des scènes d’action alternant le corps à corps et les armes à feu. Bref, elle est au top, un nouveau personnage qui fonctionne, mais elle quitte le film aussi vite qu’elle n’y arrive, n’ayant droit donc qu’à 15 minutes à l’écran, avant d’être oubliée. Lashana Lynch elle joue le nouvel agent 007, ce qui aura fait crier certains, car c’est une femme. Bon, déjà, elle ne remplace pas James Bond, lui-même lancera avec humour « ce n’est qu’un numéro », et elle ne lui vole pas la vedette. Justement, là est le souci. On nous introduit un nouvel agent, surentrainé, hyper doué et tout, mais elle arrive souvent après la bataille, ou reste au second plan. Du coup, son personnage n’a jamais pleinement le temps d’exister, alors que sa présence était une bonne idée, aurait du être un élément poussant James Bond à se surpasser. Mais non, il n’en sera rien. Quand à Rami Malek, le grand méchant de ce film, Safin donc, et bien… Alors, il joue bien, certains dialogues sont bons, mais au final, c’est un méchant anecdotique, voir raté. Arrivant tardivement dans le récit, débarquant un peu en mode aléatoire comme si le film se disait qu’il serait peut-être temps de l’introduire, avec un plan de méchant très méchant dans une base de méchant encore une fois issue des années 70, il n’arrive jamais à convaincre. Et ce n’est pas pour rien qu’on dit qu’un bon méchant peut élever un film, car là, on a un méchant raté, un peu à l’image de Blofeld dans le film précédent, et du coup, les enjeux en prennent un coup.

Car le film veut du coup jouer sur l’émotion avec les autres personnages, que ce soit James Bond, Madeleine Swann (qui elle a enfin un arc narratif intéressant et satisfaisant, comparé au film précédent), ou nous faire douter de la moralité de certains éléments, avec M, et en réintroduisant Blofeld. Et le gros souci, c’est que sur le papier, tous ces éléments sont intéressants, mais n’ont jamais assez de temps pour être développés, noyés au milieu du reste, d’un autre méchant, d’autres intrigues, d’autres personnages, et l’émotion ne prend jamais. On se moque un peu de ce qui peut arriver à James, à Felix, à Madeleine. Le pire étant sans doute Blofeld, qui en une scène rattrape clairement le ratage de Spectre à son égard, mais qui finalement n’aura qu’une seule scène. Ça c’est dommage ! Et le reste du film ? Et bien comme je l’ai dis, No Time To Die n’est pas une purge. Il a beau vouloir en faire trop et être trop long, le plus long de la saga, il demeure sympathique et divertissant, parsemé de bonnes intentions même s’il n’arrive que rarement à les concrétiser à l’écran. Et il reste l’action. Si la double ouverture fait fort, le reste se montre fonctionnel, bien que l’on pourra clairement reprocher au film un manque de spectaculaire, d’originalité dans l’action. C’est sans doute une autre raison pour laquelle son final laisse un peu de marbre, il n’y a pas de morceaux de bravoure niveau action. Un plan séquence dans un escalier certes, mais il n’impressionne pas, ni par sa chorégraphie, ni par sa violence, et on en vient à se dire que le plan séquence similaire dans Atomic Blonde était meilleur (j’aime bien ce film, pour ce qu’il est).

No Time to Die est sans doute bien trop ambitieux, et ce malgré sa très haute durée. Trop d’intrigues, trop de personnages, nouveaux comme anciens, trop de liens avec les autres films précédents à devoir boucler pour achever correctement l’arc de Daniel Craig avant un nouveau renouveau dans la saga qui viendra dans quelques années. Car c’est bête mais après réflexion, en voyant le potentiel de certains personnages (Paloma, jouée par Ana de Armas), rapidement oubliée pour remettre en avant Nomi (Lashana Lynch), mais en la laissant finalement assez souvent en arrière derrière Bond, n’aurait-il pas été judicieux de fusionner les deux personnages en un seul, pour faire perdurer sur tout le film l’alchimie entre Daniel Craig et Ana de Armas, et ainsi avoir le temps de bâtir une dualité entre les deux ? Dans le même ordre d’idée, on a parfois l’impression que l’envie d’humaniser les personnages et d’encrer le tout dans un côté plus réaliste est finalement ce qui empêche totalement le métrage de se lâcher niveau action dans la dernière partie. Sauf qu’à côté, on retrouve des gros clichés du genre et de la saga, avec la super base secrète du méchant cachée dans une ancienne base de la seconde guerre mondiale, comme dans les heures les plus « sombres » et amusantes de la saga, période Roger Moore. Si tous les éléments avaient été traités avec le même sérieux et ce même sentiment d’humanité, l’action n’en aurait-elle pas été meilleure, nous impliquant plus ? Mais bon, avec des « et si », on referait le monde, et No Time to Die est là, il faut le prendre pour ce qu’il est, à savoir la fin d’un cycle, la fin d’une ère, avant la suivante. Ce dernier opus est inégal, fragile, mais comme toute l’ère Daniel Craig au final, jouant au yoyo entre chaque film, avec un Casino Royal très réussi, avant un catastrophique Quantum of Solace, puis un très réussi Skyfall, puis un moyen Spectre.

Les plus

La longue ouverture, top
La scène de Blofeld, très réussie
Ana de Armas, charmante, crédible, drôle, guerrière
Beaucoup de bonnes idées sur le papier
L’action, bonne, bien que pas mémorable

Les moins

2h43, trop long au final
Le méchant, mal introduis et mal développé
Ana De Armas, qui part aussi vite qu’elle arrive
À titre personnel, pas fan de la musique du générique

En bref : Le dernier opus de Daniel Craig est bancal, comme tout son arc narratif au final, qui a alterné le bon et le moins bon. Ici, le film souffre de son trop plein d’idées, d’ambitions, de personnages, résultant en un film de 2h43 qui ne développe pas toujours ce qu’il faut et qui a du mal à faire monter l’émotion alors qu’il le voudrait.

4 réflexions sur « MOURIR PEUT ATTENDRE (No Time to Die) de Cary Joji Fukunaga (2021) »

  1. Bien trop ambitieux ? On peut toujours pointer les faiblesses sur les personnages secondaires, sur certaines scènes d’action, sur les liens avec les anciens épisodes, sur les références à l’univers étendu de Bond et ses anciennes incarnations… mais finalement, je crois que le problème fondamental de No Time to Die, c’est l’histoire. Elle est très faible. Voire, il n’y en a pas. Le scénario est obligé de bâtir une suite de scènes sur du vide, mais passé le début qui fait encore illusion, on se rend vite compte qu’il n’y a rien de consistant derrière. Un Bond c’est un méchant megalo contre le monde entier. Ici, ça passe au second plan. Pire, on ne comprend même pas ce qu’il cherche, ce qui le motive. Voilà pourquoi ce film est raté. Même bien emballé. On voit la différence avec Casino Royale qui a d’abord le socle solide du roman de Fleming, puis un scénario bien écrit, du velours pour Campbell. Même chose pour Mendes avec Skyfall et son scénario parfaitement ciselé. Mais là, Fukunaga n’a pas grand chose sur lequel s’appuyer. Il tente d’inventer des scènes (simili slasher au début, une séquence à Cuba, une base planquée sous une île en guise de final lorgnant sur « you only live twice », où « l’homme au pistolet d’or », pas les meilleurs modèles au passage), mais il n’y a rien à raconter, pas de fil à suivre.

    1. Ah je parlais d’ambitions en terme de contenu, pas forcément de qualité 😉 Trop de personnages, d’intrigues à conclure, de clins d’oeil, de tout en fait. Ce qui explique la durée du film, alors qu’il était possible de bien couper dans le lard dans la salle de montage. Ou dés l’écriture du scénario en fait.
      Mais je suis plutôt d’accord. Pour ça qu’on parle souvent de scènes réussites plutôt que de twists ou autres éléments d’intrigue. En fait c’est même plutôt paradoxal, car le film est très long, le plus long de tous, il a beaucoup de personnages, beaucoup de scènes différentes, beaucoup de développement sur pas mal de points (pas forcément les bons), mais en effet, ça incorpore beaucoup d’éléments en essayant de les lier à une intrigue très mince. Et c’est vrai que le super plan du méchant, ben…. on ne connait rien de ses motivations. L’aspect vengeance, il est d’ailleurs achevé.
      Personnellement, je découvrais la mise en scène de Fukunaga ave ce film, n’ayant jamais rien vu de lui. Et il se montre parfois appliqué, livre de belles images (la photo est plus intéressante que celle de SPECTRE, qui était terne et assez passe partout je trouve), mais oui, des images, aussi belles soient-elles, s’il n’y a rien derrière, ben, ça fait pschit. Avec sa production difficile, le changement de réal et tout, le film avait pourtant le temps de trier parmi ses idées et de peaufiner le tout, mais ben, non.

      1. Je crois qu’on peut faire le même reproche à « Spectre » en fait. Une intro mémorable, qui fonctionne parce qu’à ce stade on ne sait trop rien de l’histoire avant de découvrir… Qu’il n’y en a pas. Derrière on peut empiler les personnages pour cacher la misère mais ça ne suffit pas. Et me metteur en scène n’y peut pas grand chose en vérité.

        1. Oui, c’est pour ça que Sam Mendes a fait de l’excellent travail sur SKYFALL, et un résultat moins mémorable ensuite sur SPECTRE. Même si le changement de directeur de la photo s’est également bien senti entre les deux films, mais un autre débat tout ça ^^

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